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Full text of "La franc-maconnerie dans la Province de Quebecen 1883"

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LA 

FRANC-MACONNERIE 



DANS LA 



PROVINCE DE QUEBEC 

EN 1883 



JEAN D'ERBREE 



A~n^- 



LA 

FRANC-MACONNERIE 



DANS LA 



PROVINCE DE QUEBEC 

EN 1883 



PAR 



JEAN D'ERBRlSE 



204621 



Enregistre conformement a Facte du Parlement du Canada, en 

l'annee 1883, par J.- A. Langt.ais, an bureau du 

Ministre d'Agriculture, a Ottawa. 



LA FRANC-MAgONNERIE 



PROVINCE DE QUEBEC EN 1883 



Depuis quel jue temps, Ton s'o2cupe beauc Kip dans notre pro- 
vince de Qu Jbec de Franc-Maconnerie et de francs macons. Les 
unsdisent: " Cauadiens, faites at'.e ltion ! W.u avez au mUiei 
de vons un ennemi actif et d mgere ix. P.u' im j pro j ig m ie habile, 
il enr61e dans ses rangs boa no nbre de citholiqu33, et mat des 
idees fausses dans bien des tetes." 

" Cet ennemi : c'est la Franc- Ma$mnerie. Si vjus n'etes pxs sur- 
ges gardes, centre ses manoeuvres, elle mettra bieat 5t ei d inger 
vos institutions catholiques et mem? votre Religion." 

Les autres respondent : 

" Exageration que tout oela, ou fa issete mmifeste! L\ Ma- 
connerie est une affaire anglaise, uri3 sorte de S >ciete de bienfai- 
sance entierement differente de la mifonnerie continentale. II 
n'y a du reste, que pen ou point de Cana liens dans les loges. 

Parmi nous catholiques du Canada, la Franc- M i$onnerie rfexiste 
pas. 

Laquelle croire de ces deux opinions? Le livre : " La Franc- 
Maconnerie dan> 1 1 province de Quebec en 1883" est la reponse 
a cette question. 

Ecrit d'apres les documents officiels de la Mic>nnerie Cana- 
dienne, appuye sur des temoignages irrecusibles, et des rensei- 
gnements parfaitement surs, cet ouvrage fait connaitre a fond, la 
doctrine,les tendances et le but final de cette association tenebreuse. 

Les catholiques deslreux de se renseigner exactement sur les 
agissements de cette societe tenebreuse, trouveront done dans cet 
ouvrage une reponse coacluante aux questions qu'ils pDurraient 
se faire. 



CHAPITRE I, 

0RIGINE DE LA FRANC-MAgONNERIE MODERNE* 

" L'Angleterre a ete le berceau cle la Franc-Macon- 
nerie moderne, et tout porte a croire qu'elle resta 
limitee a cette nation, jusqu'a la celebre reunion des 
freres, a la taverne du Pommier en 1717. Alors, elle 
prit son essor et s'en alia visiter successivement 
toutes les parties du monde civilise." (John Fellows, 
A. M., the mysteries of free-masonry, p. 248.) 

" Les macons du continent disent d'un commun 
accord, que la Maconnerie fut importee d'Angleterre 
sous forme de societe secrete, vers le commencement 
du XVIIIe siecle." (Robison's proofs of conspira- 
tion, p. 392.) 

D'apres ces t£moignages,la fameuse societe qui ex- 
erce aujourd'hui, par ses millions de membres, une 
influence preponderante sur les affaires publiques, 
compterait, tout au plus, un siecle et demi d'exis- 
tence. 



Ce n'est pas a dire pourtant, qu'elle vit alors le 
jour pour la premiere fois. Son histoire remonte 
bien plus haut. Sans nous arreter aux theories ex- 
travagantes des macons, qui vont chercher leurs an- 
cetres parmi les ouvriers du temple de Salomon, 
nous pouvons toutefois avec le P. Deschamps et 



l'avocat Eckert retracer Torigine de la magonnerie 
jusqu'a l'ordre fameux des Templiers. 

D'apres ce dernier ecrivain, (a) plusieurs cheva- 
liers du Temple, refugies dans l'ile de Mull en 
Ecosse, apres la suppression de l'ordre en 1312, reso- 
lurent de reorganiser leur institution, et de lui ren- 
dre ses mysteres et ses buts anciens. L'entreprise 
etait dangereuse. L'autorite ecclesiastique et civile, 
si elles en eussent eu connaissance, l'auraient sup- 
primee, des ses premiers essais. Afin done de mas- 
quer leurs desseins, les chevaliers se firent donner le 
protectorat de la Corporation des Magons. En re- 
tour des services que ces hommes avaient rendus & 
l'Eglise, par l'erection d'edifices de charite et de ma- 
gnifiques cathedrales, ils avaient recu des Papes des 
franchises considerables. De la le titre qu'ils pre- 
naient de francs-macons, ou magons affranchis des 
taxes et des droits qui pesaient sur les autres citoyens. 

Les Templiers firent de ces francs-magons la sec- 
tion exterieure de l'ordre. Ils leur communiquerent 
une partie insignifiante des secrets, mais ils leur 
fournirent surtout des occasions frequentes de somp- 
tueux banquets et de parades en public. La corpo- 
ration magonnique garda ainsi un caractere attra- 
yant et inoffensif. Grace a cette protection, les che- 
valiers purent organiser a loisir la section interieure- 
de l'ordre, la veritable magonnerie templiere. Pourtant 
1 'organisation magonnique progressa lentement pen- 
dant plusieurs siecles. L'atmosphere religieuse et 



(a) V. Eckert, la franc-maconnerie, t. II, p. 321 



— 6 — 

politique de l'epoquc ne lui etait pas favorable ; et 
I 'on peut dire que jusqu'au XVII Ie siecle l'influence 
'de la Maconnerie fut a peu pres nulle sur les affaires 
publiques en Europe. 

Alors tout changea d'aspect. Le protestantisme 
avait, par sa doctrine du libre examen, mine les 
bases de la foi et ouvert la porte a toutes les erreurs. 
Les principes politiques qui decoulaient de ses 
eroyances religieuses, avaient dans les pays protes- 
tants, completement cbange les institutions sociales, 
et dans les pays catholiques, elles creaient un ma- 
laise, un mecontentement qui preparait de loin la 
route a la revolution. 

" Avec la Reforme, dit le ma con protestant Gold- 
scmitdt, commence une nouvelle epoque... le triom- 
phe de l'intelligence sur le sentiment, le declin de la 
foi et la maturite de la pensee. L'unite se brise, des 
centres et des moyens divers et nombreux de civili- 
sation sont etablis ; le pouvoir civil prend la place 
du pouvoir ecclesiastique ; le seculier est substitu^ 
au pretre, l'activite de l'industrie succede aux exer- 
cices de piete. Du bouleversement religieux a la 
revolution civile de l'Angleterre, il n'y eut qu'un 
tres court intervalle. La Maconnerie reparait d'a- 
bord en Angleterre comme une societe secrete, avec 
Hon ancienne constitution, seulement elle modifie sa 
base et l'approprie aux exigences et aux besoins des 
temps modernes." (Eckert, t. I, p. 223.) 



Voici comment naquit la Maconnerie Anglaise. 
Au Solstice d'ete (24 juin 1717), les membres de 



quatre loges de Londres, se reunirent a la taverne dre 
Pommier. Apres avoir elu comme president, le plus- 
ancien maitre macon parmi eux, ils se constituerent 
en Grande Loge Reguliere, et resolurent de faire revi- 
vre les assemblies de la Grande Loge, quatre fois 
Tan, puis de celebrer une fete annuelle et enfin de 
choisir un Grand Maitre jusqu'a ce qu'ils eussent 
l'honneur d'avoir un homrae noble a la tete de leur 
organisation nouvelle. 

Au temoignage de Dermott, huit personnes parmi 
lesquelles, les Reverends Desaguliers et Anderson 
furent les auteurs de cette grande revolution macon- 
nique. 

Ces hommes se mirent alors a fouiller les archives 
de l'ordre. Apres s'etre bien rendu eompte de ce 
qu'elle fut autrefois, ils resolurent de faire refleurir 
la vieille maconnerie druidique, la Ma§onnerie d'Hi- 
ram. Ils prescrivirent les ceremonies d'initiation 

les epreuves et les serments ; ils fixerent l'ordre des 
degres, arrangerent les instructions symbol iques, et 
reglerent le nombre et les functions des officiers des- 
loges ; en un mot, ils donnerent a la Magonnerie la 
forme exterieure et la discipline interieure qu'elle 
garde encore aujourd'hui, et qu'elle impose a ses 
adeptes dans l'univcis entier. (a) 

Pourtant, ainsi que le remarque J. Fellows, (6) il 
serait absurde de supposor, comme quelqucs auteurs 
Pont foit, que ces rites et ces ceremonies, qui offrent 



(a) John Fellow?, Mysteries of Fieemasonry, p. 255 et suiv. 
(6) P. 256. 



h premiere vue, les caracteres evidents de la plus 
haute antiquite, furent alors inventus par ces savants 
et ces " docteurs en DivinitL" 

Ces hommes furent les ordonnateurs de la macon- 
nerie moderne ; ils n'en furent pas les inventeurs. 
lis mirent en ceuvre les materiaux qu'ils trouverent 
dans les archives de l'ordre et, " chose remarquable, 
continue Fellows, il n'y a peut etre pas dans toute 
la maconnerie, une seule c6remonie qui n'ait son rite 
correspondant, dans l'un ou 1 'autre des anciens 
mysteres paiens." (a) 

Singuliere assertion, en verite! et bien propre a 
rendre suspecte a des catholiques, une association 
fondee sur de pareilles bases. 



(a) P. 234. 



CHAPITRE II. 



LA MAgONNERIE ANGLAISE SE REPAND DANS L'UNIVERS, 



La revolution maconnique de 1717 ne s'op6ra pas 
sans soulever contre elle une tempete qui fut a la 
fois longue et violente. 

L'ordre Ecossais, avons nous dit, existait deja en 
Angletcrre, depuis plusieurs siecles ; il avait sa 
Grande Loge a York. En voyant s'organiser une 
Loge nouvelle qui, tout en lui prenant ses rituels, 
ses symboles et une partie de ses degres, pretendait 
cependant avoir une Juridiction Souveraine et inde- 
pendante, l'Ordre Ecossais protesta, et il s'en suivit 
un schisme dans la maconnerie anglaise. 

Du cote d'York se rangerent les loges d'Irlande et 
d'Ecosse, tandis que la plupart des loges anglaises, 
au contraire, reconnurent la juridiction de la Grande 
Loge de Londres. 

Le parti Ecossais ou Yorkiste prit le nom de Ma- 
gonnerie Ancienne, et donna par derision aux macons 
reformes la denomination de Magons Modernes. 

La Maconnerie Anglaise se trouva ainsi divisee en 
deux rites. Le rite Ecossais ou Maconnerie Templiere 
avec ses 33 degres, et le rite Anglais qui ne faisait 
consister ostensiblement l'ordre que dans les trois 
premiers degres. 

Remarquons le bien cependant. Ce conflit portait 
1 



— 10 — 

imiquement sur une question de juridiction, nulle- 
ment sur une difference de principes et de but. 

Yorkistes et Londonais se reconnaissaient comme 
■enfants d'une m^me mere. lis avaient ra^me doc- 
trine, pretaient les memes serments, poursuivaient 
les memes desseins. II n'y avait done pas deux ma- 
«conneries en Angleterre, mais une seule, sous deux 
administrations differentes. 

Cette division dura jusqu'a l'annee 1813. Alors, 
grace a un compromis, les deux rites se donnerent 
de nouveau la main et se reunirent sous une direc- 
tion unique. 



Void, quelle fut la base de ce compromis. 

La Grande Loge de Londres accepta comme cou- 
ronnemenl; de son systeme maconnique le 7eme de- 
gre de l'Ordre Ecossais, nomme VArche-Royale. 

De son cote, le Souverain Conseil d'York, qui 
comptait dans son systeme 33 degres differents con- 
sentit a ne faire consister la Maqonnerie Ancienne que 
dans les trois premiers degres d'Apprenti, de Compa- 
gnon et de Maitre, y compris le degre superieur de 
l'Arehe Royale. 

Cependant, en dehors de cette Union, il se reserva 
le droit d'initier aux 33 degres de son Rite comme 
par le passe, et de garder ainsi intacte la maconne- 
rie templiere. 

Depuis cette convention les 2 grands corps macon- 
niques Anglais, fondus ensemble, ont pris le titre de : 
" Grande Loge rmnie de la Magonnerie Ancienne, libre 
et accepteeP (Eckert, t. II, p. 53.) 



11 



Du reste, ces querelles de juridiction n'avaient pas 
empeche" la magonnerie de s'etendre dans l'univers 
entier. Elles parurent m£me stirauler le zele des 
macons des deux rites pour recruter partout de nou- 
veaux disciples. 

Ail commencement du XIXe siecle, on comptait 
sous la juridiction (du Souverain Conseil d'York) 
16 Grands Maitres provinciaux, c'est-a-dire, 16 Gran- 
des Loges Ecossaises : 272 loges en Ecosse, et 65 en 
France, en Allemagne et en Amerique. 

L;i Grande Loge de Londres avait fait des progres 
plus etonnants encore. En moins d'un demi siecle, 
elle etendit le reseau de ses loges sur tous les peu- 
ples du continent et m6me sur les colonies d'Ame- 
rique. 



Citons quelques dates a l'appui de cette assertion. 
La magonnerie londonaise fonda des loges en France ; 
a Paris en 1725, a Bordeaux en 1732, a Valenciennes 
en 1733. En 1735, elle etablit a Paris la premiere 
loge centrale qui prit le nom de Grande Loge Anglaise 
de France. 

La magonnerie londonaise ouvrit des loges en Alle- 
magne, a Cologne et a Hambourg en 1733, puis dans 
un grand nombre d'autres villes, et l'ordre se repan- 
dit bientot avec une rapidite surprenante. 

La magonnerie londonaise s'etablit en Espagne et 
en Portugal. Elle fonda une loge a Madrid en 1726, 



— 12 — 

a Gibraltar en 1727, et elle en ouvrit aussi plusieurs 
a Lisbonne et dans les provinces. 

La maconnerie londonaise avait a Rome en 1742 
plusieurs loges de francs-macons relevant de son 
obedience. Elle en ouvrit aussi a Naples en 1756. 

Enfin cette merne Maconnerie londonaise poussa 
son action jusqu'en Russie. Elle fonda des loges a 
Moscou et a St. Petersbourg. (St. Andre, Francs- 
Macons et Juifs, p. 228.) 

Ce n'etait point encore assez pour l'activite ma- 
-connique. 

La societe poursuivait un but universel. Elle 
voulait se substituer a l'Eglise. Elle devait done, 
comme cette Eglise, avoir line action qui s'etendit 
d'un bout du monde a l'autre. Partout a cote du 
temple catholique, il fallait elever un autre temple 
dedie' a la religion des loges. 

La prosperity materielle et politique de 1' Angle - 
terre allait, du reste, singulierement favoriser son 
action. 

La politique anglaise, en effet, commencait alors a 
fonder cet empire colonial qui devait bientot etendre 
ses rameaux sur l'univers entier. L'Angleterre pos- 
sedait en Amerique des colonies considerables. Elle 
oonvoitait surtout la Nouvelle-France et le riche em- 
pire que la France avait etabli aux Indes. La for- 
tune des armes, aidee par l'inepte incurie de Louis 
XV, livra a l'Angleterre ces immenses territoires. 

Partout ou flotta le drapeau britannique, la ma- 
connerie le suivit, et lui fit couvrir de ses plis pro- 
tecteur les loges qu'elle fonda sur tous les rivages. 



— 13 — 

Des l'annee 1733, la Grande Loge de Londres ac- 
corda une charte a la loge de Boston, et quand le 
traite de 1763, eut fait definitivement passer la Nou- 
velle-France aux mains de l'Angleterre, elle se hata 
d'y etablir ses loges et d'y precher les doctrines ma- 
gonniques. 

Nous verrons bientot quel succes couronna ces 
efforts. 



OHAPITRE III. 

UNITE DE DOCTRINE, RITUEL ET CEREMONIES 
MAgONNIQUES. 

Cinquante ans apres sa naissancs, la Magonnerie 
Anglaise de Londres, repandue dans tout l'Univers, 
comptait deja des milliers de loges, et ralliait des 
millions de membres autour de son programme. 

Mais pour utiliser ces forces, il y avait de graves 
problemes a resoudre. 

Comment discipliner les macons sur la surface du 
globe ? Comment les former en bataillons solides, 
capables de manceuvrer avec ensemble sous la main 
d'un chef habile ? Comment enfin obtenir de ces 
loges a temperamment divers V Unite de doctrine, 
d 1 organisation et de gouvernement, sans laquelle pour- 
tant l'on ne pouvait rien entreprendre de serieux ? 

La magonnerie surmonta ces difficultes avec une 
habilete vraiment extraordinaire. 

Creee pour combattre l'Eglise Catholique et la 
rem placer a la t§te de l'humanite, elle emprunta a 
son ennemie sa discipline interieure, son organisa- 
tion exterieure, son mode de gouvernement et ses 
moyens d'action. 



L'unite* doctrinale fait la force de l'Eglise catholi- 
que. Doucement, mais fortement, elle incline tous 
les esprits vers un but commun. Sous son action, 



— 15 — 

les incertitudes disparaissent, les prejug^s nationaux 
s'effacent, les erreurs s'evanouissent, pour faire place 
a la Verite. Guides par les memes principes, les 
chretie.is ne forment plus qu'une grande famille de 
freres, unis par la partie la plus nuble de leur etre, 
Pintelligence. Cette union des intelligences produit 
aussi celle des coeurs et des volontes, comme la lu- 
miere du soleil amene avec elle la chaleur et la vie. 

Ainsi l'unite doctrinale est une sorte d'ame uni- 
verselle qui, animant le monde chretien, le fait pen- 
ser, aimer et vouloir de la meme manierc. 

Elle a pour signe exterieur, 1' Unite de cuite et de 
ceremonies, et les Sacrements comme gardiens et 
comme aliments. 

Ce que l'Eglise avait fait pour la Verite, la macon- 
nerie voulut l'entreprendre pour le triomphe de 
1'erreur. 

Elle imposa a ses adeptes V Unite de doctrine, de ce- 
remonies et de culte. 

i( Des 1723,ditle F. Clavel, la Grande Loge de Lon- 
" dres donnait a plusieurs de ses membres, la mis- 
" sion de publier les statuts, les doctrines, les ins- 
" tructions et differentes ceremonies int6rieures de 
" la franc-magonnerie. Ce recueil parut peu de temps 
" apres sous le nom du Rev. J. Anderson, avec le visa 
" de la Grande Loge." 

La maconnerie anglaise imposa ce rituel a toutes 
les loges qu'elle fonda sur le continent et dans l'uni- 
vers entier. C'est le livre sacre des loges. II con- 
tifiit les ceremonies d 'initiation, les serments magon- 
niques, les instructions, les allegories au moyen des- 
quelles l'ordre enseigne ses doctrines et cherche a 
les faire prevaloir dans la societe. 



— 16 — 

En imposant ce livre aux macons, l'ordre s'assura 
ainsi partout de l'unite de doctrine et de culte. 

" Toutes les administrations maconniques, conti- 
" nue le F. Clavel, ont tradnit on reimprime le livre 
" d'Anderson, ou en ont produit d'analogues." (V. 
CI. Janet, tome I, p. 41.) 



Dans les rituels maconniques en usage chez les 
diverses nations du globe, il y a bien, il est vrai, 
quelques variantes, mais elles portent toujours sur 
des points accessoires, non sur ce que les macons 
considerent comme articles fondamentaux de l'ordre. 
Ces variantes s'accordent avec les temperaments dif- 
ferents des peuples. Ainsi les francais ont en grande 
partie mis de cote les longues citations bibliques, et 
les prieres que les Reverends Desaguliers et Ander- 
son avaient introduites dans le rituel anglais. Mais 
les ceremonies principales, les epreuves, les serments, 
les instructions maconniques, en un mot, tout ce qui 
fait l'essence de la franc-maconnerie, est le m<kne 
dans les rituels francais, italiens, americains et an- 
glais. Les macons l'avouent : 

" Quoique disperses sur toute la surface de la terre, 
" les francs-macons ne font qu'une communaute. lis 
" ont les mimes secrets, suivent la meme voie, sont formes 
" oVapres les mimes regies, enfin sont animes du meme 
" esprit, lis viennent de la mime source, Us ont les memes 
" principes et travaillent au meme but." (Ragon, Art. 
Mag., p. 14.) 

La maconnerie s'assura ainsi l'unite de doctrine 
et de ceremonies symboliques. 



CHAPITRE IV. 



UNITE D ORGANISATION, CONGRES DE WILHEMSBAD. 

Le phenomene qui se produisit a l'apparition du 
protestantisme, se renouvela au sein de la magonne- 
nerie naissante. Des sectes dissidentes surgirent de 
toutes parts. Presses par le desir d'aller plus vite ou 
plus loin que leurs freres, des macons fonderent de 
nouveaux systemes. lis multiplierent les rites et les 
degres, el se mirent a enseigner tout haut, sans dis- 
cretion les doctrines qu'on ne devait reveler qu'avec 
prudence, dans le secret des loges. 

Ainsi le Juif Martinez Paschalis institua en Fran ce 
eu 1754, uue societe cabalistique de macons qu'il 
nomma " Cohens " ou pretres, et son disciple St. 
Martin repanclit partout le systeme du maitre, au 
sein des loges francaises. 

Daus le mSme temps, Cagliostro etablit sa macon- 
nerie Egyptienne ou cle Misraim, avec ses ceremo- 
nies bizarres et ses 80 degres divers ; tandis qu'en 
Allemagne Wheishaupt, avec une habilete vraiment 
diabolique, organisait son fameux systeme de l'lllu- 
minisme. 

II etait temps de mettre de l'ordre dans ce chaos 
et de rassembler ces elements turbulents sous la dis- 
cipline d'une organisation unique et forte. L'idee 
d'un Convent general de toutes les societes secretes, 



— 18 — 

filles de la franc-maponnerie, fat mise en avant et 
acceptee avec enthousiasme. 

Un grand congres fat convoque a Wilhemsbad en 
1782. 



Congres de Wilhemsbad. 

" Les agents des societes secretes etaient accourus 
de toutes les parties de l'Europe, du fond de l'Ame- 
rique et des confins de 1'A.sie. L'anion generale de 
tous les rites ou systemes de la franc-maconnerie y 
fut decidee et euiblie, en premier lieu, sur le prin- 
cipe fondamental:" 

" Que les trois grades d'apprenti, de compagnon 
et de maitre, seraient la base absolue et universale 
de la franc-maconnerie." 

" Tous les rites, tous les systemes, toutes les socie- 
tes secretes, fondecs ou a fonder, pour appartenir 
reellement a, la franc-maQonnerie, devraient s'ap- 
pnyer sur ces trois grades constitutifs." 

" Tout initie a ces trois grades serait reconnu poar 
frere legitime dans toutes les loges, de quelque classe 
qu'il fut d'ailleurs, et dans quelque systeme ou rite 
qu'il eut ete initie." 

" On laisserait a chaque rite la liberte d'elever sur 
cette base, ou d'y conserver, les grades qui seraient 
juges les plus aptes a conduire au but supreme et a 
completer chaque systeme. 

En second lieu, il fut regie : 

" Que dans la magonnerie ordinaire, qui se com- 
poserait de ces trois grades seulement, il ne serait 



— 19 — 

jamais fait mention ni des hauts grades, ni des chefs 
inconnus." 

En troisieme lieu. 

" Que chaque loge aurait le cboix de ses chefs, 
c'est-a-dire, de son Venerable et de ses Ofriciers et 
aussi de la Grande Loge a laquelle elle se soumet- 
trait et dont elle clependrait immediatement." (V. 
St. Andre, Francs-Magons et Juifs, p. 247.) 



Ce concile cecumenique de la franc-magonnerie eut 
pour l'ordre les resultats les plus importants. II lui 
assura une base large, unique, universelle, sur la- 
quelle s'appuya tout l'edifice magonnique. 

Tous les freres, en effet, a quelque nationalite qu'ils 
appartiennent, et dans quelque rite qu'ils se fassent 
recevoir, doivent passer d'abord par ces trois pre- 
miers grades magonniques, que l'on nomme la Ma- 
qonnerie bleue ou Symbolique. La, ils regoivent le 
raeme enseignement, subissent les memes epreuves, 
pretent les memes serments, regoivent les memes 
mots de passe et de ralliement qui permettent aux 
magons de se reconnaitre dans Tunivers entier. 

Dans la magonnerie bleue, l'on observe scrupuleu- 
sement la loi du secret recommande par le congres 
de AVilhemsbad. Jamais on n'y fait mention des 
grades superieurs ou de la Maconnerie templiere. On 
s'efforce meme de faire croire que les degres infe- 
rieurs sont tout ; qu'il n'y a rien au-dela. 

Cette assertion est fausse. 

Elle n'est du reste acceptee que par ceux que 



— 20 — 

Wheishaupt appelait dedaigneusement "des brutes 
des grossiers et des imbeciles." 

Ces homines sont destines k rester toujours dans 
ces degres inferieures 3 sans meme en com prendre les 
doctrines et les tendances. 

Quant aux macons qui montrent de l'aptitude pour 
les secrets dc l'ordre, ils ne tardent pas a" connaitre 
l'cxistence des hauts grades, et m6me a recevoirl'in- 
vitation d'y entrer pour avoir plus de lumieres et 
mieux connaitre les vraies doctrines de la franc-ma- 
con nerie. 

Le congres de Wilhemsbad avait heureusement re- 
solu un probleme fort important pour la societe. 
Tout en laissant a chaque rite magonnique pleine 
liberte de developper a son gre ses degres et ses 
mysteres, il avait rassemble tous les systemes dans 
une organisation forte et unique. 

Restait a trouver le nioyen efficace de gouverner 
cette immense armee. La difficulte etait plus grande 
sur ce point que partout ailleurs. 

L'on se trouvait, en effet, en face de susceptibility 
nationales qu'il fallait menager, d'ambitions person- 
nelles qu'on devait controler, et cependant la centra- 
lisation du pouvoir etait indispensable a la macon- 
nerie, si elle voulait agir d'une maniere efficace, non 
pas sur telle ou telle nation en particulier, mais sur 
la societe en general. Quel systeme serait a la fois 
assez democratique pour laisser a chaque peuple ses 
allures libres, son autonomic nationale, et en meme 
temps, assez autoritaire pour relier ces peuples en- 
tr'eux et leur faire accepter le controle d'un pouvoir 
supreme ? C'etait le probleme a resoudre. 



CHAPITRE V. 

PAROISSE — EVECHE — ARCHEVECHE MAQONNIQUE. 

La maconnerie, avait deja pris a l'Eglise Catholi- 
que son Unite cle doctrine et de discipline interieure, 
elle lui emprunta encore son organisation exterieure, 
ea hieVarchie et son gouvernement. 

L'assertion peut paraltre Strange, invraisemblable 

m^me. Pourtant elle est exacte. Pour s'en convain- 
cre, il n'y a qu'a mettre en regard les rouages divers 
de l'administration catholique et les centres varies 
de l'autorite maconnique. 

1°. La paroisse catholique se compose d'un cer- 
tain nombre de fideles. Elle est presidee et dirigee 
par le cure\ Son devoir est d'expliqueraux chrdtiens 
la doctrine de l'Eglise etde la maintenir dans toute 
son integrite. 

La paroisse maeonnique se nomine une Loge. 
Elle a pour clief le Venerable et reunit un certain 
nombre de macons : " Le Venerable doit preter ser- 
ment de garder les anciennes traditions de l'ordre, 
les usages et coutumes etablies, et de les faire obser- 
ver par ses subordonnes." (Constitut. de la Grande 
Loge d'Angleterre, art. Venerables.) 

2°. Un certain nombre de paroisses forme un eVe- 
che. L'Eveque exerce son autorite* sur tout son dio- 
cese. II veille a la discipline, a l'instruction des 



— 22 — 

fideles, il fait en personne la visite annuelle de toutes 
les paroisses soumises a sa juridiction. 

Un groupe assez considerable de Loges situees 
dans un meme canton, forme un district ou un ev6- 
che maconnique. Cet ev6che est preside par un offi- 
cier nomme Depute Grand Maitre de District. 

" Son devoir est d'exercer une surveillance gene- 
rale sur toutes les loges de son district. II les visitera 
et s'assurera qu'elles suivent pour leurs travaux le 
Rituel de la Grande Loge, et que les finances sont 

dans un etat satisfaisant II peut en certain cas, 

suspendre une loge (la mettre en interdit), comme 
aussi accorder ou refuser de la transferer dans quel- 
qu'autre partie de son district." (Constitut. de la 
Grande Loge de Quebec, Heme partie, art. Ier.) 

3°. L'Eglise Catholique place enfin un certain 
nombre d'eveches sous la juridiction d'un Arche- 
veque, pour la direction generale. Elle forme ainsi 
une province ecclesiastique, distincte, independante 
des autres provinces, possedant dans son sein tous 
les pouvoirs necessaires a la discipline et au bon 
fonctionnement de l'autorite. 

De m^me la franc-maconnerie groupe ses eveches 
ou districts maconniques autour d'un centre souve- 
rain de juridiction et d'autorite. 

Ce centre, c'est la Grande Loge. 

Voici comment la Constitution de Quebec definit 
ses pouvoirs. (Constit. de la Grande Loge, lere par- 
tie.) 

" La Grande Loge est le pouvoir magonnique su- 
preme, et l'autorite qui, dans cette province, possede 



— 23 — 

tous les attributs de la souverainete" et du gouverne- 
ment legislatif, ex^cutif et judiciaire. Cette autorite 
est limitee seulement par les anciennes coutumes de 
l'ordre, ou les ordonnances particulieres de sa propre 
constitution." 

" Son pouvoir legislatif s'etend a toutes les loges 
et a tous les macons places sous sa juridiction." 

" Son pouvoir executif renferme le privilege exclu- 
sif d'accorder des chartes pour ouvrir de nouvelles 
dans la province, comme aussi de les suspen- 
dre ou revoquer a son gre." 

" Le pouvoir judiciaire de la Grande Loge est 
d'une double nature. II maintient la discipline par- 
mi les membres et les loges de sa juridiction, et juge 
des plaintes portees contre les officiers de la Grande 
Loge, autre que le Grand Maitre. De plus, il decide 
des cas de contro verse et de discipline qui lui sont 
soumis et juge des appels qu'on lui faits." 

La Grande Loge est done le centre de vie et d 'ac- 
tion maconnique pour une province ou rneme pour 
to ute une nation. 

Voici comment la magonnerie constitua ces grands 
corps. 

Chaque pays, geographiquement separe des autres 
ou possedant un pouvoir politique independant, eut 
le droit d 'avoir sa Grande Loge nationals. D'apres 
ces principes, des Grandes Loges furent fondees en 
Irlande (1730), en Allemagne (1741), a Naples (1756), 
en France (1772), en Espagne (1779). 

Apres leur declaration d'independance, les Etats- 
Unis d'Amerique, etablirent une Grande Loge ma- 



— 24 — 

connique dans chaque etat. Le meme syst&me a 
aussi ete adopte en Canada. 

Nous co mp tons une Grande Loge dans chaque 
Province de la Confederation. 



CHAPITRE VI. 



GRANDES LOGES— GRANDS REPRESENTANTS. 

En copiant 1 'organisation catholique, la maconne- 
rie avait reussi a former de grands corps, capables 
d'imprimer aux loges de toute une nation, une mar- 
che reguliere et nn mouvement d'ensemble dans 
leurs travaux. 

Mais universelle, comme 1'Eglise Catholique, elle 
voulait franchir " les limites d'institutions nationa- 
nales," et donner aux macons un but general et cos- 
mopolite. 

La maconnerie " etait une alliance humanitaire 
destinee a amener la societe a sa perfection mo- 
rale." (a) II lui fallait done, comme l'Eglise, rallier 
toutes les nations du monde dans un merae gouver- 
nement, et donner aux Grandes Loges nationales, 
une harmonie d'action, necessaire pour le but final 
de l'ordre. 

Voici les moyens qu'elle employa. 

1°. Les Grandes Loges nationales entretiennent 
entre elles une correspondance suivie et reguliere. 

2°. Elles ont les uns pres les autres, des represen- 
tants accredited, de veritables ambassadeurs. 



(a) Programme de 1723. 



— 26 — 

3°. Chaque annee, la Grande Loge nationals tient 
une assemblee generale, et donne connaissance aux 
fibres des rapports qu'elle reeoit de toutes les Gran- 
des Lo,2;es Soeurs de l'Univers entier. 

4°. De temps a autre, selon les eirconstances, la 
Maconnerie tient des conciles generaux auxquels as- 
sistent des delegues de toutes les Grandes Loges. 
L'on discute les affaires de 1'ordre, et l'on convient 
des mesures a prendre pour im primer a la Macon- 
nerie une direction universelle et uniforme. 

Tel est le systeme administratif qui fonctionne en- 
core aujourd'hui et fait la maconnerie une dans l'uni- 
vers entier pour le gouvernement et pour Paction. 

Pourtant, ce systeme officiel offre une lacune que 
l'on apergoit immediatement. 



Les Grandes Loges Nationales, unies par leurs 
Grands Representants, ne forment cependant pas 
une espece de Federation republicaine, jouissant de 
droits egaux, se mouvant dans leur orbite respectif, 
sans qu'aucune de ces Loges puisse controler Taction 
des autres. La maconnerie est de toutes les societes, 
la plus autoritaire. Uobeissance aveugle aux chefs 
inconnus, aux appels cPautorite, e'est ce que l'on en- 
seigne constamment aux macons, ce qu'on leur fait 
jurer dans leurs serments, ce qu'ils ont sans cesse a 
pratiquer en loge. La direction vient non d'en bas, 
mais d'en haut, les loges ne font pas la loi, elles la 
recoivent. 

Done, com me au-dessus des provinces ecclesiasti- 
ques, des archeveches dans l'Eglise Catholique, il y 



— 27 — 

a le pouvoir supreme, universe], infaillible et sans 
appel de la cour romaine presidee par le Pape, de 
m6me aussi dans la franc-magonnerie, au-dessus des 
Grandes Loges Nationales, il y a une autorite supre- 
me, unique qui, presidee par un chef, juge tout, diri- 
ge tout et iraprime au Grand Corps maconnique le 
mouvement, Punifbrmite, la vie. 

Quel est ee comite* ? Qui le preside ? Quel homrae 
tient dans sa main les :'■. maconniques, les fait 
manceuvrer d'un bout du monde a l'autre avec un 
ensemble etonnant. et, par les journaux, les livres, 
les discours, les courants d'opinion publique sait les 
pousser avec unanimity a l'attaque d'unc doctrine 
catholique, ou les mener a l'assaut d'une liberte 
chretienne ou social e ? 

C'est, il le faut avouer. un mystere qui n'a pas en- 
core echappe au secret des loges. 

Les uns placent ce comite a Londres, d'autres a 
Malte, d'autres enfin dans quelque ville du Nord. 
Les uns nomment cornme chef supreme de l'ordre 
quelque personnage politique fort en vue, tandis que 
d : autres attribueut la direction supreme de l'ordre a 
des conspirateurs tenebreux, ou meme aux Juifs, 
poursuivant leur haine seculaire contre l'Eglise etla 
societe chretienne. 

Tout cela pourtant n'est que conjecture. Le co- 
mite existe, ('"est certain. II a un chef supreme dont 
la volonte est obeie dans l'univers entier, mais ce 
chef n'est connu que de quelques magons des plus 
hauts grades. 

Les autres sont sur ce point dans une ignorance 
aussi complete que les profanes. 



— 28 — 

L'on voit ainsi quel immense pouvoir est concen- 
tre entre les mains de la franc-maconnerie. 

Quand nous aurons etudie plus loin, les doctrines 
de l'ordre, les instructions qu'il impose a ses disci- 
ples, le but qu'il veut atteindre, nous comprendrons 
comment, grace a cette organisation a la fois simple 
et puissante, il peut, a son gre, soulever cette force 
irresistible que l'on nomme l'opinion publique, et 
du sein de sa Grande Loge Supreme diriger, a sa 
guise, la politique des Etats. 



CHAPITRE VII. 

L 7 ANGLETERRE, BERCEAU DE LA MAQONNERIE 
UNIVERSELLE. 

Des faits que nous venons de citer, tirons quelques 
conclusions fort importantes duns le sujet qui nous 
occupe. 

L'Angleterre a ete, nous l'avons vu, le berceau de 
la maconnerie du monde entier. 

Elle a donne aux Grandes Loges etablies successi- 
vement dans l'uuivers, les chartes maconniques qui 
les font travailler en harmonie avec les macons des 
jiutres pays. Elle leur a impose son rituel officiel, 
■ses ceremonies, ses degr6s d'initiation, ses instruc- 
tions et ses serments. Elle relie ces Grandes Loges 
entre elles et se les rattache a elle-meme par la cor- 
respondance ofricielle, et le svsteme des Grands Re- 
presentants. En un mot, la franc-maconnerie an- 
glai.^e a ete la tete et le cceur de la maconnerie 
universelle. 

Done vouloir aujourd'hui etablir une distinction 
entre la magonnerie anglaise et la magonnerie conti- 
nentale, representer celle-ci comme violente, anti- 
catholique, revolutionnaire dans ses principes et dans 
ses actes, celle-la, au contraire, comme conservatrice 
•dans ses tendances, tolerante dans ses vues, bienfai- 
sants dans son but final, est une theorie parfaitement 
inadmissible. Elle croule par la base et est energi- 
quement dementie par les faits. 



30 — 



Une seule chose pourrait justifier cette assertion. 
Ce serait une rupture eclatante et publique de la 
maconnerie anglaise avec la maconnerie continentale, 
un changement complet de base, un abandon absolu 
des principes qui presiderent a la formation de 
l'ordre moderne en "1717, et lui assignment son but 
final. 

L'Angleterre magonnique a-t-elle jamais desavoue 
ses doctrines, reform e ses rituels et change les ser- 
ments qu'elle exigeait de ses membres et qu'elle im- 
posait aux magons du continent en 1723 ? Jamais ! 

Doctrine, rituel, serments restent aujourd'hui les 
memes qu'en 1723, pour les macons de l'univers en- 
tiers ! 

L'Angleterre magonnique, a-t-elle rompu officielle- 
ment avec les loges continentales, ses filles, qui de- 
puis deux siecles menent ouvertement la guerre 
contre PEfflise et la societe chretienne ? Jamais ! 



11 y a bien eu, il est vrai, de temps a autre, quel- 
ques moments de mauvaise humeur. 

Quand ces filles, impatientes des restrictions hypo- 
crites que leur mere leur imposait, ont brise ces en- 
traves, qu'elles ont proclame tout haut ce que la 
secte ne confiait que tout bas, a quelques sujets 
d'elite, alors la magonnerie anglaise a feint de se fa- 
cher : et elle a impose a ces Grandes Loges trop au- 
dacieuses un temps de penitence publique. 



— 31 — 

C'est ce qui est arrive par exemple, au Grand 
Orient de France en 1876, quand il cessa de declarer 
obligatoire pour les masons la croyance a l'Etre Su- 
preme. 

L'Angleterre maconnique se separa qfficiellement de 
la France. Elle lui retira ses Grands Representants, 
et les Grandes Loges des Etats-Unis et du Canada 
suivirent cet exemple. Mais ce nuage passager n'em- 
p£che nullement la mere et la fille de s'entendre par- 
faitement en secret. 

Depuis 1878, la France est ostensiblement gouver- 
nee par la franc-magonnerie. Elle ne cesse depuis 
lors, selon le programme de l'ordre, de combattre la 
religion revelee et de demolir piece a piece, les insti- 
tutions qui donnaient a ce grand pays sa physiono- 
mie chretienne. 

L'Angleterre maconnique a-t-elle proteste contre 
ces persecutions, 'condamne ces violences, desavoue 
les actes des francs-masons franQais ? Ne leur a-t- 
elle pas au contraire, donne constamment l'approba- 
tion la plus entiere, Tappui le plus chaleureux ? Ne 
soutient-elle pas le journal et par l'opinion publique, 
qu'elle faQonne par les mille organes a sa disposition, 
les chefs qui conduisent en France la croisade anti- 
catholique et anti-sociale ? * • 

Ne reste-t-elle pas en union intime et fraternelle 
par ses Grands Representants avec la maconnerie 
Beige, Italienwe, Allemande et Espagnole, aussi hostile 
que la maconnerie francaise a l'Eglise Catholique et 
aux institutions qui lui servent d'appui ? 



— 32 — 

Que l'on ccsse done de nous apporter cette dis- 
tinction perfide entre la maconnerie anglaise et la 
maconnerie eontinentale. La societe est line par son 
organisation, ses doctrines et son programme. Les 
allures exterieures plus pacifiques des magons an- 
glais tiennent a des causes que nous expliquerons 
plus tard, mais elles n'indiquent nullement ni un 
changement de vues, ni encore moins l'abandon du 
fameux programme macoimique de 1723. 

L'avocat protestant Eckert qui a etuclie a fond 
l'influence de l'Angleterre dans les revolutions so- 
ciales qui agitent aujourd'hui le monde, termine en 
ces termeSj son vigoureux requisitoire contre la ma- 
connerie anglaise. 

" L'Angleterre a ete la mere de la franc-maconne- 
rie moderne, et e'est d'elle encore que partent les fils 
conducteurs qui dirigent aujourd'hui l'association 
magonnique dans l'univers entier." (Eckert, t. II, 
p. 55.) 



CHAPITRE VIII. 



HISTOIRE DE LA FRANC-MAgONNERIE EN CANADA. 

La France impie et frivole du XVIIIe siecle s'e- 
tait jetee a corps perdu dans les loges de la franc- 
maconnerie. Minee dans sa foi par les sarcasmes de 
XT oltaire et de son ecole, corrompue dans ses mceurs 
par les orgies de la regence, paralysee dans sa resis- 
tance par les idees gallicanes, les jalousies de parle- 
ment, les doctrines outrees du Jansenisme, la France 
se passionna pour cette nouveaute que l'on nommait 
la Maconnerie Anglaise. La noblesse et les abbes 
de cour, possesseurs par simonie de biens d'Eglise, 
qu'ils employaient au plaisir ou a l'intrigue, accou- 
rurent aux loges. Le mystere les intriguait, les cere- 
monies bizarres de l'initiation interessaient lour ima- 
gination blasee, tandis que les doctrines de la secte 
nouvelle flattaient leurs idees antireligieuses et sem- 
blaient leur promettre les reformes sociales qu'ils 
r^vaient. 

" Avant 1743, dit Robinson, (a) la ma§onnerie en 
France etait devenue, pour ainsi dire, universelle. 
Les loges de francs-macons etaient le foyer des doc- 
trines les plus etranges et les plus criminelles. Elles 
se trouverent peuplees d'avocats au parlement, d'ab- 



(a) Robinson's Proofs of conspiration. 
2 



— 34 — 

b£s sans benefices et de soi-disant philosophes qui y 
discutaient sur toutes les matieres de religion et de 
politique." 

La colonie franQaise de la Nouvelle France, n'6- 
chappa point a cette contagion d'impiete. La no- 
blesse et la bourgeoisie canadienne, lisaient Voltaire. 
Elles en prirent vite l'esprit et les tendances. Le 
terrain etait prepare pour Paction maconnique. 

Quelques annees seulement avant la conqugte, 
c'est-a-dire vers 1755, une loge de magons fut etablie 
a Quebec. L'on conserve encore dans les archives 
de l'ordre, les noms de ces premiers macons cana- 
diens, mais, par egard pour leurs descendants dont 
la devotion a l'Eglise proteste aujourd'hui contre la 
folle conduite de leurs ancetres, il est, je crois, plus 
charitable de laisser dormir ces noms dans le silence 
des loges. 



Apres la conquete, en 1763, les loges se multi- 
plierent rapidement en Canada. 

Chaque regiment anglais, envoye ici en garnison, 
avait sa loge mac;onnique dont la charte lui permet- 
tait de tenir des assemblies et d'initier des magons 
partout ou il serait stationne. Or l'un de ces regi- 
ments recruta a Quebec un bon nombre d'adeptes. 
Quand il retourna en Angleterre, il laissa aux ma- 
sons Quebecquois sa charte datee de 1752, et ceux-ci 
organiserent la loge Albion. 

Ce fait curieux est relate dans le compte rendu an- 
nuel presente a la Grande Loge de Quebec en 1881 



— 35 — 

par le F. Edson Ficht, Depute Grand Maitre pour 
les districts de Quebec et Trois-Rivieres. 

" J 'attire l'attention de cette Grande Loge, dit le 
F. Ficht, sur le fait que la loge Albion No. 2 a ete, 
injustement et sans ordre, privee de sa charte primi- 
tive portant la date du 12juin 1752. A la derniere 
session annuelle, le F. Miller presenta cette charge a 
la Grande Loge. mais malgre nos recherches, je n'ai 
pu decouvrir nulle part dans le livre des rapports 
aucune mention dc ce fait." 

" La charte avait ete donnee au 4eme bataillon du 
regiment royal d'artillerie, avec pouvoir de tenir des 
assemblies et de faire des macons partout ou. il irait. 
En 1826, on accorda a la loge Albion urie charte sup- 
plemental, afln de la rendre permanente. C'est 
d'apres cette charte que la loge travaille aujourd'hui. 
Elle prie done cette Grande Loge de l'autoriser k 
porter, au lieu de bijoux d'argent, des bijoux d'or, a 
cause de ses 129 annees d'existence. D'autre part, 
comme la charte primitive n'est plus en leur posses- 
sion, les macons de la loge d'Albion n'ont plus rien 
pour prouver leur avance." 

" Je demande done respectueusement que la charte 
soit remise entre les mains de ses legitimes posses- 



La maconnerie continua de s'etendre k Quebec, a 
Trois-Rivieres, a Montreal, et surtout dans le Haut- 
Canada, presqu'exclusivement colonise par des an- 
glais. Les loges canadiennes recevaient leurs chartes 
de la Grande Loge d'Angleterre et dependaient d'elle 
pour la juridiction et le gouvernement. 



— 36 — 

■En 1854, les franc-masons canadiens s'appuyant 
sur les principes recus par les Grandes Loges des 
Etats-Unis, resolurent d'etabliren Canada, une auto- 
rite magonnique supreme et independante. 

Apr&s certaines difficult^ de detail qui finirent 
par disparattre, certaines restrictions que les masons 
canadiens accepterent, la Grande Loge d'Angleterre 
consentit au projet. Elle reconnut pour sa fille legi- 
time, mais desormais majeure et maitresse de ses 
actions, la Grande Loge du Canada. La mere et la 
fille ont toujours, depuis lors, entretenu ensemble 
des relations harmonieuses. 

La Grande Loge de Quebec naquit dans des cir- 
constances moins heureuses. 

En 1869, deux ans apr&s la Confederation, les ma- 
cons de la province, s'autorisant de l'exemple de la 
Grande Loge du Canada et des loges americaines, 
voulurent, eux aussi avoir un centre maconnique in- 
dependant. Malheureusement la maconnerie anglaise 
etait alors dans un moment de mauvaise humeur. 
Elle refusa a sa fille canadienne l'emancipation de- 
manded. La fille passa outre. Forte de ses droits eVi- 
dents et de l'encouragement que lui donnaient les 
autres Grandes Loges, elle se constitua en autorite 
maconnique supreme et independante. La Grande 
Loge de Quebec fat fondee le 20 octobre 1869. 

L'Angleterre, irritee de cette action hardie refusa 
de reconnaitre la Grande Loge de Quebec et de lui 
envoyer des Grands Representants. Voila deja 14 
ans que dure cette penitence publique, et rien ne fait 
prevoir une reconciliation prochaine entre la mere et 
la fille. 



— 37 — 

Au mois de septembre 1881, devant l'assemblee 
g^nerale annuelle des maQons tenue a Montreal, le 
Venerable F. J. H. Graham, Grand Maitre de la 
Grande Loge de Quebec, a raconte fort en detail, 
l'histoire de cette controverse maQonnique. Ne pou- 
vant avoir de guide plus autorise en cette matiere, 
je traduirai la partie de son rapport qui a trait au 
sujet qui nous occupe. 



CHAPITRE IX. 

IIISTOIRE DE LA GRANDE LOGE DE QUEBEC D'APRES 
LE FR. J. H. GRAHAM. 

" La division du Canada, du consentement et avec 
l'aide du gouvernement local et imperial, en deux 
provinces distinctes, Ontario et Quebec, et la federa- 
tion des autres provinces pour former le Dominion 
du Canada, le ler juillet 1867, souleva des questions 
maQonniques d'un interet et d'une importance supe- 
rieure, peut-etre, a n'importe quel eVenement poli- 
tique des temps modernes." 

k ' Plusieurs annees avant ces faits, leur prevision 
m'avait engage, avec plusieurs autres sans doute y 
d'etudier a fond les documents historiques et les 
principes constitutionnels qui se rapportaient a la 
formation, aux prerogatives, au fonctionnement des 
Grandes Loges de la franc-maconnerie, durant les 
150 dernieres annees, c'est-a-dire, de Pan 1867 a l'eta- 
blissement de la Grande Loge d'Angleterre en 1717." 

" J'en vins a la conclusion que la maconnerie de 
cette province avait, apres le ler juillet 1867, le droit 
et le devoir de former une Grande Loge independante, 
avec pouvoir legal d'exercer une autorite exclusive 
et souveraine sur toutes les loges de francs-macons y 
dans le territoire de Quebec." 

" Cette conclusion devint pour moi un axiom e de 



— 39 — 

foi ma^onnique et nombre de freres de cette province- 
partagerent ma conviction." 



Formation de la Grande Loge de Quebec. 

" Plusieurs annees de reflexion, des etudes serieu- 
ses et variees preparerent done la voie a la formation, 
de la Grande Loge de Quebec. Elle fut etablie le 
20 octobre 1869, grace a la cooperation intelligente 
et zelee de la majorite des loges canadiennes, ecos- 
saises et anglaises de ]a province*" 

" Nous fimes connaitre cette demarche a toutes les 
Grandes Loges Sceurs de l'univers, en meme temps 
que nous leur demandions de l'approuver et d'echan- 
ger avec nous leurs Grands Representants." 

" Nous gardons une reconnaissance profonde a 
tant d'habiles legistes magons et de Grandes Loges 
Americaines et Canadiennes qui firent a notre de- 
mande un accueil favorable." 



Difficult^. 

La Grande Loge de Quebec etait fondee, mais il y/ 
avait encore bien des difficultes a vaincre. 

Vingt-deux loges du registre du Canada (Ontario),, 
trois loges du registre d'Angleterre : S. Paul, S. 
Georges et S. Laurent, ainsi qu'une loge du registre 
d'Ecosse : Elgin, refuserent de se laisser porter sur 



— 40 — 

le r6gistre de la Grande Loge de Quebec, et preten- 
dirent garder leur allegeance. 

Apres quelques annees de controverses et de lut- 
tes, l'affaire s'arrangea, en partie du moins. 



Adhesions. 

" Nos differents avec la Grande Loge du Canada 
notre mere, continue le Grand Maitre, furent enfin 
regies en 1874. Les loges dissidentes de notre ferri- 
toire se firent inscrire sur notre registre, a des condi- 
tions aussi honorables pour elles, qu'avantageusea 
pour notre Grande Loge et toute la maconnerie de 
notre juridiction." 



" Les difficultes qui s'etaient elevees entre cette 
Grande Loge de Quebec et la mere Grande Loge 
Ecossaise troublerent profondement ici et ailleurs 
l'harmonie de notre societe. Heureusement, Tamour 
de la paix, le desir fraternel des masons Ecossais, 
alors dissidents, de faire ce que, dans les circonstan- 
ces, ils crurent devoir etre pour le bien general de 
Tordre dans cette juridiction, finirent enfin par Tern- 
porter." 

" La celebre vieille loge Elgin, avec ses deux reje- 
tons King Solomon et Argyle, donnerent un noble 
exemple des vrais principes de notre fraternite, en 
se rangeant sous la banniere de notre jeune, mais 
non sans gloire, Grande Loge de Quebec." 



— 41 



La paix. 

La paix se faisait dans la famille maconnique, et 
le Grand Maitre de s'en rejouir et d'en feliciter le& 
freres. 

li Cette heureuse union des loges du registre du 
u Canada " et " d'Ecosse " avec la Grande Loge de 
Quebec, joint a l'accroissement annuel des loges pla- 
cets sous notre juridiction, a plus que triple le nom- 
bre de celles qui participerent en 1869 a la formation 
de ce grand corps. Voila certes qui est tres encou- 
rageant pour nous." 

Sans doute. Pourtant, lorsque le Grand Maitre 
regarde du cote de l'Angletterre, un nuage passe sur 
son front. 

La Grande Loge de Londres continue de mainte- 
nir en penitence sa fille indocile, et de lui refuser 
l'echange des Grands Representants. Bien plus. 
elle soutient dans leur re volte les trois loges anglai- 
ees de Montreal : S. Georges, S. Paul et S. Laurent. 

De la colere, menaces, echange de lettres plus ou 
moins aigres entre Quebec et Londres. 



La guerre. 

u Pour completer notre ceuvre, continue le Grand 
Maitre, il ne nous reste plus qu'a, regler nos relations 
avec notre mere la Grande Loge d'Angleterre, et a 



— 42 — 

obtenir cle ses trois filles, S. Georges, S. Paul et S. 
Laurent, qui restent encore independantes, dans les 
limites de notre juridiction souveraine et reconnue, 
une adhesion fraternelle." 

" Nous avons demande a la Grande Loge de Lon- 
dres d'echanger avec nous ses Grands Representants. 
Elle a offert de nous reconnaitre formellement si 
nous laissions les loges anglaises libres de continuer 
a relever, si elles le voulaient, de la Grande Loge 
Anglaise. C'etait a des conditions pareilles que 
l'Angleterre avait consenti a reconnaitre la Grande 
Loge du Canada." 

Le Grand Maitre repond : 

Votre offre est inacceptable. 

La Grande Loge du Canada en se souinettant a cos 
conditions commit une faute. 

Nous ne la renouvellerons pas. 

Votre conduite est anti-maQonnique. Vous trou- 
blez la paix, etc., etc. 

Et la guerre de continuer de plus belle. 

" La Grande Loge de Quebec, dit le Grand Maitre 
Graham, a ete fondee, comme la Grande Loge d'An- 
gleterre, en vertu d'un droit regulier, inherent et 
inalienable, droit qui est, croyons nous, en parfait 
accord avec les constitutions et les traditions de la 
franc-maQonnerie. Nous avons reclame, ab initio, 
une juridiction souveraine et exclusive sur toutes les 
loges de la Province de Quebec." 

" Cette reclamation a ete approuvee." 



CHAPITRE X. 



RELATIONS OFFICIELLES DE LA GRANDE LOGE DE 

AVEC LES GRANDES LOGES 

RTQUE ET DU CONTINENT. 



QUEBEC AVEC LES GRANDES LOGES d'aME- 



L'unite maconnique, nous l'avons vu pins haut, se 
maintient par la correspondance officielle des Gran- 
des Loges entre elles, et les Grands Representants 
qu'elles s'envoient mutuellement. 

Ce sont les liens de la fraternite maconnique. Les 
Grandes Loges ainsi unies, se considerent comme 
Sceurs. Elles travaillent en harmonic au but de 
l'ordre, et se doivent reciproquement secours et pro 
tection. 

L'on a bien souvent dit que notre maconnerie 
anglo-canadienne ne resseniblait nullement a la ma- 
connerie continental ; qu'elle n'avait ni le meme 
esprit, ni les memes tendances, et qu'enfin vouloirla 
montrer en union ou en sympathie avec les macons 
d'Europe, c'etait la calomnier gravement. 

Les catholiques savaient pourtant bien qu'il n'y 
avait la ni calomnie ni fausse representation. Mais 
il fallait prouver leurs dires par des pieces officielles. 
La etait la difficulte. La maconnerie veille avec un 
Boin jaloux sur le secret de ses loges. 

Mais voici que le Grand Maitre Graham lui-meme 
nous fait connaitrc ces relations de famille de la 



— 44 — 

'Grande Loge de Quebec avec les Grandes Loges 
<1 'Europe : 

Voici ses paroles : 

" La Grande Loge de Quebec est en communion 
fraternelle avec toutes les autres Grandes Loges du 
Dominion, ainsi qu'avec celles des Etats-Unis, la 
Grande Loge d'Irlande et plusieurs autres Grandes 
Loges d'Europe et autres contrees." 

u Nous entretenons une correspondance fraternelle, et 
nous echangeons nos Grands Repr'esentants avec la plus 
■grande par tie de toutes les Grandes Loges regulieres de 
francs-magons du monde entier." (a) (Grand Master's 
address, p. 49.) 

Voila un aveu qui est bon a noter. 

Ann d'en mieux faire comprendre l'importance, 
'donnons de suite la liste complete de ces Grandes 
Loges regulieres de francs-magons, avec lesquelles 
notre Maconnerie Anglo-Canadienne entretient des 
rapports d'amitie si intime. 

Je prends cette piece textuellement dans l'an- 
uuaire magonnique pour 1881. 



(a) " The Grand Lodge of Quebec has been duly recognized 
by and has happily established fraternal correspondance and 
inter changed Grand ^Representatives with the greater part of 
all the regular Grand Lodges of Freemasons throughout the 
world." 



45 



Grandes Loges de francs-macons en correspondance re- 
guliere avec la Grande Loge de Quebec et qui echan- 
gent avec elles lews Grands Representants. 



GRANDES L0GE3. 

1 Alabama. 

2 Arkansas. 

3 Argentine Republic. 

4 Belgium. 
35 Brazil. 

6 British Columbia. 

7 California. 

8 Canada (Ontario). 

9 Columbia (District). 

10 Colorado. 

11 Connecticut. 

12 Dakota. 

13 Delaware. 

14 Florida. 

15 Georgia. 

16 Hungary. 

17 Idaho. 

18 Illinois. 

19 Indiana. 

20 Indian Territory. 

21 Iowa. 

22 Ireland. 

23 Kansas. 

24 Kentucky. 

25 Louisiana. 
20 Manitoba. 

27 Maine. 

28 Maryland. 

29 Massachusetts. 



GRANGES LOGES. 

30 Michigan. 

31 Minnesota. 

32 Missouri. 

33 Mississipi. 

34 Montana. 

35 Nebraska. 

36 Nevada. 

37 New-Brunswick. 

38 New Hampshire. 

39 New Jersey. 

40 New Mexico. 

41 New York. 

42 Nova Scotia. 

43 North-Carolina. 

44 Ohio. 

45 Oregon. 

46 Pensylvania. 

47 Portugal. 

48 Prince Edward Isl, 

49 Rhode Island. 

50 South Carolina. 

51 Spain. 

52 Texas. 

53 Tennessee. 

54 Utah. 

55 Vermont. 

56 Virginia. 

57 Washington. 

58 West- Virginia. 



46 



Grands Representants des Grandes Loges etr anger es prfo 
de la Grande Loge de Quebec. 

Belgium B. C. G. Reid, Sherbrooke, Qu6bec. 

Hungary B. Jules Kleinrath. 

Rev. B. R. W. Norman, Montreal. 

Ireland B. G. Hill Major, Dublin. 

Rev. B. John Scrimger, Montreal. 

Peru B. Ricardo H.Hartley, Lima,. (Peru) 

Rev. B. H. W. Nye, Bedford, Quebec. 

Portugal B. Boisseau, Montreal. 

Spain B. A. G. Adams, Montreal. 

(Amiuaire maconnique de Quebec, 1883.) 



* 



Voila done notre Magonnerie Canadienne en union 
intime non seulement avec les Grandes Loges du 
Dominion et des Etats-Unis, mais encore avec la 
magonnerie etrangere d'lrlande, de Belgique, de Hon- 
grie, du Portugal, de VEspagne, du Bresil et de la Re- 
publique Argentine. 

Elle correspond avec ces Grandes Loges du con- 
tinent. 

Elle echange avec elles ses Grands Representants, 
Or, d'apres les idees magonniques, ces relations ex- 
terieures temoignent d'une communion parfaite d'i- 
dees, de principes, de doctrine et de but. 

Quand done, plus tard, nous examinerons les vues 
reelles que la magonnerie entretient sur la religion 



— 47 — 

et la societe chretienne, nous n'aurons pour les con- 
naitre, qu'a preter l'oreille aux declarations de ces 
maQons d'Europe et d'Amerique. lis n'ont plus le 
puritanisme exterieur des macons anglais. Depuis 
longtemps, ils ont dechire les voiles hypocrites dont 
l'Angleterre enveloppe encore le secret des loges. 
Eux, du nioins, parlent net et clair. 

En les entendant nous saurons ainsi ce qu'est au 
fond notre maconnerie Anglo-Canadienne qui, par 
cette alliance, se proclame ouvertement la sceur de 
la franc-maQonnerie continentale. 



CHAPITRE XI. 

ETAT ACTUEL DE LA FRANOMAgONNERIE EN CANADA, 

Elle est florissante notre franc-mayonnerie cana- 
dienne. Les freres le constatent avec jubilation. 
Chaque annee, l'armee maQonnique fait denombreu- 
ses recrues, elle fonde de nouvelles loges et pousse 
ses merrbres avec sucees aux emplois civils et poli- 
tiques. Bientot les freres auront le monopole, non 
seulement de la vertu maconnique, ce qui serait to- 
lerable, maiSj resultat plus substantiel, de nombre 
d'offices dormant chaque annee de beaux et bons de- 
niers sonnants. 

Les profanes, eux, continueront a payer leurs taxes 
et devront se croire fort honores d'etre administres 
par les Fits de la Veuve, les hommes de la maconne- 
rie ancienne libre et acceptee d'Angleterre. 



La magonnerie, on le sait, se sert dans ses loges et 
ses compte-rendus d'un langage special compris seu- 
lement des freres, mais completement inintelligibles 
pour les profanes. 

II sera done utile d'expliquer bri&vement les ter- 
mes employes dans les statistiques officielles de- 
rOrdre. 

Voici leur signification : 



49 



1°. Inities Premier degre cle la mac,onne- 

rie. Grade d'apprenti. 

2°. Avarices Second degre : Le compagnon. 

(Fellow craft.) 

3°. Affilies Troisieine degre: Les maltres 

macons et ceux qui apres 
avoir cesse pour un temps de 
venir aux loges, y rentrent 
comme membres actifs. 

4°. R&ntegres Mac, oris chasses qui ont ete re- 

habilites. 

5°. Retires Membres actifs passant sur la 

liste des membres non actifs, 
(nous expliquerons plus loin 
ce que cela veut dire. 

6°. Chassis Masons rayes du registre des 

loges pour offense a la cons- 
titution. 

7°. Suspcndus Macons exclus de la loge pour 

un temps & cause d'irregula- 
rites, ou de non paiement de 
la cotisation annuelle. 

8°. Membres actifs... Magons prenant actuellement 
part aux travaux des loges. 



Donnons maintenant la statistique officielle de la 
franc-ma^onnerie dans le Dominion pour l'annee 
1880. 



50 





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51 



La Grande Loge clu Canada (Province d'Ontario) 
devance de beaucoup, on le voit, toutes les autres 
Grandes Loges du Dominion. 

C'est le paradis terrestre de la magonnerie cana- 
dienne. La elle porte ses fruits, sinon les plus deli- 
cieux, au moins les plus abondants. 

1054 profanes inities au premier degre. 

99 freres suspendus pour une raison ou une autre, 
reconcilies avec l'ordre et recus de nouveau dans le 
giron de leur mere. 

En tout 1153 membres actifs, enroles sous la ban- 
niere de la societe ; et cela pour une seule annee, 
pour une seule province canadienne ! 

Decidemment les freres out droit de se rejouir. 
La vertu maconnique est en hausse dans Ontario. 

Aussi ne suis-je pas surpris d'entendre la province 
sup6rieure se glorifier de ses 340 loges actives et de 
ses 17,474 illustres macons ! 

Quelle lumiere cela doit jeter de toutes parts ! 
Comme l'eclat de ces loges ontairiennes doit faire 
paraitre encore plus epaisses les tenebres qui cou- 
vrent notre catholique Province de Quebec. Nous 
ne pouvons, il est vrai, pretendre a de pareils succes, 
et longtemps encore, la palme maconnique restera a 
Ontario. Pourtant Quebec proo-resse rapidement, et 
le Grand Maitre Graham avait raison d'entonner 
un hymne cle gloire a l'honneur de notre jeune 
Grande Lose canadienne. 



CHAPITRE XII. 



LA FRANC-MAgONNERIE DANS LA PROVINCE DE 
QUEBEC EN 1883. 



Les Macons du Haut-Canada avaient jusqu'ici 
tenu en mediocre estime les Canadiens de la Pro- 
vince de Quebec. 

u On regardait generalement cette terre de Quebec 
comme peu propre a, porter des fruits magonniques, 
disait le fr. Walker dans son rapport a la Grande 

Loge." (a) 

II parait qu'on avait mal juge notre province cana- 
dienne, car la voila qui entre resolument dans le 
mouvement maconnique. Bien plus, du premier 
bond, elle depasse la moyenne annuelle des macons 
recus dans toutes les autres loges du Dominion. 

C'est encore le fr. Walker qui nous l'apprend dana 
son rapport : 

" Les chiffres suivants, dit-il, montreront que sur 
44 Grandes Loges qui ont envoye le chifFre de leurs 
membres et de leurs inities, 12 seulement ont pour 
1'annee une moyenne d'initiation superieure a celle 
»de la Grande Loge de Quebec.' , 

41 Quant aux autres Grandes Loges du Dominion, 
4? est nous qui tenons la tete de liste." 

" Voiei les chiffres." 



(«,; Annuaire Maponnique, 1881, page XXXVII. 



— 53 — 

Moyenne d 1 Initiation pour Vann'ee 1880. 

Quebec 6.32 par cent 

Canada (Ontario) 6.03 

Nova Scotia 5.71 

Prince Edward Island 3.58 

New-Brunswick 6.01 

(Rapport du fr. Walker, 1881, page XXXVII.) 



* 



La maconnerie canadienne se montre fort satis- 
faite du present et tres confiante dans Favenir. 

C'est ce qui ressort du rapport officiel presente a la: 
Grande loge de Quebec, en 1883, par le comite" charge* 
d'6tudier %t La Situation de la Maconnerie " dans la- 
Province de Quebec. 

J'extrais ce rapport de PAnnuaire Muconniqua 
publie par la Grande Loge en 1883. 



Rapport du Comiti sur la situation de la Maconnerie*. 

k< Votre comite, apres avoir examine les rapports 
presentes par les Deputes Grands Maltres de Dis- 
tricts, demancle permission de vous soumettre le 
resume" suivant : " 

District de Quebec et Trots- Rivieres. 

" Votre comite remarque que le nombre des loges. 
de ce district n'a pas augmente durant les 16 der- 



— 54 — 

niers mois. II n'en faut pas conclure que la macon- 
nerie tombe en mine dans les bonnes vieilles villes 
de Quebec ct de Trois-Rivieres. Le petit nombre de 
loges n 'est pas un criterium de la vraie situation de 
notre fraternite dans la societe. Taut que ees loges, 
quoique peu nombreuses, travaillent en harmonie et 
avec un bon materiel, la maconnerie maintenant 
comme jadis survivra a ses ennemis et aux attaques 
dirigees contre elle." 

" Nous connaissons les influences speciales contre 
lesquelles notre fraternity doit hitter dans ce district. 
Mais P experience prouve que ces influences hostiles a notre 
ordre, deviennent moins puissantes a mesure que nous 
avancons, et que les prejuges disparaissent devant Vins- 
truction." 

" Votre comite a le plaisir de vous apprendre que 
les loges de ce district sont dans une condition vrai- 
ment prospere, et continuent de travailler avec har- 



District de Montreal. 

" Le F. Walker a presente un rapport court mais 
tres satisfaisant de l'etat des loges placees sous sa 
juridiction. Nous ne doutons pas que la prosperite 
et l'heureuse harmonie des 23 loges de ce district, ne 
soient dues a l'habilete avec laquelle il les dirige." 

District de Bedford. 

" Le F. John Massie nous a donne un fort interes- 
sant rapport de ce district. II est en somnie tres 



— 55 — 

Batisfaisant. La loge de Brown, a West Farnham, a 
6te* l'objet d'une persecution religiense. Votre comite 
dit a nos freres de Farnham : " Perseverez, perseve- 
rez, persev6rez." Nous suivons vos actes avec inte- 
r6t, avec de la discretion vous surraontrez tous les 
obstacles, et recevrez la recompense due a des freres 
fideles." 

District de St. Francois. 

" Le rapport du F. Simpson montre clairement et 
distinctement la condition prospere de notre ordre 
dans ce district. 

District (T Ottawa. 

" Le F. Lyons nous donne l'assurance agreable 
que dans son district les loges continuent de prospeV 



Le tout soumis respectueusement, 

Hobart Butler, 

Chas. Knowles, 

pour le comiteV 



Les macons canadiens ont done dans notre pro- 
vince de Quebec, cinq district ou eveches maconni- 
ques. 

Ces districts controlent aujourd'hui 58 loges acti- 
ves. Et voici que le Grand Maitre Graham annonce- 
avec joie aux freres l'etablissement de nou velles loo-ea 
et de nouveaux districts.. 



— 56 — 

" Le 10 octobre dernier (1882), dit-il, j'ai donne 
permission d'etabllr une loge nominee le Bon Sama- 
rit'iin, a New Carlisle, (comte de Bonaventure). II y 
a au Nord-Est de notre district un vaste territoire 
sounds a notre juridiction, et ou la maconnerie n'a 
encore jamais etc introduite. Esperons que d'autres 
loges s'ouvriront bientot a cote de celle du Bon Sa- 
in aritain pour repandre la lumiere maconnique dans une 
partie de notre province qui en a un besoin si pressant." 

Avis aux ouailles de la Gaspesie. La maconnerie 
songe serieusement a les eclairer. 

" Autre bonne nouvelle ! " 

" La loge de Chateauguay qui dormait dej)uis 
temps, va se reveiller. Elle vient de nouveau d'etre 
ouverte dans le rlorissant village de Hungtindon." 

Enfin le Grand Maitre soumet a l'assemblee le 
projet de cliviser en deux le district trop etendu de 
Bedford, et d'eriger aussi au nouveau district macon- 
nique pour le territoire situe a l'Ouest du Richelieu 
et au Sud du St-Laurent. 

Les eveches de la franc-magonnerie se multiplient 
rapidement, on le voit. Aussi le Grand Maitre re- 
commande-t-il aux freres de s'inspirer d'un " zele 
" nouveau, de prudence et de ndelite, pour accom- 
" pliv leurs importants devoirs et avancer de plus en 
" plus la prosperite presente de leur ancienne et 
" honorable societe." (An. mac, p. 22.) 



Les macons canadiens sont done pleins de joie et 
d'esperance. Leur propagande reussit, les recrues 



— 57 — 

am vent en bon nombre, les loges se multiplient, tout 
semble leur promettre une ere cle prosperite remar- 
quable. 

Jusqu'ici la maconnerie canadienne a ouvert 65 
loges dans la province de Quebec. 

Plusieurs de ces loges ont ete fermees. D'autres 
trop faibles pour se soutenir se sont amalgamees en- 
semble. 

II y a aujourd'hui 58 loges actives inscrites au 
registre de Quebec. 

Avec les deux nouvelles loges de Chdteaugaay et du 
Bon Samaritain, et les trois loges du rite Ecossais 
ralliees a Quebec : Elgin, King Solomon et Argyle, 
cela nous donne un total de 63 ateliers maconniques 
diriges par la Grande Loge de Qubec. 

Ajoutons les trois Loges du registre Anglais St Paul, 
St Georges, et St Laurent. 

Nous avons ainsi 66 loges actives dans notre pro 
vince. 



CHAPITRE XIII. 



LA FRANC-MAQONXERIE DANS LA PROVINCE DE QUEBEC — 

LISTE DES LOGES ACTIVES AVEC LE NOMBRE DE 

LEURS MEMBRES. 

Nos lecteurs aimeront, sans doute, & connaitre plus 
de details sur ces loges et leurs officiers. 

J'avais d'abord songe a transcribe integralement 
la liste officielle des Venerables et Secretaires de ces 
lo-o-es. L'on eut vu avec surprise dans les honneurs 
maconniques des homines que leurs concitoyens 
regardent encore comme de vrais et sinceres catho- 
liques. 

Reflexion faite, par egard pour des families hono- 
rables de Quebec et de Montreal, je supprimerai ces 
noms. 

Si ces hommes persistent a vouloir tromper leurs 
freres et a se faire passer comme catholiques quand ils 
ne sont plus que des excommunies frappes par VEglise, 
alors les scrupules cesseront, les masques seront 
dechires et des noms propres seront ecrits en toutes lettres. 

II n'y a dans la province de Quebec qu'une seule 
loge excluslvement frangaise : C'est la loge des Cceurs. 
Unis de Montreal, (numero 45). Fondee en 1870 par 
des refugies politiques et autres, elle compte aujour- 
d'hui 35 membres et travaille d'apres le rite frangais 
reconnu par la Grande Loge de Quebec. 



— 59 — 

Les canadiens catholiques sont dissemines en plus 
ou nioins grand nombre dans les loges Anglaises et 
Ecossaisses dependant de la Grande Loge de Quebec. 

II est impossible d'arriver a connaltre leur nombre 
exact, car, on le sait, les Canadiens macons font tout 
en leur pouvoir pour cacher leur titre aux yeux des 
profanes. 

C'est un hommage force qu'ils sont obliges de 
faire a l'opinion catholique de notre province en 
meme temps qu'un aveu indirect du peu d'honora- 
bilite de leur conduite. 

Si la franc-maconnerie etait une societe honnete 
et religieuse, pourquoi auraient-ils honte de lui 
appartenir? 

Qu'il y ait plusieurs centaines de catholiques 
appartenant aux loges ; c'est, je pense, indubitable. 
Un document important publie plus loin (La lettre 
■du Revd. Borthwick) confirmera cette assertion. 

Pour ma part, dans les deux annuaires maconni- 
ques de 1882 et 1883. j'ai releve les noms de 34 
macons francais que, par consequent, j'ai tout lieu 
de croire catholiques. 

Quelques uns de ces hommes sont dans les hon- 
neurs magonniques. Les autres ont eu leurs noms 
publies dans ces annuaires ou pour n'avoir pas paye 
leur contribution annuelle, ou pour avoir ete reinte- 
gres en loge apres s'etre mis en regie avec l'ordre. 

J'indiquerai par une croix (f) les loges ou il y a 
certainement des catholiques. 



— 60 — 

Loges magonniques dependant de la Grande Loge de 
Quebec, 31 Janvier 1883. 

No. Membres 

1 Antiquity Montreal 21 

f 2 Albion Quebec 60 

3 St. John Quebec 41 

f 4 Dorchester St. Johns 41 

5 Golden Rule Stanstead 186 

6 St. Andrew Quebec 66 

7 Pre vost D unham 39 

8 Pre vost Dunh am 40 

9 Nelson St. Armand 36 

10 St. George Montreal 40 

11 St. George u 69 

112 Zetland " ..54 

15 St. Francis Richmond 61 

f 16 Victoria Sherbrooke 115 

18 ShefFord Waterloo 69 

19 Stanbridge Stanbridge 50 

20 Montreal-Kilwining Montreal 104 

21 Yamaska ,Granby 24 

24 Browne West Farnham 17 

25 Royal albert Montreal 94 

26 Victoria Montreal 47 

27 St. John Masonville 38 

t 28 Tuscan Levis 36 

f 29 Royal Canadian Sweetsburg 27 

30 Ascot Lennoxville 45 

31 Ashlar Coaticooke 40 

32 Mount Royal Montreal 78 

33 Frelighsburg Frelighsburg 25 

34 Doric Danville 64 

35 Brome Lake Knowlton 36 



— 61 — 

36 Chateauguay Chateauguay , 11 

f37 CornerStone Cowansville 29 

38 Mount Moriah Montreal ..48 

39 Sutton Sutton Flatts 36 

40 Pontiac Shawville 31 

f41 Eddy Hull 53 

f44 St. Charles Pointe St. Charles 53 

f 45 Cceurs Unis Montreal 35 

46 Excelsior Upton 33 

47 Graham Bolton centre 33 

48 Mount Oxford Georgeville 56 

f 49 Shawenegan Three Rivers 44 

50 Olive Branch ."..West Shefford 14 

52 Prince Consort Montreal 67 

f53 St. Andrew " 56 

f54 Ionic " 58 

55 Lake Magog Magog 32 

f 57 Hochelaga Hochelaga 35 

58 Montarville Longueuil 29 

f 59 Bedford Bedford 50 

f 60 Richelieu Sorel 21 

62 Corinthian Montreal 36 

63 Prince of Wales Sherbrooke 34 

64 Friendship Cookshire 35 

f 65 Argenteuil Lachute 30 

t Elgin Montreal 65 

f King Solomon " 38 

t Argyle Pointe St. Charles 43 



2768 



Les trois loges Anglaises out aussi ouvert leurs 
portes a un certain nombre de catholiques. 



— 62 — 

Dans une publication officielle d'une de ces loges 
j'ai releve les noms de 10 macons catholiques qui 
ont occupe ou occupent dans la Societe des positions 
distinguees. 

Plusieurs de ces hommes, il est vrai, ont depuis 
abandonne les loges et vivent aujourd'hui en bons 
Chretiens. Leurs noms pourtant restent sur ces 
publications magonniques, d'apr^s la maxime de 
l'ordre " Macon une fois, mac,on pour toujours." 



CHAPITRE XIV. 



LETTRE DU REVD D. BORTHWICK. 

2768 macons actifs dependant de la Grande Loge 
de Quebec en 1883. 

250 membres anglais dans les trois loges de Mon- 
treal qui restent encore soumises a la Grande Loge 
de Londres. 

Done plus de 3000 hommes qui ont prete serment 
de fldelite aux loges ! 

Certes, ces chiffres sont rejouissants pour la ma- 
connerie canadienne, surtout si nous reflechissons 
anx obstacles qu'elle doit vaincre dans le Bas Cana- 
da. Mais ils sont alarmants pour l'Eglise et notre 
societe* chretienne si l'on songe : 

1°. Que beaucoup de ces macons appartiennent a 
l'Eglise catholique, et qu'ils ont du, pour entrer aux 
loges, braver V excommunication des papes et se separer 
de la communion des fideles. 

2°. Que bon nombre d'entr'eux occupent des posi- 
tions influentes dans la societe civile. 

3°. Que. grace a leur propagande habile, active^ 
perseverante, le nombre des magons augmente chaque 
annee d'une maniere remarquable dans notre pro- 
vince de Quebec. 



— 64 — 

La premiere cle ces assertions n'a pas besoin de 
preuve. Tous les catholiqucs admettent que l'excom- 
muni cation ecclesiastique frappe les macons dks 
leur entre dans les loges, ici corame en Europe, 
comme dans le monde entier. 

Les deux autres accusations ont, sans doute, sur- 
pris mes lecteurs, et ils ont le droit de demander sur 
quoi s'appuient de pareils avances 

Voici ma reponse. 



Bon nombre de francs-macons occupent des posi- 
tions importantes dans la societe civile. 

La maconnerie ne ferme pas ses loges, il est vrai, 
aux ignorants et aux " imbeciles, surtout s'ils ont 
des ecus... ils font nombre et grossissent la caisse " 
(Wheishaupt 3eme Instr. du chev. Ecossais). Mais elle 
recherche par dessus tout des membres qui, par leur 
education et leur position sociale, peuvent plus 
efncacement l'aider a atteindre son but final. C'est 
a ces hommes instruits, actifs, ambitieux, qu'elle 
s'adresse de preference. Elle leur promet le secours 
des freres pour arriver plus surement et plus vite & 
leurs fins particulieres et ainsi les attire aux loges, 
par l'appat du gain ou la perspective des honneurs 
et des emplois publics. 



Voici, en effet, les qualites qu'elle exige de ses 
candidats. 

Pour devenir macon, il faut : 



— 65 — 

" 1°. Etre ne libre et avoir 21 ans revolus. 

" 2°. Au temps ou l'on se presente aux loges, 6tre 
" maitres de ses actions etjouir dhine honnUe aisance 
" (to be in reputable circumstances)." 

3°. L'on exige enfin du candidat " qa'ilait da gout 
u pour les sciences et les arts liberaux, et mime quHl ait 
"fait quelque progres dans Vune ou V autre de ces etudes" 
(constit. de la Grande Loge de Quebec lie partie). 

Ces conditions, on le voit, ne sont pas a la portee 
de tout le monde. Voila pourquoi ici corame en 
Europe, la maconnerie trouve dans les professions 
liberales, avocats, medecins, hommes politiques, 
l'appoint le plus serieux pour propager ses doctrines 
et realiser ses desseins. 



C'est ce qu'avoue franchement le Reverend Mr. J. 
Douglas Borthwick, Chapelain de la Loge Hochelaga 
(Montreal). 

Comme ce document peut grandement interesser 
mes lecteurs, je le traduirai fidelement tel qu'il a 
paru dans le Star du 25 juillet 1883. 



U Imbroglio Magonnique. 

A l'Editeur du Star, 

" Monsieur, Dans le New York Sun, a la date du 
" 24 juillet, a paru une communication malveillante, 
" contre la grande Loge de Quebec, sa composition 



— 66 — 

et le caractere de ses membres. Je ne m'occuperai 
" pas des vues historiques de l'ecrivain, qui evidem- 
u ment habite Montreal et semble souffrir d'une 
" severe attaque de Spleen. Mais je desire protester 

contre ses audacieuses remarques " que les loges 

anglaises ici comptent dans leur sein beaucoup de 
'" nos citoyens les plus distingues dans PEglise, la 

loi, la medecine, le commerce, tandis que la Grande 
' Loge de^ Quebec, ne renferme, contrairement aux 
u premiers principes de la Maconnerie que des infideles, 
' presque tous les ' aubergistes qui parlent anglais et 
1 nombre de canadiens frangais." Examinonsavec soin 
" les assertions audacieuses et fausses de ce bilieux 
" conrespondant du Sun". 

'' II nomme d'abord l'Eglise, et je suis moi-meme 
" im membre de cette Eglise. Or je trouve dans 
" l'annuaire de la Grande Loge de Quebee, com me 
" remplissant actuellement ou ayant rempli en Loge, 
" la charge de Grands Chapelains les noms du Reve- 
" rend Docteur Reed de Sherbrooke, Reverend M. 
" M. Fothergill, de Quebec, Reverend H. W. Nye, 
" de Bedford, le Professeur J. Scrimger, de Montreal, 
u le Venerable Archidiacre Evans et le Revd Jas. 
" Dixon aussi de Montreal ". 

" Je pourrais encore mentionner les noms de plu- 
u sieurs autres eminents ministres protestants de 
u di verses denominations, associes aux loges et satis- 
" faits de rester avec ces macons de Quebec qui, au 
" dire du correspondant du Sun,ne sont qu'un ramas- 
u sis d'infideles, de buveurs de whiskey, d'hommes 
" assembles contre la loi et sans autorisation aucune ; 
" mais en revanche, je ne connais pas un seul Glergy- 
u man qui appartienne aux trois loges du registre 
u anglais." 



— 67 — 

" Le correspondant parle ensuite de la profession 
" legale." 

" La encore, il se trompegrossierement. 

" Nos freres de la profession legale sont les plus 
u 6minents " Conseils de la Reine " a Montreal, a 
M Quebec et ailleurs. Qu'on ose le nier. 

" Beaucoup cle nos avocats les plus distingues r 
" appartiennent aussi a la Grande Loge de Quebec. 
" Leurs noms vivront dans le souvenir cle notre pays.. 
" quand celui de ce correspondant du Sun sera de- 
11 puis longtemps enseveli dans l'oubli, comme il 
" merite. La difficulte est de choisir ; aussi je ren- 
" voie les lecteurs du Sun et a litres aux rapports 
" annuels de la Grande Loge de Quebec." (a) 

" Je puis dire de la profession medicale ce que je 
u viens de dire de la profession legale." 

" Quelques-uns des docteurs les plus estim6s de 
u la province sont affilies aux loges de Quebec, com- 
" me aussi dans le commerce, plus encore que dans 
" les autres branches, un tres grand nombre de nos- 
" meilleurs citoyens sont membres de cette dite Loge 
" de Quebec." 

" Plusieurs citoyens habiles, influents, bien poses- 
" dans la societe, appartiennent, je l'avoue, aux loges- 
" du registre anglais. Mais pourquoi etre anti-ma- 
" c,onnique et anti-chretien au point de faire des 
" assertions si audacieuses quand ces trois Loges 



(a) Le Rev. Ministre sait pourtant bien que l'Annuaire Ma- 
yonnique ne pvblie pes la lisle des masons. 
Il eul mieux fait de nous donner des noms. 



" Anglaises ne comptent pas 250 membres, tanclis 
k< que la Grande Loge de Quebec en a pres de 3000 
" sous sa juridiction ? " 

" L'assertion qui regarde les aubergistes est 6gale- 
" ment fausse." 

u Les principaux hoteliers de Montreal, appartien- 
" nent, il est vrai, a nos loges, et il est possible qu'il 
" v en ait d'autres encore ; mais dire que tous les 
" aubergistes parlant anglais sont macons, c'est une 
" plaisanterie qui ne merite pas de reponse." 

" Quant a ce qui regarde " le nombre de canadiens- 
" francais," je souhaiterais seulement de voir un mil- 
" lier de bons citoyens francais dans la Grande Loge 
" de Quebec, et le jour viendra ou des milliers de 
u nos concitoyens canadiens-frangais, instruits, intel- 
" ligehts, progressistes solliciteront la protection de 
u cette Grande Loge de Quebec." (a) 

:l Les difficultes presentes s'aplaniront avec le 
u temps. Quand la Grande Loge d'Angleterre elle- 
" meme fut formee, elle eut a combattre la Grande 
" Loge d'York,la mere de toutes les autres ; pourtant 
u apres bien des annees, elles se reunirent et devin- 
4i rent norissantes. II en sera ainsi de notre Grande 
" Loge et des trois loges du registre anglais. Le jour 
" viendra ou. toute animosite, toute froideur et toute 
" amertume cessera, et alors, selon la loi fondamen- 



(a) u As regards the number of French, I only wish I could 
see one thousand good french citizens all in the Grand Lodge of 
Quebec, and the day will come when thousands of our educated, 
advanced and thinking French copatriots will embrace the pro- 
tection of the .Grand Lodge of Quebec." 



— 69 — 

*' tale de la ma^onnerie, toutes les loges etablies dans 
11 les limites de la juridiction d'une Grande Loge, se 
" soumettront a cette Grande Loge, et nous verrons 
" tous les freres de la province sous le meme sceau 
" maconnique." 

(a) " En attendant, cultivons Vamitie fraternelle, le 
u fondement et la clef de vodte, le ciment et la gloire de 
" cette ancienne fraternity evitant la discussion acerbe 
" et la querelle, la calomnie et les paroles de medi- 
" sance, ne permettant pas qu'on dechire des freres 
" honnetes et defendant leur caractere." 

" Dans cet esprit j'ecris : " So mote it be," 

" J. Douglas Borthwick, 
" Chaplain, Hochelaga Lodge, No. 57." 



Les magons on le voit se vantent d 'avoir dans lours 
loges ce qu'il y a de plus " distingue " dans l'Eglise, 
la loi, la medecine, le commerce, et les aubergistes. 

Les Canadiens frangais ma§ons font-ils exception 
a cette regie ? Ce n'est pas a croire. 



(a) Ces paroles sent tirees mot a mot du Ritael de Carlile, le 
livre officiel des receptions maponniques pour les loges an- 
glaises : 

C'est la conclusion des avis que le Venerable donne au qou- 
veau mapon a la fin de l'initiation au premier degre. (Voir Car- 
lile's Manual — Initiation, page 38.) 

Le Revd confirme ainsi par cette citation le caractere officiel du 
Manuel de Carlile. 



— 70 — 

lis ne sont pas fort nombreux en loges. Le Revd 
ministre nous laisse a entendre qu'il n'y en a pas en- 
core un millier oVenrolh dans la franc-magonncrie. 
Quand merae ils ne seraient que cinq cents (et j'ai 
de bonnes raisons de croire ce chiffre assez exact) 
ce serait deja beaucoup pour une population catholi- 
que d'un million d'ames ! 

Du reste la qualite supplee a la quantite, pour ma 
part, j'ai releve dans les annuaires maconniques et 
autres publications officielles de l'ordre, des noma 
bien connus dans le barreau, la medecine, et le commer- 
ce. 

Nos francs-magoms canadiens ne le cedent en rien 
en u distinction " a leurs freres d'origine anglaise. 

Ainsi, un nombre limite de magons, peuvent avoir 
et ont, de fait, une influence considerable sur les 
idees du pays et meme sur la marche et la direction 
des affaires publiques. 

Et cette influence augmentera, car les macons font 
sans cesse une propagande active et couronnee de 
succes. Le souhait du Revd. Bortbvick pourra bien 
se realiser un jour. 



Resultats de la propagande magonnique. 

En 18Sl,lamaconnerie de notre province 

de Quebec avait recu dans ses loges... 148 profanes. 

En 1882, elle en initiait 281 

Augmentation en un an 133 






— 71 — 

En 1881, la maQonnerie de notreprovince 

de Quebec comptait 2573 m. actifs. 

En 1882, elle en a -.2768 

Augmentation en mi an 195 

Ajoutez a ces masons dependant de la Grande 
Loge de Quebec, les membres des trois loges anglai- 
ses qui ne reconnaissent pas sa juridiction, et qui 
comptent pres de 250 membres, vous aurez ainsi un 
total de 3000 macons actifs travaillant actuellement 
dans notre province de Quebec. C'est, on le voit, une 
armee avec laquelle PEglise et la societe civile doi- 
vent compter, (a) 

Ce chifTre de 3000 maQons, tout 61ev£ qu'U paraisse 
pour notre province de Quebec, est loin de represen- 
ter le nombre total des membres soumis a la juridic- 
tion de la Grande Loge aussi bien (m"a celle de Lon- 
dres. 

II n'indique, en effet, que les membres actifs de 
Pordre. Or le nombre des magons non actifs mais de- 
pendant toujours des loges est de bcaucoup plus con- 
siderable encore. 

Ce point est fort important pour le sujet qui nous 
occupe. Essayons de le bien mettre en lumiere. 



(a) Rapports annuels faits k ia Orande Logede Quebec (1883) 



CHAPITRE XV. 

MAgONS ACTIFS ET NON ACTIFS OU RETIRES. 

Nombre cle macons cessentapres un certain temps, 
pour une raison ou une autre, de frequenter la loge 
a laquelle ils etaient affilies. L'on porte alors leurs 
noms sur la liste des membres non actifs ou retires 
(withdrawn), c'est-a-dire qui ne prennent plus une 
part active aux travaux de la loge. 

Mais ces membres sont toujours considered comme 
macons et par consequent restent soumis a lajuri- 
diction de la Grande Loge, lors meme qu'ils n'au- 
raient plus l'intention de redevenir jamais membres 
actifs de l'ordre. 

La preuve en est que la Grande Loge a des regie- 
ments speciaux pour cette classe des macons. 

Voici en effet ce qu'on trouve dans la constitution 
de la Grande Loge de Quebec (lie p. art. visiteurs). 

" Tout maQon en regie et ayant paye sa contribu- 
tion peut s'il le veut, se retirer de la loge en donnant 
avis de son intention a une assemblee reguliere. II 
aura droit alors a un certificat constatant sa retraite." 

" Les freres de cette province qui ne sont plus affi- 
lies a une loge, n'auront le droit de visiter les ate- 
liers dans l'endroit ou ils resident, quhmefois settle- 
ment, tant qu'ils ne travaillent plus activement avec 
la societe." 



— 78 — 

Ces articles sont reproduits textuellement de la 
constitution de la Grande Loge Anglaise, qui de 
plus, donne aux membres retires la liberte de visiter 
ies loges le jour de St. Jean l'Evangeliste, la grande 
fete de la magonnerie. 

Ce jour-la tous les masons actifs ou non actifs sont 
invites a venirfraterniser ensemble au sein des loges. 
Leur mere commune les recoit alors k bras ouverts. 
(Const. Angl. art. XXIV). 

Remarquons encore qu'en dehors de la loealite oil 
ils resident, les membres non actifs, peuvent visiter 
les loges aussi souvent qu'ils le desirent. 

Les membres non actifs sont done toujours ma(;ons, 
puisque la societe legifere pour eux. 

lis sont done toujours soumis aux obligations de 
la maQonnerie, puisqu'ils jouissent aussi de ses pri- 
vileges. 

Par consequent ils doivent, en vertu des serments 
qu'ils ont prates en loge, garder inviolables les se- 
crets et les instructions qu'ils ont recues, etre prets 
& obeir aux ordres et appels reguliers de leurs supe- 
rieurs, remplir leurs promesses maconniques vis-a- 
vis des freres, propager la doctrine, les principes et 
les maximes de l'ordre, preter en un mot a la societe 
dont ils sont toujours membres, un concours efficace 
pour les desseins qu'elle poursuit. 

Or le nombre de ces macons non actifs ou retires, 
depasse de beaucoup celui des membres qui travail- 
lent actuellement dans les loges. 

" Le F. Rebold calcule qu'en France, il n'y a pas 
plus qu'un membre actif sur 16 admis dans le corps 
de la franc-maconnerie." (Gautrelet, p. 613.) 



— 74 — 

La proportion n'est peut-etre pas aussi forte en 
Canada. Mais nous serous certainement plutot au- 
dessous qu'au-dessus de la verite, en affirmant que 
pour chaque membre actif des loges en Canada, on 
peut au moins compter cinq membres non actifs, tnais 
toujours masons et soumis a la direction de l'ordre. 

D'apres cette proportion, si nous voulons avoir 
une idee exacte des homines enroles, dans notre Pro- 
vince de Quebec, sous le drapeau de la ma9onnerie, 
nous devons multiplier par cinq le chiffre actuel des 
membres actifs. 3,000, ce qui nous donnera un to- 
tal de 15,000 macons sur une population totale de 
1,359,027. 

Dans tout le Dominion la maQonnerie avait en 
1882, — 26,184 masons actifs. Avec les membres non 
actifs nous arrivons au chiffre de 130,920 macons, 
sans parler cles affilies aux autres soci6tes secretes. 

Voila, certes, une force considerable pour le bien 
ou pour le mal, selon que la magonnerie, par sa doc- 
trine et ses ceuvres, merite la benediction ou la ma- 
lediction de la societe. 

Nous examinerons plus loin ce probleme. 



DEUXIEME PARTIE. 



CHAPITRE I. 



QUE FAUT IL PENSER DE LA FRANC-MAQONNERIE ? COM- 
MENT LES PAPES L'ONT-ILS JUGEE ? 



Abordons maintenant la question capitale dans le 
sujet'qui nous occupe. 

La Magonnerie a couvert le monde de ses loges. 
Elle redouble chaquejour d'ardeur pour etendre son 
influence et la faire sentir a toutes les classes de la 
societe ; c'est evident pour quiconque observe ce 
qui se passe autour de lui. Faut-il se rejouir de ces 
efforts ou les deplorer comme des malheurs ? L'in- 
fluence magonnique mene-t-elle au progr&s ou pre- 
pare-t-elle des mines irreparables ? Quel but se pro- 
pose done cette societe occulte dans ses operations 
interieures, mais visibles, remuante, audacieuse dans 
dans ses agissements exterieurs ? Telle est la question 
qu'il nous faut examiner maintenant. 

Deux reponses contradictoires sont clonn^es a ces 
demandes. 

L'une vient de la Magonnerie et de ses partisans. 
Elle approuve, encourage, benit les resultats obtenus 



— 76- 

par l'ordre. L 'autre, celles des catholiques et des 
Papes, n'a pas assez d'anathemes pour maudire cette 
association tenebreuse. lis la traitent d'impie et do 
revolutionnaire et l'accusent d'etre la source prinei- 
pale des maux qui desolent aujourd'hui l'Eglise et 
la societe. 

Examinons ces deux reponses. 

Voici d'abord comment la franc-maconnerie pre- 
tend defenir le but qu'elle poursuit. 



" La Maconnerie est line association d'hommes 
sages et vertueux, dont Tobjet est de vivre dans une 
parfaite egalite, d'etre intimement unis par les liens 
de l'amitie, sous la denomination de freres et de 
s'exciter les uns les autres a la pratique des vertus."(a) 

De son cote le Supreme conseil de France, Rite 
Ecossais ancien et accepte, definit la franc-ma§on- 
nerie. u Une association d'hommes reunis dans le 
but de se rendre utiles a leurs semblables... Tout 
magons, dit-il, est necessairement un homme fidele 
& sa foi, a son prince, a sa patrie etsoumis aux lois."(6) 

Voila certes qui est ediflant. Si la Magonnerie 
frangaise remplit ce programme selon l'esprit chretien 
il n'y a que des benediction a lui donner. 



(a) Instr. pour les grades symb. du Rite moderne francais. 
avant propos. 

(b) Reglem. gen. Ch. IV art. 29. 



— 77 — 
La franc-magonnerie Anglaise. 

Les francs magons anglais sont encore bien plus 
prodigues de declarations sonores et de phrases re- 
tentissantes : 

D'apres eux la magonnerie" est l'association la 
" plus ancienne et la plus honorable qui existe sur 
" terre. Elle a pour base la pratique de la vertu soci- 
" ale et morale...elle6tandsabienveillance al'huma- 
" nite entiere, elle cultive et fait progresser l'esprit 
" humain...et enseigne sous le voile de l'allegorie et 
" du symbole les principes de la plus pure morale... 
u Le macon doit pratiquer toutes les vertus domes- 
" tiques et publiques, surtout la charite que l'on peut 
" justement nommer la vertu caracteristique de l'or- 
" dre ". 

(V. Carlile. Manuel de la franc-magonnerie — Ins- 
tructions pour le premier degre — passim). 



La franc-magonnerie jug'ee par les Catholiqaes 

Voila done ce que les francs-macons pretendent : 
Voici maintenant ce que d'apres les catholiques, 
ils sont en realite : 

" La franc-magonnerie, ou plus simplement la ma- 
" gonnerie, est une association secrete, tres ancienne, 
" mere et directrice de .toutes les autres societes oc- 
" cultes de notre epoque, repandue presentement 
" dans le monde entier." 



— 78 — 

" Elle a pour but final la destruction de VEglise et le 
" renrcrsemcnt de Vordre sociale chretien " 

Tons les eerivains catholiques qui ont etudie a 
fond les doctrines et les secrets de la franc-maconne- 
rie, meme des auteurs protestants comme l'avocat 
Saxon Eckert, s'accordent a dire que telle est en effet 
la fin reelle de cette societe. 

Qu'onlise les ouvrage de Eckert, du P. Deschamps, 
de Gautrelet, St Albins, des Mousseaux et Claudio 
Janet, et, en face des temoignages innombrables 
qu'ils produisent, l'on sera force de convenir que la 
maconnerie veut en effet. " la destruction et le renver- 
" sement de Vordre sociale chretien " 

C'est du resle, le jugement que les Souverains Pon- 
tifes ont porte des le commencement et portent enco- 
re aujourd'hui contrc la franc-maconnerie universel- 
le. 



Les papes et la franc-maconnerie. 

Cette societe occulte s'etait organisee en 1723 et 
des l'annee 1738, le pape clement XII, dans sa cons- 
titution apostoliqne " In Eminent! " la condamnait 
en ccs termes : 

" Nous avons appris l'extension et les progres 
rajrides de certaines societes appelees de franc-ma- 
sons... Dans ces associations, des hommes de toute 
religion et de toute secte, attentifs a affecter une 
apparence d'honnStete naturelle, lies entre eux par 
un pacte aussi etroit qu 'impenetrable, suivant les 



— 79 — 

lois et les statuts qu'ils se sont faits, s'engagent, par 
un serment rigoureux, prete sur la Bible, et sous les 
peines les plus terribles, a tenir cachees par un silence 
inviolable les pratiques secretes de la societe." 

" S'ils ne faisaient point le mal, ils n'auraient pas 
cette haine de la lumiere" 

" C'est pourquoi, repassant dans notre esprit les- 
maux qui resultent ordinairement de ces sortes de 
societes, non seulement pour la tranquillite des etats 
mais encore pour le salutdes ames " 

" Par notre presente constitution qui demeurera 
valable a perpetuite, Nous defendons absolument 
eten vertu de la Sainte obeissance a tous et a chacun 
des fideles de Jesus-Christ, de quelque etat, grade, 
condition, rang, dignite et preeminence qu'il soit, 
laiques ou clercs, seculiers on regulicrs, d'avoir 
l'audace ou la presomption, d'entrer, sous quelque 
pretexte que ce soit, dans ces dites societes de franc- 

macons • et cela, sous 'peine de V excommunication 

qu'encoureront tous les contrevenants a la defense 
qui vient d'etre portee, et par le fait meme et sans 
autre declaration, excommunication par laquelle per- 
sonne, si ce n'est a l'heure de la mort, ne pourra 
recevoir le bienfait de l'absolution de qui que ce soit 
autre que nous meme ou le Pontife Romain alors 
existant." 

Done d'apres ce document, tout franc-macon est 
pour TE^lise un excommunie, un homme frappe de 
malediction tant qu'il restera membre de cette asso- 
ciation secrete. 

Remarquons encore que cette condamnation frap- 
pait directement la Maconnerie Anglaise de qui 



— 80 — 

relevaient immediatement toutes les loges continen- 
tales. C'etait la doctrine, les tendances, le but des 
Grandes Loges de Londres et d'York, meres etmai- 
tresses de toutes les autres loges, que reprouvait 
Clement XII. Depuis lors, la Magonnerie s'est scin- 
dee exterieurement en plusieurs grands centres diffe- 
rentSj et l'on veut aujourd'hui etablir une distinction 
entre la ma9onnerie anglaise et la magonnerie conti- 
nentale. Les Souverains pontifes n'ont jamais admis 
cette distinction. lis ont toujours vu dans l'ordre 
une unite d'organisation el" de but qui existe reelle- 
ment, et ils ont condamne la maconnerie comme 
hostile a la Religion revelee aussi bien qu'aux societes 
fondees sur les principes catholiques. 

Les Papes se sont succedes sur la chaire de St. 
Pierre, et tons sont venus, l'un apres l'autre, langer 
les m ernes anath ernes contre la franc-magonnerie et 
les autres societes secretes qu'elle dirige ou qu'elle 
encourage. 

En 1751, Benoit XIV approuva et confirtna la 
constitution de Clement XII. 

En 1821, Pie VII renouvela ces anathemes contre 
ies francs-magons. 

En 1825, Leon XII confirma les condamnations 
portees par ses preclecesseurs et prononga " la nullite 
absolute du servient tout a fait impie et criminel par 
lequel ceux qui sont agreges a ces sectes s'obligent a 
ne reveler a personne ce qui regarde leur associa- 
tion." 

De plus, " il impose sous peine d' 'excommunication 
majeure V obligation de denoncer les adherents a ces so- 
cietes." (Constitut. Quo graviora.) 



— 81 — 

Enfin, de nos jours, le Souvcrain Pontife Pie IX a, 
lui aussi, denonce dans les termes les plus ^nergi- 
ques, les agissements de la franc-maconnerie. 

*' Parmi les nombreuses machinations et moyens 
par lesquels les ennemis du nom chretien ont 6s6 
attaquer l'Eglise de Dieu, il faut compter cette society 
perverse (Vhommes, vulgairement appelee maconnique, 
qui, contenue d'abord dans les tenebres et Pobscu- 
rite, a fini par se faire jour ensuite pour la mine 
commune de la Religion et de la societe humaine. 

...Nous reprouvons et condamnons cette societe 
maconnique et les autres societes du memo genre, 
qui, tout en differant en apparence, se forment tous 
les jours dans le meme but, et conspirent soit ouver- 
tement, soit clandestinement contre l'Eglise et les 
pouvoirs legitimes... Nous ordonnons sous les 
m ernes peines, que cellos qui sont specifiers dans les 
constitutions anterieures a tous les Chretiens... de tout 
pays de tenir ces societes com me proscrites et re- 
prouvees par nous." (Alloc, du 25 sept. 1865.) 

Voila ce que les Papes pcnsent de la franc-magon- 
nerie ; et voila, aussi ce que tout homrae qui recon- 
nait les Papes comme chefs spirituels doit en penser 
et en dire. 

Cette societe occulte a beau se donner des temoi- 
gnages de bonne conduite ; elle a beau se nomraer 
" une association de bienfaisance, une ecole de mo- 
ralite et de patriotisme." L'Eglise catholique lui 
donne son vrai nom en l'appelant " une societe im- 
pie, detestable, subversive de toute religion revelee 
et de toute autorite ckretienne.." 



— 82 — 

Elle la condamne et l'anathematise. 

Elle excommunie dans l'univers entier tout catho- 
lique qui en fait partie. 

Done pour tout chretien, la magonnerie est une 
-ennemie qu'il faut detester et combattre. 

Pour mieux faire connaitre la perversite de cette 
.association occulte, et justifier par la meme la seve- 
rite des condamnations portees contre elle, par les 
Papes, nous allons etudier la magonnerie dans sea 
doctrines et son organisation intime. 

" Audi, vide, tace," 

" Ecoute, vois et garde le silence I " 

O'est la devise de la Grande Loge de Quebec. 

En la modifiant un peu, je me permettrais de dire 
au lecteur : " Ecoutez, voyez et jugez." 

Vous comprendrez alors pourquoi l'Eglise, au nom 
de la religion et de la societe ehretienne, a declare 
une guerre implacable a la franc-magonnerie uni- 
verselle. 



CHAPITRE IL 

LE PROGRAMME MAgONNIQUE DE 1723 HOSTILE X 
l'eglise CATHOLIQUE. 

Une soci6te particuliere qui s'etablit au sein de la 
grancle societe generale, a soin d'exposer dans son 
programme, le but special qu'elle poursuit et les 
moyens qu'elle compte prendre pour l'atteindre. 

C'est ce que fit la magonnerie anglaise quand elle 
se reconstitua en 1723. 

Voici quel fut son programme. 



Programme magonnique de 1723. 

" La franc-maconnerie est une alliance humani- 
u taire destinee a perfectionner l'Humanite\ En 
" faisant mettre de cote des prejuges nuisibles ou 
" insenses, en propageant les principes de la tole- 
" ranee et des maximes humanitaircs, la franc-ma- 
" gonnerie se propose d'amener graduellement la 
" societe a sa perfection morale." 

Ce programme fut redige par le Revd frere Ander- 
son etinsere par la Grande Loge Anglaise dans sa pre- 
miere constitution magonnique publiee en 1723. (a) 



(a) V. Eckert, t. II, p. 52. 



— 84 — 

II est concis. Mais dans sa concision, il dit tout 
sur la franc-maconnerie. 

Nous y voyons et le but qu'elle se propose et les 
moyens qu'elle emploie pour reussir. Bien plus, 
nous y trouvons nettement formulee la guerre ouverte 
qu'elle poursuit contre l'Eglise catholique et la so- 
ci6te chretienne. 

L'histoire de la maconnerie n'est autre chose que 
l'application de ce programme primitif. 

Etudions le done avec soin. 



Hostilite a VEglise Catholique. 

Dans ce programme, notons le d'abord, il n'est 
question ni de bienfaisance, ni de secours mutuel. 

La maconnerie visait plus haut. 

Ce qu'elle voulait corame but final, e'etait " d'ame- 
u ner graduellement la Societe a sa perfection mo- 
u rale." 

Or, l'enonce seul d'un pareil but 6tait une calomnie 
indigne contre l'Eglise, en meme temps qu'une decla- 
ration de guerre a la Revelation chretienne. . 

II y avait, en effet, dix-huit siecles que l'Eglise ca- 
tholique travaillait a moraliser les peuples et a les 
amener avec elle dans les voies du progres moral et 
surnaturel. Ses dogmes reveles, ses sacrements ser- 
vaient de liens aux fideles et de base aux societes 
fondees sur les principes catholiques. Or, dans 
l'opinion des macons anglais, ces efforts n'avaient 
.abouti qu'a un echec eclatant. L'Eglise catholique, 



— 85 — 

ou bien avail epuise sa vitalite primitive, ou meme 
n'avait jamais eu l'efficacite requise pour ,c mener la 
eociete a sa perfection morale." La magonnerie 
anglaise voulait reprendre ce travail en sous ceuvre.. 
Elle se formait en " Alliance humanitaire destinee a 
" perfectionner l'Humanite." 

Tel etait le but des loges anglaises. 

Par cette declaration insolente, la magonnerie met- 
tait de cote l'Eglise catholique, et ambitionnait de 
la remplacer a la tete des peuples. 

Rejetant la mission de l'Eglise, elle devait par con- 
sequent rejeter les moyens que cette Eglise avait 
employes. C'est ce qu'elle fit. 

Les dogmes reveles, la morale de l'Evangile, la 
croyance a la grace,. aux sacrements, au surnaturel 
ne furent plus pour les magons anglais que " des 
prejuges nuisibles ou insenses." 

II fallait les faire disparaitre. 



La liberte religieuse. 

" Le materiel" sur lequel la magonnerie allait 
travailler etait imbu de ces prejuges nuisibles ou 
insenses. Catholiques, protestants et juifs croyaient 
a la Revelation et la prenaient plus ou moins pour 
guide de leur moralite et de leur conduite. 

La magonnerie fut tolerante pour les croyances- 
particulieres de ces profanes. Elle se proposait de 
les eclairer en loges. Elle les invita done sans distinc- 
tion de religion et de nationality a venir travailler i\ 



la grande oeuvre, en proclamant comrae base de son 
systeme : La liberie religieuse la plus absolue. 

" Sous ce principe d'une egale protection de tous 
" les cultes disait Pie VII en 1808, se cache et se de- 
lt guise la persecution la plus dangereuse et la plus 
u astucieuse qu'il soit possible d'imaginer, contre 
u l'Eglise de J. C. et malheureusementlamieux con- 
u certee pour y Jeter la confusion et meme la cletrui- 
u re, s'il etait possible que la force et les ruses de 
" l'enfer puissent prevaloir contre elle." (Encycli- 
que du 22 inai 1808. 

Entendue en effet, dans le sens des loges, la Liberte 
religieuse n'est autre chose que V Indifference pratique 
vis-a-vis de la Religion revelee. C'est refuser a Dieu 
le droit d'imposer aux hommes une croyance et un 
culte unique. C'est meconnaitre la chute originelle, 
la necessite d'un redressementpour l'homme, la mis- 
sion de N. S. et l'autorite divine de son Eglise en 
matiere de dogme et de morale. C'est en un mot, re- 
jeter V Ordre Surnaturel et nier la necessite de regler 
notre vie d'apres les doctrines de la revelation. 



La religion des loges. 

La maconnerie anglaise en mettant de c6te la Re- 
ligion revelee, devait la rem placer par une autre doc- 
trine qui servit de lien aux macons dans l'uivers en- 
tic r. 

Pour travailler, en effet, avec harmonie a la pour- 
suite d'un but commun, les hommes ont besoin de 



— 87 — 

principes qui mettent l'unite dans leurs vues afin de 
la faire ensuite passer dans leurs actes. 

La magonnerie le comprit. 

Aussi a la place de la religion revelee, elle propo- 
ea " des maximes humanitaires," des principes 
fournis par la raison humaine, une morale toute 
naturelle, n'ayant aucune relation avec le dogme et 
la morale revelee. 

Cette religion des loges : C'est le rationalisme, ce 
que l'on a nomine depuis la religion de VhonnUe horn- 
me. 



La, est le vice radical de la franc-maconnerie. Elle 
se donne comrae u une grande ecole de philosophie et 
de morale. " Elle a l'ambition de rendre " les hommes 
meilleurs," de les mener dans les voies du progres 
" et d'amener graduellement la societe a la perfection 
morale ". 

Tout cela, elle pretend l'accomplir en dehors de 
toute revelation et de tout secours surnaturel. Selon 
sa doctrine, la Raison est superieure a la Foi, la mo- 
rale naturelle et humaine l'emporte en noblesse et en 
efricacite sur la morale revelee. Tels sont les princi- 
pes "qu'elle impose a ses membres dans instruction 
des loges, com me nous le verrons bientot. 

Cette doctrine, on le comprend, ruine complete- 
ment la religion revelee. Supprimant le christianis- 
me, elle tend a ramener 1'humanite a 1'etat d'ou N. 
S. l'avait tiree par sa mission divine. 

Elle ne laisse plus a 1'homrae pour guide ici-bas 



— 88 — 

que le flambeau de la raison humaine et la morale 
naturelle si facile a etouffer sous la pression des pas- 
sions. 

En face d'une doctrine si impie, l'Eglise ne tarda 
pas a elever la voix pour premunir les fiddles contre 
ces nouveaux dangers. 

Le programme maconnique parut en 1723. Des 
l'annee 1738, le pape Clement XII le frappait d'ana- 
theme et pronongait l'excommunication contre tous 
les catholiques qui entreraient aux loges. 



CHAPITRE III. 

LE PROGRAMME DE 1723 HOSTILE A LA SOCIETE 
CHRETIENNE. 

La franc-ma^onnerie anglaise modifiait la croyance 
religieuse de ses membres pour arriver ensuite k 
changer la base meme de l'ordre social. La reforme 
de la societe civile etait, en effet, le but dernier 
qu'elle poursuivait. 

44 En faisant mettre de cote les prejug6e nuisibles 
" ou insenses, en propageant les principes de la tol£- 
41 ranee et des maximes humanitaires, elle se proposait 
4t (Tamener graduellement la societe a sa perfection mo- 
" rale." (Prog, de 1723.) 

La religion naturelle qu'elle pr^chait, etait done 
pour elle un moyen, non la fin qu'elle cherchait. 
Son plan etait simple, niais en rnSme temps d'une 
habilete profonde et d'une efneacite presqu'irr^sis- 
tible. Cette doctrine des loges, accepted par un grand 
nombre d'adeptes devait ensuite s'infiltrer peu apeu 
dans toutes les parties du corps social. Pronee }>ar 
des hommes influents, disseminee par la parole, le 
livre et tous les moyens de propagande, elle devait 
forcement amener une hostility de plus en plus ac- 
eentuee entre la maconnerie et la societe civile telle 
qu'elle existait encore au dix-huitieme siele. 

Pour que les citoyens, en effet, soient satisfaits de 
l'ordre social qui les regit, il faut que cet ordre r6- 
ponde a leurs croyances religieuses et par ses lois, et 



— 90 — 

par ses institutions et par ses mceurs. La soci6te" ci- 
vile doit etre l'expression publique des croyance d'un 
peuple. Autrement il y a malaise, antagonisme, ten- 
dance a la revolution, au changement. 

Or la croyance religieuse de la maconnerie 6tait 
rationaliste. Elle se trouvait ainsi en opposition di- 
recte avec un ordre social, qui etait encore dans ses 
principes fondamentaux et ses institutions publi- 
ques, profondement spiritualiste et chretien. Les 
macons devaient done etre mecontents de cet ordre 
de choses et souhaiter vivement de le modifier selon 
leurs vues. Aussi des qu'ils se crurent assez nom- 
breux et assez forts pour tenter l'entreprise, passe- 
rent-ils du mecontentement silencieux des loges, a 
1 'agitation exterieure, puis a la revolte ouverte contre 
l'ordre social et les idees chretiennes. 

Le franc-macon Louis Blanc le recormait sans dif- 
ficulte : " Par le seul fait, dit-il, des bases constitu- 
tives de son existence, la maconnerie tendait a de- 
crier les institutious et les idees du monde exterieur 

qui 1'enveloppait Elle etait une denonciation 

indirecte, reelle pourtant et continue, des iniquit6s r 
des^miseres de l'ordre social. C'etait une propagande 
en action, une predication vivante " 

" Notre institution, dit de son cote le F. Tordeux r 
n'est pas un element perdu au milieu d'une societ6 
dont elle s'isole pour pratiquer des rites particuliers. 
...La maconnerie est un des agents les plus actifs du 
progres des idees. Si nous nous reportons a l'ancien 
ordre de choses, nous verrons bien que nos peres 
sont arrives naturellement, par un progres constant 
des idees et une amelioration des conditions social es. 



— 91 — 

a cet immense fait du XVIIIe siecle qui se traduit 
par notre eternelle devise. 

" Liberte, Egalite, Fraternite." (Disc. pron. au 
Grand Orient de France en 1867.) 

Done, hostilite a l'Eglise catholique, hostility aux 
societes fondees sur des principes Chretiens. 

Tel futle premier programme ma§onnique de 1723. 

Les changements qu'il opera en Europe, prouve- 
rent bientot son efficacite redoutable. 



CHAPITRE IV. 

LA FRANOMAgONNERIE ET LA REVOLUTION DE 1789- 

La maconnerie anglaise reussit en quelques annees 
a couvrir l'Europe de ses loges, mais en France sur- 
toufc, elle obtint les succes les plus rapides et les plug 
6tonnants. 

L'etat de demoralisation ou se trouvaient alors en 
ce pays les hautes classes sociales, favorisa singulis 
rement la propagande maconnique. 

L 'inquietude regna.it partout. Le desir de la nou- 
veaute, des reformes s'etait empare de toutes les t6tes.. 
On voulait des changements, a tout prix. Un certain 
groupe d'hommes remarquables par leurs talents, 
s'eprirent d'enthousiasme pour les doctrines de la 
magonnerie anglaise, et resolurent de les offrir a la 
France comme l'ideal qui repondait a ses aspirations 
nationales. 

Ces homines furent les philosophes fameux du 
XVIII, siecle. 

" Voltaire Leur chef, J. J. Rousseau, Diderot, Hel- 
vetius, d'Alembert, Condorcet, la Harpe, Lacepede, 
Cabanis, etc..." figuraient tons au premier rang dans 
les loges maconniques " (a) 

Endoctrines par les macons anglais, unis a eux d'es- 



(a) St. Andre: Franc-macon et juii'P. 232. 



— 93 — 

prit et de tendances, ils commencement la grander 
croisade anti-religieuse et anti-sociale qui prepara la 
revolution de 1789. 

Fideles au programme de 1723, les macons fran- 
gais attaquerent d'abord les enseignement de la reli- 
gion revelee. Les dogmes de l'Eglise, ses sacrements, 
sa morale, furent traites de prejuges absurdes, de su- 
perstitions abjectes, d'erreurs honteuses et degradan- 
tes. II fallait faire table rase de cette croyance suran- 
nee, et sur les ruines de la religion de Rome, 6tablir 
le culte de la Raison, la vraie Religion de VHumanitL 

L'on sait avec quelle activite satanique, ces philo- 
sophes impies menerent la guerre contre l'Eglise, et 
quelle habilcte ils deployment dans la lutte. Voltaire 
surtout, leur chef, fit appel a tons les mauvais ins- 
tincts du cceur humain. Calomnie, sarcasme, insul- 
tes, sophismes impudents et rnensonges effrontes, 
tout lui fut bon pour battre en breche la religion re- 
velee et tuer dans les ames la foi au surnaturel. 

Le succes ne repondit que trop a ses efforts. 

La societe frivole du XVIUe siecle 6couta avec 
interet les doctrines de ce grand revolutionnaire. 
Elle s'eprit d'amour pour cet enseignement fatal. 

Bientot ces hommes entrant en foule dans les loges 
maQonniques. accepterent la religion nouvelle qu'on 
leur pr§chait. Ils crurent encore a l'Etre Supreme, 
au Grand Architecte de l'Univers, mais ils n'eurent 
plus que des railleries pour la personne divine de 
Notre Seigneur, et pour son Eglise. Le franc-magon 
Voltaire et ses disciples avaient promptement atteint 
le but que se proposait en premier lieu la maconne- 
rie anglaise. En quelques annees, ils avaient forme* 



— 94 — 

surtout parmi les hautes classes de la societe en 
France," une alliance humanitaire qui mettant de cot6 
" des prejuges nuisibles on insenses, et propageant 
" les principes de la tolerance et des maxines huma- 
" nitaires, se proposait d'amener la societe a sa per- 
** fection morale." (Programme de 1723.) 



La revolution religieuse preparait la revolution 
^ociale, e'etait la le but supreme que l'on voulait at- 
teindre, et l'ordre logique des faits. L'on n'attendit 
pas longtemps. Les theories religieuses ou sociales 
ne restent pas a l'etat de pure speculation dans les 
esprits francais. Des qu'elles ont recrute un certain 
nombre d'adherents, vite elles cherchent a exercer 
leur influence sur la societe, et a la modeler selon 
leurs vues. 

La propagande maQonnique s'etait faite avec un 
succes extraordinaire. " La nomination du due de 
Chartres (Philippe Egalite) en 1772, comme Grand 
Maitre de la Grande Loge nationale ou grand Orient 
precipita le mouvement. Les plus hauts personnages 
se haterent de se faire initier. Dans les provinces 
Felan fut suivi. Entre 1772 et 1785 dans toutes les 
villes, dans tous les regiments, on voit se former des 
loges par l'initiative des hautes classes de la societe. 
Le P. Deschamps a publie le chiffre considerable au- 
qnel elles ^taient arrivees, sept cents environ." (a) 

Oes forces immenses, apres avoir recu dans hs 
loges la doctrine de la maconnerie n'attendaient 



(a) Claudio Janet, t, III, p. 409. 



— 95 — 

plus pour l'appliquer a l'ordre social, que ^impulsion 
des chefs, cette impulsion ne tarda pas a etre donn6e. 
Apr&s les theoriciens vinrent les hommes d'action. 
La revolution de 1789 eclata. 

Cette revolution fut en grande partie l'ceuvre des 
loges, tout le monde en convient aujourd'hui. Les 
6crivains de la secte citent avec orgueil les noms des 
freres qui prirent une part active a ce grand mouve- 
ment social. Au dire du franc-magon Louis Blanc, 
11 Philippe d'Orleans, Mirabeau, Robespierre, Danton, 
St. Just, Marat, Pethion, Barnave, Camille Desmou- 
lins, Carrier, etc., etc., etaient tous de hauts digni- 
taires des loges. (Hist, de la Rev. t. Ill, ch. 3.) 

II est inutile d'insister sur le caractere anti-reli- 
gieux dc cette revolution de 1789. 

Elle d£clara une guerre a mort a l'Eglise Catholi- 
que. Elle ferma ses temples et envoya ses ministres 
a l'echafaud ou a l'exil. Puis, apres avoir enleve de 
1'esprit des frangais " les prejuges nuisibles ouinsen- 
ses," c'est-a-dire la croyance aux dogmes et a la mo- 
rale de l'evangile, elle leur donna la religion " im- 
muable et universelle " de la magonnerie, la religion 
de l'humanite, le culte de la raison. 



11 fallait mettre l'etat social en harmonie avec 
cette religion nouvelle. 

La vieille societe frangaise avait pour base de sa 
legislation et cle ses institutions politiques, les prin- 
cipes de la revelation chretienne. En proscrivant 
cette revelation comme une superstition surannee, 



— 96 — 

la revolution se voyait forcementamenee a boulever- 
Ber de fond en comble cette societe chretienne, pour 
Clever sur ses mines une autre societe basee sur les 
principes humains, et les maximes liumanitaires 
qu'elle adoptait commc unique croyance religieuse. 

Ce fut le travail de demolition qu'elle entreprit. 
Elle proclama le nonvel evangile de l'humanite, et 
donna pour base a la societe regeneree la fameuse 
declaration des droit* de Vhomme. 

Cette declaration, on le sait, meconnait complete- 
ment les droits de Dieu sur les societes humaines. 
Elle met de cote toute idee surnaturelle, tout prin- 
cipe de revelation pour renfermer l'homme dans une 
sphere purement humaine et rationaliste. 

Ce fut d'apres ce plan anti-catholique que la revo- 
lution voulut reconstruire la societe franchise. Elle 
s'epuisa bientot par ses exces, mais malheureuse- 
ment son oeuvre subsista. 

Napoleon Ier, franc-macon lui-meme,ou du moins, 
instrument puissant entre les mains de la franc-ma- 
connerie, regularisa par ses lois et ses ordonnances 
ce regime social que la revolution n'avait eu le 
temps que d'ebaucher. 

Depuis lors, il y a en France deux peuples com- 
pletement separes par les idees et les tendances. 
L'un le peuple de la revolution, veut maintenir 
l'ceuvre des loges et la mener a sa perfection. L'autre, 
le peuple catholique, cherche au contraire a replacer 
la societe civile sur ses vraies bases et a lui redonner 
comme fondement les principes de la revelation 
chretienne. 



— 97 — 

Les hommes cle la revolution ne cessent de pro- 
clamer les immortels droits de Vhomme. 

Les Chretiens, tout on reconnaissant aussi les droits 
de l'homme, veulent mettre au dessus pour les pro- 
teger et les maintenir, les verites dont l'Eglise Catho- 
lique garde le depot : Les droits de Dieu. La lutte se 
poursuit ; mais la victoire definitive n'appartient 
encore a aucun parti. 



CHAPITRE V. 

LA FRANC-MAgONNERIE AU XIX SIECLE. 

La maconnerie a-t-elle garde, de nos jours, le ca- 
ractere anti-catholique et anti-social, qu'elle avait au 
siecle dernier ? Ou bien epuisee par les exces de 
1793, est-elle revenue a des idees plus conservatrices 
en religion et en politique ? 

Apres la revolution de 1789, la maconnerie forcee 
par la reaction general e qui suivit, raodifia comple- 
tement sa strategic exterieure. 

Elle deroba aux yeux des profanes le fameux pro- 
gramme de 1723, pour en adopter officiellement un 
autre tout a fait inoffensif. 

" Elle 6tait, disait-elle, une association d'hommes 
u sages et vertueux... reunis dans le but d'etre utiles 
<{ a leurs semblables... Une societe de bienfaisance 
u et de secours mutuel. Elle avait un profond res- 
u pect pour la religion et les institutions sociales cles 
" pays ou elle s'etablissait. Son seul desir etait 
" d 'avoir une place modeste dans la societe pour y 
•' faire son ceuvre de charite et contribuer, selon son 
u pouvoir, au bien de tous.'' (Constit. mag. frangaise, 
p. 4.) 

Telle fut 1 'attitude de la maconnerie durant la 
premiere moitie de ce siecle. 

Mais tout cela n'etait que mensonge et hypocrisie 
toute pure. 



— 99 — 

Elle ne revetait ce manteau de bienfaisance que 
pour tromper plus facilement l'opinion publique. 
Rien n'etait change ni dans son but, ni dans ses 
tendances. Toujours fidele au programme 1723, 
dan;- le silence des loges, elle preparait les forces qui, 
resaisissant un jour le pouvoir, donneraient enfin a 
la niaconnerie une preponderance definitive dans 
les affaires publiques. 

Ce jour estvenu pour elle. 

Depuis que les freres ont, a peu pres partout, la 
direction des gouvernements, ils ne cachent plus ni 
leurs desseins ni leurs doctrines. Dechirant les voiles 
qui couvraient leurs travaux, ils proclament aujour- 
d'hui ouvertement le but que se propose l'ordre 
dans l'Univers entier, et ce but est toujours celui de 
la niaconnerie anglaise du XVIIIe siecle. 

Hostilite a l'Eglise catholique, 

Hostilite a toutes les institutions publiques bashes 
sur les principes de cette Eglise. 



Dans ses jours d'humilite, la niaconnerie preten- 
dait §tre " une societe de bienfaisance." 

Aujourd'hui .elle declare hautement que la bien- 
faisance n'est pas son but. 

En 1861, le due de Persigny faisait reconnaitre of- 
ficiellement la franc-maconnerie en France sous le 
titre dissociation de bienfaisance. 

Les magons humilies dans leur orgueil lui repon- 
dirent hardiment : " Nos peres se sont reunis il y a 



— 100 — 

plusieurs siecles, sous d'anciens rites, non pour exer- 
cer la char it e mais poiir chercher la vraie lumiere... 

Votre Excellence, j 'en suis stir, ne nous fera pas 
un reproche cle poursuivre un tel dessein. 

La charite est la consequenee de nos principes, elle 
n'est pas le but de nos reunions." (a) 

" Rappelons-nous, disait de son cote le F. Ragon, 
que la maconnerie n'a pas constitue un corps d'indi- 
vidus vivant aux depens les uns des autres. Les 
mendiants qui s'associent pour faire de la misere 
oseraient-ils avouer dans quel but ils se font rece- 
voir ? Ils viennent audacieusement nous imposer 
leur detresse et le poids de leurs vices, sans avoir ete 
utiles a l'ordre par aucun talent, par aucune vertu." 

" Ne presentez jamais dans l'ordre, ajoutait le F. 
Beurnonville, que des hommes qui peuvent vous 
presenter la main et non vous la tendre." (b) 

La franc-maconnerie n'est done ni une societe de 
bienfaisance, ni une association de secours mutuels. 



Elle j>retendait en second lieu, ne pas s'occuper de 
religion dans les loges, et respecter egalement toutes 
les croyances sinceres. 

Or, pour ne pas parler maintenant du rituel ma- 
connique qui est reste profondement hostile au chris- 
tianisme, voici que les freres font les aveux les plus 
complets. 



(a) Francs-Ma^™* el Juife, St. Andre, p. 006. 

(b) Idem, p. 559. 



— 101 — 

La magonnerie veut detruire la religion revelee et 
la remplacer par la religion des loges. 

" Mes freres, disait en 1881 le F. Belat s'adressant 
au Grand Orient de France : 

" Ou trouverez vous parmi les homines faits, pour 
lesespritsmurs,unepareille ecolede progres,unesem- 
blable diffusion de lumiere ? Sera ce l'enseignement 
religieux, les lecons donnees par les membres des 
cultes divers dans leurs chaires respectives, qu'on 
pourra donner comme 1 'equivalent de la franc-ma- 
connerie ? Ah ici, tous les sentiments intimes, toutes 
les consciences protestent contre une telle assimila- 
tion. Les temples catholiques ou protestants ou 
Israelites ! Les religions ! mais, nos freres, c'est contre 
eux precisement, c'est contre Vceuvre sacerdotale de tous 
les temps, de tous les pays que la franc-maconnerie s'est 
fond'ee; c'est contre eux qu'elle livre ces combats 
s6culaires qui ont fait gagner au progres, refugie* 
sous nos bannieres tout cet espace de champ et de 
soleil oil il se deploie et s'etend aujourd'hui." 
(Chaine d'Union sept, 1881). 

Les loges beiges font echo aux loges francaises et 
proclament la meme doctrine. 

" En vain avec le XVIIIe siecle nous flattions 
nous d'avoir eerase linfame. L'infame renait plus 
intolerante que jamais. La religion catholique est 
une theocratie avide, sans esprit de famille et sans 
foyer, obeissant a un chef etranger et faisant courber 
sous son joug les gouvernements et les peuples. C'est 
contre cette domination qu'il faut combattre. Pour 
atteindre ce but il faut elever autel contre autel." 

" La maconnerie combat le christianisme a outrance. 
II faudra bien que le pays finisse par en faire justice, 
dut-il employer la force pour se gu6rir de cette lepre," 



— 102 — 

Je pourrais multiplier ces citations et ces aveux. 
A quoi bon ? Cette hostilite de la franc-maconnerie 
a la religion revelee, surtout a l'Eglise catholique 
n'est plus un secret pour personne. Le chef de l'ordre 
en France, l'executeur de ses hautes oeuvres, ne la 
donnait-il pas comme cri de ralliement a tous ceux 
qui out prete serment de fidelite aux loges. 

" Le clericalisme, voila l'ennemi ! " disait le franc- 
macon Gambetta. 

II livrait ainsi audacieusement au public le secret 
intime de l'ordre. Les freres desormais n'ont plus 
besoin d'allegories ni de symboles. Tout cela est 
d6sormais inutile, on connait leur signification. La 
guerre se fait maintenant a ciel ouvert ; la maQon- 
nerie a dit son dernier mot : 

" Le clericalisme, voila l'ennemi ! " 

C'est-a-dire, la religion revelee, la croyance a J. C, 
a sa mission, a son Eglise, la foi au surnaturel, aux 
idees chretiennes qui reglent l'homme dans la vie 
privee, le guident dans la vie sociale et lui dictent 
ses principes dans la vie politique, tout cela c'est le 
clericalisme, et pour la magonnerie c'est l'ennemi t 
II faut le combattre, le vaincre et l'aneantir a tout 
jamais. 

Quelques prudents, il est vrai, trouverent cette de- 
claration inopportune. Des peureux la jugerent trop 
hardie. " Les catholiques sont encore nombreux. En 
face d'une provocation si directe, ils se reveilleront 
peut-etre, ils se reuniront et ils pourront opposer a 
la realisation du programme magonnique, une resis- 
tance insurmontable ! " 

Pour rassurer ces timides, Ton inventa alors une 



— 108 — 

distinction subtile entre le christianisme et le cleri- 
calisme. La maconnerie respectait le premier, elle 
ne combattait que le second qui est exageration, in- 
fluence indue, fanatisme sacerdotal, etc... 

Mais les macons eux-memes ne tarderent pas a 
faire justice de cette interpretation arbitraire. 

" La distinction entre le Catholicism e et le clerica- 
" lisme, est purement officielle, subtile pour les be 
" soins de la tribune, disait a Lille le F. Cordavaux, 
" mais ici, en loge, proclamons-le hautement et pour 
" la verite : Le catholicisme et le clericalisme ne font 
" qu'un" (a) 



(a) Voir CI. Janet, t. Ill, p.. 300). 



CHAPITRE VI. 

LA FRANC-MAgONNERIE ET LA POLITIQUE. 

La maconnerie pretendait enfin no pas s'occuper 
de politique. Elle rcspectait les lois du pays et en 
recommandait l'observation a ses membres. 

Que valent ces affirmations en face des evenements 
qni se sont accomplis en Europe et dans le monde 
entier depuis un demi-siecle ? N'avons-nous pas vu 
partout les societes chretiennes ebranlees sur leur 
base, abandonner 1'un apr&s l'autre les principes ca- 
tholiques qui dirigeaient leur politique ? La franc- 
maconnerie n'a-t-elle pas toujours ete au fond de ces 
revolutions soeiales, ne les a-t-elle pas dirigees, con- 
trolees, encouragees de toute maniere ? 

Apres la victoire, les depouilles appartiennent de 
droit a ceux qui menerent labataille et lagagnerent. 
Or en 1830, en 1848, en 1870, quand la Evolution 
precipita rois et empereurs a bas de leur trone, quels 
hommes voyons-nous montrer au pouvoir ? Des 
francs-macons. lis s'emparent des emplois publics, 
des charges importantes, le gouvernement de la 
France se trouve pratique ment entre leurs mains. 

En 1830, les chefs les plus en vue de la Revolu- 
tion, La Fayette, Lafitte, Dupont, (del'Eure) Dupin, 
Odilon Barrot, appartenaient tous a la magonnerie^ 
et ce fut au franc-magon Louis-Philippe qu'ils assu- 
rerent le trone. (Gautrelet, p. 412). 






— 105 — 

En 1848, Lamartine, Cremieux, Ledru Rollin, 
Louis Blanc, Marast, Marie, Cassagnac, Gamier 
Pages, Caussidiere etait tous francs-masons, lis gou- 
vernerent la France pendant quelque temps, puis le 
franc-macon Louis Napoleon leur succeda. 

En 1870, meme phenomene. 

Voici a ce sujet un temoignage irrecusable du fait 
que je signale. 

Enjuillet 1881, le Venerable Fr. Barre, perorait 
devant la loge les admirateurs de Vunivers. lis mon- 
trait aux freres les travaux accomplis par les macons 
du XVIIIe siecle. 

"... lis nous ont legue, disait-il la devise qui est 
devenue celle de la revolution : Liberte — Egalite — 
Fraternite." 

" Je n'ai pas a revenir ici sur l'histoire de la ma- 
connericje ne veuxqu'en marquer quelques points." 

" Restee fidele a sa devise, vous la trouverez tou- 
jours en avant. 

En 1830, elle anime les plus liberaux. 

En 1848, elle etudie quelques points des questions 
sociales et ne reste pas sans influence. 

En 1870, elle fournit, en grande partie, les hommes 
qui, pendant l'invasion, aiderent a constituer l'admi- 
nistration republicaine. 

Je vois encore apres la honte de Sedan, notre 

regrette Massol, occupe du matin au soir a relever 

les noms des masons de bonne volonte qui, par leurs 

c'onnaissances speciales, pouvaient se rendre utiles 

5 



— 106 — 

et transmettre aussitdt ces noms h ceux qui avaient 
le pouvoir." 

" C'etait la bonne 6poque ! " (Monde maconnique, 
juin 1882, p. 62). 

Get aveu ne manque certainement ni de piquant, 
ni de naivete ! 

,k C'etait la bonne epoque ! " 

Les revolutions sont toujours pour la magonnerie 
" la bonne epoque." Elle recueille alors le fruit de 
ses travaux, et donne a ses adeptes les bonnes places 
de l'Etat. 

II y a done la, non un fait isole, mais une regie 
invariable et constante. 

Pour expliquer cette regie, deux hypotheses seule- 
ment sont possibles : 

Ou bien les hommes qui sont aujourd'hui les 
maitres de la France, etaient tellement superieurs 
par le talent et l'habilete, que leur choix s'imposait 
au pays, sans que la ma^onnerie y eut aucune part ; 
et qui oserait soutenir serieusement une pareille as- 
sertion ? Ou bien ils sont arrives par les loges et 
leur titre de francs-macons a ete leur meilleur sinon 
leur seul brevet de capacite pour les emplois publics 
qu'ils occupent. 

Nous avons ainsi la preuve directe que la politi- 
que, loin d'etre exclue des loges, en forme au con- 
traire, l'element le plus vital. C'est le but m6me de 
la maQonnerie. 

Du reste, elle l'avoue aujourd'hui sans reticence 
" A ceux qui disent : la magonnerie ne doit s'occu- 
per ni de politique, ni de religion, ni de socialisme, 



— 107 — 

disait le fr. Regnier en 1882, je reponds hardiment : 
La maconnerie a ete, la maconnerie est et sera tou- 
jours politique, religieuse et sociale, on elle ne sera 
rien." (V. CI. Janet, t. Ill, p. 312.) 

Une fois au ponvoir, les macons ont de suite cher- 
che a appliquer a la societe le fameux programme 
des loges. 

lis veulent dechristianiser la France, en suppri- 
mant tout ce qui repose sur l'esprit catholique. 

Voici leurs oeuvres depuis cinq ans : 

Suppression des ordres religieux en France. 

Suppression de l'enseignement catholique. 

Suppression des aumoniers pour l'armee et les 
hopitaux. 

Suppression du serment catholique et du crucilix 
dans les tribunaux civile. 

Suppression des Sceurs pour le service public des 
malades. 

Suppression des demonstrations exterieures du 
culte, processions, etc., Dieu n'a plus de droit de pa- 
raitre dans les rues et les places publiques, etc., etc. 

Et l'on voudrait que, nous catholiques, nous assis- 
tions impassibles a cette oeuvre de demolition et de 
ruines ! 

Que nous acceptions une republique magonnique 
qui prend a coeur de nous frapper dans ce que nous 
avons de plus cher, de nous enlever ce qui fait notre 
vie et notre gloire ! 

Non, jamais, nous ne ferons cette lachete ! Nous 
ne serions pas opposes en principe, a une republique 



— 108 — 

oatholique et conservatrice, mais & la republique des 
niacons, nous avons voue une haine implacable. 

Elle nous a lance" le d£fi : ' l Le clericalisme, voila 
l'ennemi ! " 

Nous lui renvoyons ce defi et nous lui disons k 
notre tour. 

" La republique des Paul Bert, la republique des 
Ferry, la republique de la magonnerie^ pour nous 
catholiques : 

Voilst l'ennemi I 



CHAPITRE VII. 



LA MAgONNERIE CANADIENNE EST-ELLE DIFFERENTE 
DE LA MAgONNERIE CONTINENTALE. 

Impossible de nier aujourd'hui le caractere anti- 
religieux et anti -social de la maconnerie continen- 
tale. Aussi ne l'essaie-t-on plus. Mais si l'on cherche 
a appliquer aux macons canadiens les anathemes qui 
frappent leurs freres d 'Europe, oh ! alors, c'est une 
autre affaire. Vite une foule de personnages officieux 
ee levent pour proteger les loges et se porter garants 
de la parfaite honnetete des macons canadiens. 

" La maconnerie anglaise, disent-ils, differe du 
tout au tout de la maconnerie continentale. Elle n'a 
ni la fureur anti-religieuse, ni l'esprit revolution- 
naire des loges italiennes et franchises. C'est une so- 
oiete de bienfaisance, une association de secours mu- 
tuel ; elle donne a ses membres une protection legi- 
time et les aide a reussir dans les diverses situations 
de la vie. Aussi voyons-nous un nombre considera- 
ble d'hommes honnetes et intelligents se glorifier 
d'etre macons." 

" Si la maconnerie canadienne etait, par ses doc- 
trines ou son esprit, hostile a. l'ordre religieux et ci- 
vil, ces hommes lui preteraient-ils l'appui de leur 
nom et de leur presence ? Les laisserait-on occuper 
des positions ou ils peuvent exercer une influence 
considerable et presqu'irresistible ? " 



— 110 — 

" Bien plus, nous voyons des Reverends de diver- 
ses denominations assisteraux ceremonies desloges, 
surtout aux banquets maconniques. Bon nombre 
d'enfre eux meme, se font g]oire de porter le tablier 
de l'ordre. Cette conduite de ministres de l'Evangile 
serait inexcusable si notre niagonnerie canadienne 
etait impie et revolutionnaire com me celle d'Eu- 
rope." 

Ces arguments sont specieux, je l'avoue. lis peu- 
vent en im poser a ceux qui ne connaissent ni les 
doctrines ni les tendances de la franc-ma^onnerie. 
lis sont de nature a calmer les scrupules des bonnes 
ames, toujours disposees a croire de leur prochain, 
plutot le bien que le mal. Surtout, ils servent de 
reponse facile, sinon concluante, a ceux qui, par 
temperamment, cherchent toujours a tergiverser r 
quand il s'agit de proclamer des verites dures a 
entendre mais necessaires a dire, et qui, plus flattes 
d'etre appeles des esprits conciliants, des homines 
aux idees larges et liberales, que des defenseurs 
inflexibles du droit et des principes Chretiens, (a) 

Mais ces arguments ne valent absolument rien 
pour quiconque connait un tant soit peu l'histoire 
de la franc-magonnerie et des doctrines qu'elle pro- 
fesse. 

L'Angleterre n'a-t-elle pas ete la mere de la nnv 
yonnerie universelle? Ne lui a-t-elle pas donne 
l'unite d'organisation, de moyens et de but? Les 
maQons ne sont-ils pas les premiers a se vanter de 
cette universalite magonnique ? Ne se considerent-ils 
pas comme freres d'un bout du monde a l'autre ? 



(a) Battent lachement en retraite quand il faudrait resolument 
faire face a I'ennerai. 



— Ill — 

Les Grandes Loges ne sont-elles pas unies ensemble- 
par une correspondance active et par Leurs Grands 
Representants ? Notre Grande Loge de Quebec 
n'est-elle pas, en union intime avec les Grandes 
Loges de Belgique, du Portugal, de l'Irlande de la 
Hongrie et du Perou ? 

Que l'on cesse done de nous parler de cette preten- 
due distinction entre la Maconnerie Anglaise et la 
Magonnerie Continentale, pour maudire celle-ci et 
innocenter celle-la. Cette distinction est purement 
arbitraire. Elle ne peut tromper que des ignorants 
ou des niais. 

La maconnerie est une dans l'univers entier. C'est 
ce que n'ont cesse de redire au catholiques, les 
hommes qui ont le mieux connu 1 'esprit detestable 
de cette societe. Le Souverain Pontife Pie IX le pro- 
clamait encore le 25 septembre 18G5,lors qu'il ordon- 
nait " atous les Chretiens de toute condition, de tout 
" rang de toute dignite, de tout pays, de tenir ces 
" m&mes societes comme proscrites ei reprouvees." 

D'ailleurs, outre ces temoignages exterieurs, il 
suffit pour prouver l'identite parfaite de la magon- 
nerie canadienne et de la magonnerie continentale r 
crexaminer son organisation, son rituel, ses doctrines 
et ses tendances. Apres cette etude la verite de cette 
assertion apparaitra, je pense, au lecteur dans toute 
sa triste realite. 



CHAPITRE VIII. 

LA MAgONNERIE CANADIENNE N'EST PAS UNE SOCIETE 
DE BIENFAISANCE. 

Commencons d'abord par arracher le masque dont 
se couvre notre maconnerie canadienne. Elle se 
montre au public paree des emblemes de la charite : 
" C'est une societe de bienfaisance, une association 
de secours mutuel. Elle veut du bien aux macons 
d'abord, puis a tous ceux qui viennent reclamer son 
assistance." 

Tel est le caractere officiel qu'elle prend devant le 
public. Tels sont les titres qu'elle fait valoir a la 
bienveillance et a l'encouragement. 

Or ce caractere officiel est mensonger, ces titres 
sont faux et apocryphes. 

La maconnerie canadienne n'est ni une societe de 
bienfaisance, ni une association de secours mutuels, 
nous allons le prouver. 



La magonnerie canadienne n'est pas une societe de 
bienfaisance. 

Voila bientot un siecle et demi que la franc-ma- 
eonnerie Anglo-Canadienne est a l'oeuvre dans notre 
pays. Elle compte aujourd'hui au moins cent mille 



— 118 — 

hommes qui, au jour de leur initiation preterent ser- 
ment de travailler au but de l'ordre. 

Si done le but verirable de l'ordre est de faire... 
du bien aux hommes, Paction magonnique a du se 
montrer ici dans toute sa splendeur. Les macons 
appartenant pour la plupart, a la classe ais6e, ont 
sans doute eleve en Canada de nombreux asiles pour 
1 'indigence et la misere. 

En est-il ainsi ? 

Ou sont les ceuvres de charite de la magonnerie ? 
On, les asiles fondes pour lc pauvre, les hospices ou- 
verts a la soufFrance, les refuges offerts aux orphe- 
lina, aux abandonnes ? Je regarde de toutes parts. 
Je ne vois rien de pareil, ou plutot, au sommet de 
presque toutes les maisons de bienfaisance, j'aper- 
gois la croix catholique, tandis que le triangle de la 
maconnerie ne brille qu'au sein des loges et sur le 
tablier des freres. 

La franc-mac, onnerie canadienne n'a done pas 
pour but final la charite chretienne, ou bien elle a 
singulierement failli a sa mission. 

Du reste, les statistiques officielles nous montrent 
clairement que la bienfaisance n'est pas du tout 
le but principal de l'ordre ; pas plus ici qu'ailleurs. 

Voici un tableau que je trouve dans l'annuaire 
magonnique pour 1881. 



— 114 — 

Etat des recettes et depenses de la Grande Loge de 
Quebec de 1870 a 1880. 



L.nnees. 

1870 


AumSnes repues. 


Coti.sations. 

$1092 
1583 
1681 
1663 
1531 
2358 
1576 
2343 
1572 
2049 
1827 


Charites 


1871 






1872 




$ 10 
150 


1873 




1874 


$4000 
230 
260 
126 
237 
240 




1875 
1876 

1877 
1878 
1879 
1880 


270 
510 
351 
80 
433 
228 



Total $5,103 $19,275 $2,032 

Voila done le bilan de la Grande Loge pour 10 
ans. ' % 

Elle a recu comme cotisation des membres.. $19,275 
D'ames charitables croyant naivement a la 

bienfaisance maconnique 5,103 



Total $24,378 

Sur ces 24,378 piastres, la Grande Loge a depense 
en impressions, regalias, salaires d'officiers, $14,577, 
et pour la charite la modeste somme de 2032 piastres ! 

2032 piastres d'aumones en 10 ans ! 

Divisez cette somme entre les 68 loges qui ont ete 
fondees dans la province de Quebec ; vous aurez 
une moyenne de 28 piastres et quelques centins par 
loge, soit : deux piastres de charite par annee ! Deci- 



— 115 — 

dement, la franc-maconnerie canadienne n'est pas 
line societe de St Vincent de Paul. 



Cela ne l'empechera cependant pas de redire aux 
candidats ses pompeux eloges de la charite, de se 
vanter devant les profanes d'etre " une grande societe 
de bienfaisance" de lancer an sein de ses loges des 
phrases retentissantes comme celle-ci. 

" Par notre titre cle magons, nous sommes obliges 
d'assister Vhumanite entiere, si elle est en detresse, et 
plus particulierement un frere magon, s'il en est 
digne." (a) 

Si les profanes comptent sur la magonnerie pour 
soulager leurs infortunes, ils seront amerement degus 
dans leurs esperances. 

En voici un triste exemple : 



Le 8 juin 1881, un grand feu reduisait a la plus 
profonde misere des milliers de families a Quebec. 

Le depute Grand Maitre pour le district de Que- 
bec et Trois-Rivieres disait dans son rapport a la 
Grande Loge : (page 79.) 

" Le 14 juin j'ai regu du J. Melvin de St. Jean, 
New-Brunswick, une lettre m 'informant qu'une som- 
me d 'argent avait ete vote pour venir en aide aux 



(a) Kapport lu par le F. Walker a I'assemblee de la Grande 
Loge de Quebec en 1881. 



— 116 — 

macons, victimes du grand feu qui a dernierement 
ravage notre ville...Heureusementje pus le remercier 
•de son offre bienveillant, et decliner V assistance qu'il 
off rait car aucun membre de la magonnerie rten avait 
kesoin ". 

Et des milliers de families etaient alors reduites a 
la dernieres des miseres I Partout on faisait des ap- 
pels a la charite ! Partout on tendait la main pour 
les pauvres incendies ! 

Mais parcequ'awcim magon ne se trouvait "parmi 
les victimes, le fr. Ficht refuse l'aumone qu'offraient 
les freres de St. Jean, et regarde froidement souffrir 
ces milliers de malheureux ! 

Peut-on etre a ce point sans entrailles et sans 
cceur ? 



Les profanes, on le voit, n'ont rien a attendre de 
la charite maconnique. 

Les freres seront-ils plus heureux ? 

C'est pour eux peut-etre que la societe accumule 
dans ses corTres-forts les cotisations des membres et 
les aumones des ames naives ? L'ordre serait ainsi 
une caisse d'epargne en permanence, une sorte d 'as- 
sociation, de secours mutuels, empressee de venir en 
aide aux magons malheureux. 

II n'en est pas ainsi. 

Les conditious requises des eandidats a l'ordre 
uous forcent de repousser une pareille idee. 

Ces candidats doivent etre a l'aise, jouir d'une 



— 117 — 

*' honnete aisance, et enfin avoir du gout pour les 
sciences et les arts libereaux." (a) 

Ces conditions, on le comprend, ferment evidem- 
ment l'entree des loges canadiennes aux pauvres, en 
un mot, a tous ceux envers qui la charite trouve 
ordinairement a s'exercer. 

Qu'a l'occasion cependant, la societe accorde quel- 
ques secours a des miseres inattendues, qu'elle fasse 
une aumone passagere a la veuve d'un magon, torn- 
bee dans l'infortune, qu'elle vote une somme de 25 
piastres pour lui venir en aide, je 1'accorde, et la 
statistique citee plus haut en fait foi. Mais ces actes 
de charite arrivent rarement. lis sont accidentels, 
et ne suffisent pas pour autoriser la franc-macomie- 
rie a se parer du titre de societe de secours mutuels. 

D'ailleurs les cliefs de Tordre eux-memes protes- 
tent avec indignation contre cette appellation qu'ils 
trouvent humiliante et fort au-dessous du noble but 
que se propose la magonnerie. 

" La magonnerie est l'ecole de la vraie civilisation, 
dit le fr. Hacquard,... Elle ne peut se laisser abaisser 
an rang de simple sociU'e de secours mutuels.' 11 (Monde 
Ma$., fev. 1867, p. 604.) 

A. son tour le fr. Redon affirmait que " la bienfai- 
sance n'est pas le but, mais seulement un des carac- 
teres, et des moins essentiels de la maconnerie." (St. 
Andre, p. 557.) 

Les magons du Canada et des Etats-Unis, profes- 
sent exactement les memes doctrines : 



(a) Constit de la Grande Loge de Quebec des candidats : art 
ler. 



— 118 — 

" Souvenez-vous mes freres, disait en 1881, le 
Grand Maitre de l'Ulinois, que nous ne sommes pas 
une compagnie d 'assurance mutuelle basee a perpe- 
tuite sur le Quid pro quo, mais une societe bienfai- 
sante, comptant sur la virilite de ses membres pour 
maintenir sa position dans le monde et rester un 
centre charitable d 'attraction offert aux meilleures 
aspirations de lhomme." 

La Grande Loge de Quebec entendit ce rapport et 
l'approuva. (Annuaire Mac. 1881, p. XVII.) 

Concluons done de ces faits et de ces temoignages 
que la maconnerie canadienne, pas plus que la ma- 
9qnnerie continentale, n'a pas pour but veritable, la 
charite. Afin d'en imposer au public, et de mieux 
voiler ses tendances reelles, elle peut, il est vrai, faire 
sonner bien haut ce litre philanthropique, mais en 
realite, elle n'a aucun droit a s'appeler une societe de 
bienfaisance. 



CHAPITftE IX. 



LA MAgONNERTE CANADIENNE NE DOIT PAS ETRE UNE 
ASSOCIATION DE SECOURS MUTUELS. 



11 y a pourtant une autre maniere d'entendre la 
charite* et peut-etre est ce de la sorte qu'un certain 
nombre de macons la comprennent. Cost de la faire 
commencer par soi et finir aussi a soi. 

D'apres ces vues, entrer aux loges serait non une 
question d'inclination ou de principes, mais simple- 
ment une speculation interessee, et egoiste. On 
demanderait a la maconnerie de l'aide pour le com- 
merce, un secours pour la profession, un moyen utile 
pour se pousser plus surement et arriver plus vite 
a quelqivemploi public ou a quelque position offi- 
<'-ielle grassement retribute. 

Ces motife, parait-il, sont efficaces aupres d'un bon 
nombre de profanes. Pen sensible^ aux beautes de 
la doctrine des joges, indifferents aux but eleve 
qu'elle se propose, il ne voient et ne cberchent 
dans la maconnerie qu'un moyen d'avancer leurs 
interests personnels. 

Le Chapelain de la Grande Loge de Quebec le 
<ionstatait avec melancolie, dans son discours k 
I'assernble generale en 1881, en raerae temps qu'il 
fletrissait avec energie la conduite de ces masons 
indignes. 

Apres avoir rappele aux freres les vertus qu'ils 



— 120 — 

doivent pratiquer, et surtout l'obligation de faire le 
bien pour le bien : " Hela, continuait-il, fragility de 
la nature humaine ! Aucun de nous n'est parfait, pas 
plus les macons que les autres. Nous avons sans 
cesse a deplorer 3 'inconsequence de freres qui 6cou- 
tent les instructions de la maconnerie et jurent d'ob- 
scrver ses pr6ceptes, pour les oublier et les m6priser 
immediatement apres." 

' Trop de macons inalheureusement n'ont pas 
encore appris a faire le bien pour le bien I" 

" lis joignent la societe a cause des avantages qu'elle 
leu r donne pour le commerce et leur position sociale, ou 
bien encore, par ce qu'elle parait offrir un marchepied 
commode a leur ambition. La premiere question qu'ils 
se font en se presentantaux logesest celle-ci : " Quel 
avantage cela me donnera-t-il ? " et non pas " Quel 
bien cela me permettra-t-il de faire ? " Aussi, com me 
il etait facile de le prevoir, une fois admis dans 
I'ordre, ils ne voient dans ses enseignements que ce 
qui peut servir leurs interets ou avancer leurs des- 
seins " (An. mag. 1881, p. 73.) 

Ces magons voudraient done voir dans la macon- 
nerie, non pas une societe doctrinaire s'occupant a 
propager ses principes et a reformer la societe, mais 
une association inoffensive, une alliance cooperative 
destinee a donner a ses membres un secours mutueb 

Le Grand Chaplain s'indigne contre ses hommes. 
II les accuse de ravaler I'ordre, et de meconnaltre 
le noble but qu'il se propose. Au nom de la macon- 
nerie il demande l'exclusion de ces hommes aux 
vues basses et egoistes " Rendons leur, dit-il, la porte 
" d 'entree aussi etroite, et la porte de sortie aussi 



— 121 — 

" large que possible ; notre societe ne s'en trouvera 
" que mieux." 

La Grande Loge de Quebec, reconnaissant la jus- 
tesse de ces remarques, felicita l'orateur et adopta 
pleinement ses conclusions : 

La ma^onnerie anglo-canaclienne n'est done ni une 
societe de bienfaisance, ni une association de secours 
mutuels. 



CHAPITRE X. 

ORGANISATION DK LA MAYONNERIE CANADIENNE. 

Ayant arrache le masque de pretendue bienfai- 
sance dont s'affuble la mayonnerie canadienne, re- 
gardons maintenant cette societe en face, voyons ce 
qu'elle est, ce qu'elle veut, le but qu'elle poursuit r 
les moyens qu'elle emploie, et par consequent, les 
sentiments qu'elle doit inspirer aux honn§tes gens et 
aux Chretiens. 

Je sais que dans la mayonnerie, comnie dans le 
protestantisme, nombre d'hommes valent mieux que 
les principes qu'ils professent. 

Je ne mets done en question ni 1'honnetete per 
sonnelle de tel ou tel mayon en particulier, ni les- 
intentions qui Paniment. 

Nous allons etudier la mayonnerie telle qu'elle 
existe comme societe secrete en Canada, et non pas 
telle que certains mayons voudraient nous la repre- 
senter ou meme desireraient qu'elle fut en realite* 



Organisation de la magonnerie canadienne. 

La mayonnerie canadienne est strictement orgairi- 

see d'apres le system e et les principes de la mayon- 
nerie anglai.se du XVI lie siecle qui lui donna nais- 
sance. 



— 123 — 

Elle se divise en magonnerie bleue ou symbolique 
et magonnerie rouge ou chapitrale. 

La magonnerie bleue comprend les trois grades 
fondamentaux d'apprenti, de compagnon et de mai- 
tre. 

La magonnerie chapitrale se greffe sur la magon- 
nerie symbolique. Elle en est le complement. Aux 
trois premiers degres, elle ajoute ceux de Maitre 
Marque, de Pass'e Maitre, de Tres Excellent Maitre, et 
enfin VArche Royale. 

Ces 4 degres forment le chapitre. II est preside et 
dirige par trois magons ayant les grades sup6rieurs 
de Grand Prophete, de Rois et de Grands Pretres. 

C'est la ce que l'on nomme VOrdre exterieur ou la 
magonnerie officielle. 

Mais fidele anx instruction du congres de Wil- 
hemsbad, la magonnerie anglaise conserve VOrdre 
interieur ou magonnerie deshauts grades de Templiers 
du rite Ecossais. 

Elle en fait un secret pour les inities a l'Ordre ex- 
terieur. Elle s'efForce meme dc leur persuader que la 
magonnerie officielle est la seule legale qu'au dela, il 
n'y a rien. 

Pourtant cette magonnerie interieure ou des hauts 
grades, existe reellement, et c'est elle surtout qui 
garde les vrais secrets de l'ordre. 

Du reste la Magonnerie est moins reticente aujour- 
d'hui qu 'autrefois sur les rappoits intimes que Pu- 
nissent a la magonnerie templiere et ecossaise- 



— 124 — 

Voici ce que disait a ce propos le Grand Maitre de 
Quebec en 1881. 

" Lors de l'Union magonnique anglaise, il fut de- 
clare que la pure magonnerie ancienne consisterait 
dans les trois degres d'apprenti, de compagnon et 
etde maitre, avecl'Arche Royale. Mais cette declara- 
n'avait pas pour but d'empecher les loges ou chapi- 
tres de tenir des assembles dans n'importe quel de- 
gre des Ordres de Chevalerie selon les constitutions 
de ces ordres." 

" La Grande Bretagne et d'autres pays reputes 
Chretiens, ont reconnu les ordres de Chevalerie com- 
me Ordres allies a la maconnerie, et leurs candidats 
doivent etre des magons de l'Arche Royale." 

11 Ainsi la magonnerie symbolique, la magonnerie 
chapitrale avec les ordres allies de chevalerie cons- 
tituent ce que Fon norarae le Rite anglais de la ma- 
connerie." 

" II y a encore un autre rite appele Rite Ecossais. 
II ajoute 30 degres aux trois grades de la magonne- 
rie symbolique. Ce rite se donne aussi comme un 
allie de la franc-maconnerie, et on le reconnait genera- 
lement comme tel." 

" II exige de ses candidats qu'ils aient regu les 
trois premiers degres de la magonnerie symbolique " 
(annuaire mag. 1883. p. 30.) 

Done d'apres le temoignage du Grand Maitre 
Graham, la magonnerie templiere et ecossaise ap- 
partient a la famille magonnique anglaise. Or nous 
verrons bientot quelle parodie sacrilege les magons 
templiers et ecossais font de la passion et de la mort 
de N. S. J6sus-Christ. 



— 125 



Materiel des loges Canadiennes. 

Pour recruter ses adherents, la maconnerie cana- 
dienue s'appuie elle aussi. sur le principe antichre- 
tien de la liberte religieuse illimitee qui servit de 
base a la maconnerie anglaise du XVIII siecle... 

Catholiques et protestants, libres penseurs et juifs, 
peuvent se presenter a la porte des loges canadien- 
nes, on les admettra. 

" La maconnerie est une grande institution mo- 
rale. Elle recoit dans son sein des hommes de tous 
pays et de toute religion. Ceux qui suivent ses pre- 
ceptes, doivent necussairement etre des honnetes 
gens." (a) 

En inscrivant ainsi au front ispicc de ses temples 
la liberte religieuse complete et illimitee, la macon- 
nerie canadienne, comrae la maconnerie anglaise du 
XVIIIe siecle, brise toute relation avec l'Eglise ca- 
tbolique et la verite revelee. 

Pour elle, Pune et l'autre sont non avenues. Elle 
met sur le meme pied l'erreur et la verite. Elle 
traite les croyances religieuses de ses candidats avec 
la meme indifference ou plutot le meme dedain. Ce 
sont des faiblesses humaines, '* des prejuges nuisibles 
ou insenses." Tous les profanes sont a ses yeux 
11 des aveugles " qu'il faudra 6clairer. Au sein des 
loges, on leur enseignera une doctrine nouvelle " des- 
tinee a illuminer leur intelligence et i\ perfectionner 
leur moralite." 



(a) Le Grand Maitre du Mississipi en 1881. Rapport adopts 
par la Grande Loge de Quebec : Annuaire, p. XVI. 



CHAPITRE XL 

LE BUT DE LA MAgONNERIE CANADIENNE. 

Pourquoi done ces hommes entrent-ils en loges ? 
Quels sont leurs desseins ? 

Ni la charite, ni le secours mutuel, ni l'avance- 
ment dans le commerce ou la politique, ne doit 6tre 
le but final que se propose la maconnerie ; nous l'a- 
vons vu plus haut. 

Quel est done le vrai but de la magonnerie cana- 
dienne ? 

Laissons les Chefs repondre a cette question. 



Le fr. Henderson, Grand Maitre de la Grande Loge 
du Canada en 1881, definissait en ces termes le but 
de la societe : 

" La franc-maconnerie est une fraternit6 d 'hom- 
mes, destinee a illuminer V intelligence et a perfection- 
ner la moralite de ses membres pour la gloire du 
Grand Architecte de l'Univers." 

De son cote le fr. Fish, passe Grand Maitre du 
Nevada, disait en 1881 : 

" Le but principal de notre societe" est de rendre 
les hommes meilleurs et plus heureux." 

"'Nulle societe ne peut avoir un but plus noble et 



— 127 — 

plus important que la maconnerie. Elle eleve le 
niveau de l'intelligence, elle perfectionne les facultes 
mentales et les vertus morales ; elle enseigne aux 
hommes leurs devoirs envers Dieu et envers leurs 
semblables." (Annuaire mag. de Quebec, 1881, p, 
108.) (a) 

Voila qui est clair. 

La magonnerie canadieune poursuit, dit-elle, un 
but essentiellement intellectuel et moral. 

Elle veut " perfectionner l'intelligence de ses 
membres... avancer leur moralite... leur enseigner a. 
mieux remplir leurs devoirs... les rendre meilleurs 
et plus heureux." 

Notons de suite la parfaite ressemblance de ce but 
avec celui des macons anglais du XVIIIe siecle. 

Le programme canadien reproduit, presque dans 
les memes termes le programme anglais de 1723. 

Notre magonnerie, est, elle aussi " une alliance 
humanitaire destinee a mener graduellement la so- 
ciete a sa perfection morale." 

Elle est organised sur le meme plan que la rnagon- 
nerie anglaise. 

Elle a pris pour base de recrutement, la liberte re- 
ligieuse la plus illimitee. 

Nous pourrions done deja, en toute justice, appli- 
quer a la magonnerie du Canada tout ce que nous 
avons dit du fameux programme de 1723 ; et con- 



(a) L'assembl^e g^ncrale de Quebec entendit la lecture de ce 
rapport et 1'approuva. 



— 128 — 

dure de suite qu'elle est par son organisation, par 
son mode de recrutement et par le but final qu'elle 
poursuit. 

Hostile a l'Eglise catholique. 

Hostile aux institutions qui prennent pour fonde- 
ment les principes de cette Eglise. 



Mais pour donner aux lecteurs plus de lumieres 
sur cette pretendue societe de " progres intellectuel 
et moral " aussi bien que pour enlever aux freres 
tout pretexte de crier a la calomnie et a la fausse re- 
presentation, expliquons en detail les ceremonies 
d'initiation aux premiers degres magonniques, les 
doctrines qu'on y enseigne, les serments qu'on y 
prete. 

Nous saurons mieux apres ce qu'il faut penser de 
notre maconnerie canadienne. 

Avant de dire ce qu'est un magon, montrons com- 
ment on devient magon. 

Les freres font dans les loges un serment solennel 
de cacher les secrets et les pratiques de l'ordre. 

A la fin de 1'initiation au ler degre le Venerable 
recommande au nouveau magon " la plus grande 
prudence dans ses paroles et dans ses actes, pour 
que le profane le plus perspicace ne puisse pas de- 
couvrir ce qu'il ne doit point savoir." 

11 lui enjoint ensuite t " de ne jamais communiquer 
a sa famille a ses amis a ses connaissances, les prati- 
ques secretes de l'association dans ses diverses assem- 
blers " (Carlile, Manuel p. 37.) 



— 129 — 

Le Venerable a de bonnes raisons pour parler de la 
•sorte ; nous le verrons bientot. 

Mais les profanes ont interet, eux aussi, a savoir 

ce qui se passe en loges. 

" Les parents, amis et connaissances " des macons 
aimeront a connaitre ce qu'ils font dans les assem- 
blies maconiques. 

Nous allons satisfaire cette legitime curiosite. 

Pour la collation des r degres on suit dans les loges 
du rite anglais, le Manuel de Carlile. (a) 

Je le traduirai litteralement ou je Fahalyserai avec 

soin. 

Ce manuel ne dit pas tout, mais tout ce qu'il dit 
est exact, 

Je remplirai les lacunes, ou bien a l'aide du rituel 
francais, cite par Gautrelet, (b) ou au moyen de 
renseignements dont je puis en conscience, garantir 
la parfaite exactitude. 



(a) Manual of Freemasonry by Richard Carlile : London. 

(6) Gautrelet, La Franc-Maconnerie et la Revolution. Lyon, 
1872. 



TROISIEME PARTIE. 



CHAPITRE I. 

INITIATION AUX LOGES — GRADE d'APPRENTI.. 

" Une Loge est une grande salle ayant la forme 
d'un parallelogramme ou carre long. Les quatre 
cotes portent les noras des points cardinaux. La 
partie la plus reculee ou siege le Venerable s'appelle 
Orient et fait face a la porte d'entr6e. 

" Uautel est place" devant le trone du Venerable, 
un dais de couleur bleu ciel, parseme* d'etoiles d'ar- 
gent surmonte le trone. Au fond du dais, dans la 
partie superieure est un Delta rayonnant ou Gloire, 
au centre duquel on lit en caracteres hebraiques le 
nom de Jehovah. 

" A la gauche du dais est le disque du soleil, a la 
droite, le croissant de la lune. 

" A l'occident, des deux cotes de la porte d 'entree, 
s'elevent deux colonnes de bronze, dont les chapi- 
teaux sont ornes de pommes de grenade entr'ou- 
vertes. 

" Sur la colonne de gauche est tracee la lettre B 
(Boaz). 



— 132 — 

" Sur 1 'autre on voit la lettre J (Jachin). 

" Le plafond decrit une courbe. II est peint en 
bleu ciel et parseme d'etoiles." (Clavel, Hist. pitt- 
de la Mac.) 



Pour etre admis a VInitiation, le candidat doit pre- 
senter par ecrit, une demande donfc voici la teneur : 

" Au Venerable Maitre Ofnciers et Freres de 

la Loge...... No 

" Quebec. 

" Moi... de la ville de... comte de... age de... ans, 
libre par naissance et d'un age mur, declare que 
sans avoir ete influence par des amis, ni pousse par 
aucun motif mercenaire ou autre semblable ; libre- 
merit et volontairement, je me presente comme can- 
didat aux mysteres de la maeonnerie. Je suis attire 
par la bonne opinion que je me suis forme de la so- 
ciete, et par le desir de la science. Je me conforme- 
rai avec plaisir a tous les anciens usages et aux cou- 
tumes etablies de l'ordre. 



" En foi de quoi j'ai signe... ce... du mois de... en 
1'an du monde... 

" Recommande par... 

" Signature." 

(Constit. de la Grande Loge de Quebec, chap. : Des 
individus macons, § ler.) 

Si la demande est agreee, l'on conduit le candidat 
a la chambre aux reflexions et l'on procede alors a 
toilette maconnique. 



— 133 — 

Dans les loges, en effet, il y a une toilette de ri- 
gueur tout comme au bal, on exige une tenue obli- 
gatoire, et cette toilette ne manque ni de pittoresque 
ni de couleur locale. 



Toilette maconnique dn lev degr'e. 

Apres avoir depouille le candidat de son " m£tal," 
c'est-a-dire de l'argent qu'il porte sur lui, on le desha- 
bille completement de la tete aux pieds, sauf le cale- 
<jon et la chemise. S'il n'a pas de calegon, la loge lui 
en fournit un, a l'usage commun des aspirants, (a) 
Puis on. lui bande les yeux, on lui met a decouvert 
le bras droit, le sein gauche et le genou gauche, tan- 
dis que le pied droit est chausse d'une pantoufle ac- 
culee. 

Pour achever la toilette du candidat, on lui passe 
au cou une corde a noeud coulant, une vraie corde 
de pendu. Dans le langage maconnique, cela se 
nomme le u cable de remorque." 

Le Tuileur prend le bout de cette corde et mene 
notre homme vers la porte de la loge comme autre- 
fois le sacrificateur menait a l'autel le bceuf ou le 
veau destine* au sacrifice. 

Le Tuileur frappe trois coups a la porte : 

On lui demande a l'interieur : Qui est la ? 

Le Tuileur repond : " Un pauvre candidat aveugle. 
II vient de son plein gre, solliciter humblement son 



(a) Morgan, p. 6. 



— 134 — 

admission aux mysteres et privileges dela franc-ma- 
c,onnerie." 

Couvreur Int. — kC Comment espere-t-il obtenir ces 
privileges ? " 

Tuileur. — Par Paide de Dieu et d'une bonne repu- 
tation." 

Couv. Int. — "Halte! jusqu'a ce queje fasse rap- 
port, (se tournant vers le Venerable), Venerable 
Maitre, un pauvre candidat aveugle, bien recom- 
mande, regulierement propose et accepte dans une 
loge ouverte, vient, de son plein gre, solliciter hum- 
blement son admission aux mysteres et privileges de 
la franc-maQonnerie." 

Venerable. — " Comment espere-t-il obtenir ees pri- 
vileges ? " 

Couv. Int. — " Par l'aide de Dieu et d'une bonne 
reputation." 

Ven. — " Sa bonne reputation estdeja connue, mais 
le candidat est-il bien prepare ? frere gardien inte- 
rieur, l'amrmez-vous ? " 

Couv. Int.— " Je l'affirme." 

Ven. — " Admettez-le en bonne forme." 

Couv. Int. — "Entre, candidat libre et de bonne re- 
putation." 

L'assistant conduit alors le candidat au jeune dia- 
ere et celui-ci l'introduit en loge, en lui tenant la 
pointe d'une epee sur le sein gauche. 



— 135 — 

Entree en loge. 

Le Venerable s'adresse alors au candidat : " person- 
ne ne peut devenir magon a moins d'etre ne lib re et 
d 'avoir atteint Page de majorite. Je vous clemande 
done : 6tes-vous ne libre ? avez-vous 21 ans ? " 

Candidat. — " Je reponds affirmativement aux 
deux questions." 

Venerable. — " Agenouillez-vous, nous allons prier 
le ciel de benir nos travaux." 

■' Pere tout-puissant, Supreme Gouverneur de l'U- 
nivers, daigne benir nos travaux. Accorde a ce can- 
didat macon de devouer sa vie a ton service et de- 
devenir parmi nous un frere bon et fklele. Donne 
lui ta sagesse divine, pour que grace aux secrets de 
notre art magonnique, il puisse montrer les beautes 
d'une saintete veritable pour l'honneur et la gloire 
de ton nom. Ainsi-soit-il." 

Nous verrons bientot sur quelles indignites, le Ve- 
nerable ose appeler la benediction du Tres Haut. 

Venerable (au candidat). — Mr. X. dans les dimcul- 
tes et les dangers, en qui vous confiez-vous ? 

Candidat.— " En Dieu." 

Ven. — Fort bien ! puisque votre confiance est en 
Dieu levez-vous et suivez votre guide sans craindre 
aucun danger." (Carlille, Manuel du ler degre p. 5.) 



La promenade en loge. 

Le jeune diacre tenant le candidat par le " cable de 
remorque," e'est-a-dire par lacorde dependu, le pro- 



— 136 — 

mene autour de la loge du sud a l'ouest, du second 
surveillant au premier. 

Prenant la main du candidat, il en frappe trois 
fois l'epaule des surveillants et ceux-ci de demander : 
"Quivala?" 

Le candidat repond : " Un pauvre candidat aveu- 
gle... qui sollicite admission aux mysteres et privi- 
leges de la maconnerie." 

Les surveillants reprennent : " Passe, homme libre 
et de bonne reputation ! " Et il passe. 

Durant ce temps, les freres s'amusent a faire rou- 
ler des boules sur le plancher ; parfois le candidat 
est atteint, mais il faut faire bonne contenance. D 'a li- 
tres frappent du maillet sur l'enclume de marbre. 
Le candidat tressaille, puis se remettant de son emo- 
tion, il poursuit sa promenade sentimentale : 

" Passe, homme libre et de bonne reputation ! " 
Beau spectacle en verite, que celui de ce pauvre 
candidat en calecon et en chemise, les yeux bandes, 
le bras droit, le sein gauche et le genou gauche a 
decouvert, le pied droit passe dans une pantoufle 
acculee, et le cou orne de sa corde de pendu ! Char- 
mant tableau ! 

Si quelque Notman photographiait en cet equi- 
page quelque bon anglais tout tier d'etre macon, ou 
bien encore un canadien mene aux loges pour 6tre 
eclaire, puis exposait a la vitrine, il aurait du succes, 
je pense. 



— 137 — 

Les promesses d'un aveugle. 

La promenade finie, on ramene le candidat au Ve- 
nerable, qui lui adresse les questions suivantes : 

" M. X. declarez-vous sur l'honneur, que, sans 
avoir ete* circonvenu par vos amis, sans etre pouss6 
par aucun motif mercenaire, librement et volontai- 
rement, vous vous presentez comrae candidat aux 
mysteres et privileges de la franc-maconnerie." 

Candidat. — " Je le declare." 

Ven. — " Jurez-vous que la bonne opinion concue 
de notre societe, la soif du savoir, le desir d'etre plus 
utile a, vos semblables, sont les motifs qui vous 
poussent a recherchcr ces privileges ? " 

Candidat. — " Je le jure." 

Ven. — " Promettez-vous encore, sur Thonneur, que 
sans crainte comme sans temerite, vous perseverez 
avec Constance dans les ceremonies de votre initiation, 
et que une fois admis dans l'ordre, vous en observerez 
les anciens usages et les coutumes ? " 

Candidat. — " Je le promets." (Carlisle, p. 6.) 



Halte la ! candidat libre et de bonne reputation \ 
II me semble que vous allez bien vite en besogne. 
Savez-vous bien ce que vous promettez ? 

Quelles sont les ceremonies auxquelles l'on va 
vous soumettre, les epreuves qu'on va vous faire 
subir, les us et coutumes qu'on vous demande d'ob- 
server ? Etes-vous bien sur qu'il n'y aura en tou 



— 138 — 

cela rien de compromettant pour votre honneur et 
votre devoir ? 

Sur tous ces points vous etes dans l'ignorance la 
plus complete ; et cependant vous jurez ! N'est-ce 
pas la un serment a la fois aveugle et temeraire ? 

Voyez-vous la march e que suit ici et que suivra 
toujours la maconnerie vis-a-vis des imprudents qui 
se livrent a elle. 

" Jure d'abord, tu connaltras plus tard la matiere 
de ton serment. Livre-toi pieds et poings lies au 
pouvoir de l'ordre, il te dira ensuite ce qu'il exige 
de ses membres. Tu connaltras ses secrets, ses us 
et coutumes. Tout cela peut-6tre te plaira medio- 
orement. Tu songeras a reculer, il sera trop tard. 
La secte te rappellera au besoin que les serments 
maconniques ne sont pas de vaines paroles." 



CHAPITRE II. 

LES EPREUVES DU PREMIER DEGRE. 

Les epreuves vontcommencer. Ellessontstupides, 
degradantes, cruelles. Jamais societe poursuivant un 
but avouable, n'exigea de ses candidats pareilles hu- 
miliations. 

La maconnerie se vante d'etre une societe de bien- 
faisance. Son objet, dit-elle est de rendre l'homme 
libre, de le perfectionner dans ses plus nobles facul- 
tes. Or elle commence par l'avilir en le soumettant 
aux boufTonneries les plus humiliantes, par le degra- 
der, en lui faisant executer les ordres les plus absur- 
des, par le ravaler dans sa dignite d'homme en 
l'abaissant au rang du plus meprisable des esclaves. 

Fiers de leurs lumieres magonniques, les freres 
n'ont que des mepris pour les profanes. II est bon 
que ces profanes sachent enfin par quels procedes ces 
fiers macons furent aplatis pour devenir les enfanta 
de la Veuve, les fils de la maconnerie libre et acceptee. 

J'emprunterai au rituel frangais le detail de ces 
epreuves. Elles varient, ils est vrai, selon les loges et 
le degre d'imagination du fr. Terrible, l'executeur 
des hautes ceuvres maQonniques. Pourtant, au fond, 
elles sont a pen pres de meme nature, et les loges 
canadiennes, a quelque rite qu'elles appartiennent, 
travaillent a peu pres de la meme maniere que les 
loges francaises. 



— 140 — 



Les preludes du voyage. 

Le Venerable s'adressant au postulant. 

" Monsieur, vous allez subir des epreuves terribles, 
vous sentez-vous le courage de braver tous les dan- 
gers auxquels vous pouvez etre expose ? " 

Le Postulant. — " Oui, Monsieur." 

Le Venerable. — " Alors je ne reponds plus de vous ! 
Fr. Terrible, entrainez ce profane hors du temple et 
conduisez-le partout ou doit passer le mortel qui as- 
pire a connaitre nos secrets..." 

Le postulant, toujours dans son costume primitif 
en calegon et en chemise, les yeux couverts d'un 
bandeau est entraine hors de la loge. On lui fait 
faire quelques tours sur lui-meme pour le derouter, 
puis on le ramene dans la salle des Pas-Perdus. 

Un grand cadre est prepare dont le vide est ferme 
par du papier, comme les cerceaux que franchissent 
les ecuyeres dans les cirques. Des freres soutiennent 
ce cadre, instrument de la premiere epreuve. 

Le F. T3rrible demande au Venerable : " Que faut- 
il faire du profane ? " Et le venerable repond : " In- 
troduisez-le dans la caverne." 

Deux freres saisissent alors le postulant et le lan- 
cent de toutes leurs forces sur le cadre dont le papier 
livre passage en se dechirant. Deux autres freres re- 
coivent le patient sur leurs bras entrelaces. On re- 
ferme violemment la porte ; le postulant est dans la 
caverne... Suivent quelques instants de silence pro- 



— 141 — 

fond. Tout a coup le Venerable frappe un grand 
coup de maillet et fait mettre le postulant a genoux. 
On adresse une priere au Grand Architecte de V Uni- 
vers (quelle derision impie et, sacrilege !). Ensuite 
on interroge le postulant apres l'avoir fait asseoir 
sur un siege herisse d'asperites et porte sur des pieds 
d'inegale hauteur. 

Apres diverses ceremonies maconniques, on an- 
nonce au postulant qu'il va commencer son premier 
voyage en loge. 



Premier voyage maconnique. 

" Sous la conduite du F. Terrible, le postulant, les 
yeux bandes, fait trois fois le tour de la loge. II 
passe sucessivement sur des planch ers mobiles, qui 
poses sur des roulettes et herisses d'asperites, se de- 
robent sous ses pas, et sur d'autres planchers incli- 
nes en bascule qui tout a coup flechissent sous Iui 
et semblent le laisser tomber dans un abime." 

Puis il monte les degres de VEchelle sans Jin, il 
inonte toujours : s'il veut s'arreter, on lui dit de 
monter encore jusqu'a ce qu'il soit enfin parv^enu (il 
le croit du moins) a une grande hauteur. On lui 
ordonne alors de se precipiter en bas... Le postulant 
ramassant tout son courage, saute et tombe d'une 
hauteur de deux pieds. 

Cette epreuve est accompagnee d'un bruit de vent, 
de gr^le et de tonnerres, et & cette tourmente effray- 
ante se melent des vagissements d'enfants, de miau- 
lements de chats, des cris de betes feroces... 



— 142 — 

Ce sont les freres qui s'amusent au depens du pos- 
tulant, et cherchent a l'effrayer de leur mieux. 

Ainsi se termine le premier voyage. 

Le Venerable dit alors au postulant d'un ton 
grave : " Monsieur, ce voyage est une image de la 
vie. Soyez courageux dans les epreuves ! Partez, 
maintenant, pour votre second voyage en loge." 



Second voyage maconnique. 

Un passe maitre vient au devant du postulant, 
avec une epee dont la pointe est garnie d'une com- 
position chimique qu'on enflamme. II 1'agite devant 
le voyageur, les etincelles volent de toutes parts. Le 
postulant en recoit plusieurs sur les mains, le visage 
et la poitrine ; 9a bmle, rnais il faut tenir bon. Le 
Venerable n'a-t-il pas recommande la Constance ? 
D'ailleurs le serment magonnique l'exige. 

L'on conduit ainsi notre homme jusqu'au trdne du 
Venerable, et le passe maitre a l'epee flambloyante 
se retire. 

Un autre passe" maitre vient alors, avec une chan- 
delle, eclairer les pas du voyageur. Cette chandelle* 
sent mauvais et on l'approche bien pres du nez de 
la victime. 

Tout a coup, la flamme touche & du soufre habile- 
ment introduit dans la chandelle. Le candidat l'as- 
pire par le nez et par la bouche. II en a plein le 
corps. II tousse, il eternue, il suffoque, il prend des 
poses tres peu esthetiques, et les freres de rire aux 



— 143 — 

Eclats ! Le tour est si spirituel, si delicat, si propre & 
preparer l'esprit du profane aux lumieres macon- 
niques ! 

Le second voyage est termine. 

Le troisieme s'accomplit a pell pres avec les me- 
mes peripeties et les memes epreuves. 

" Monsieur, dit le Venerable au postulant, nous 
connaissons maintenant votre Constance dans les 
epreuves : je ne saurais trop louer votre courage. 
Qu'il ne vous abandonne pas cependant, car il vous 
reste encore d'autres epreuves a subir. La societe 
dans laquelle vous desirez d'etre admis, exigera peut- 
Ure que vous versiez pour elle jusqu.a la derniere goutte 
de votre sang. Etes-vous prU f " 

Le postulant. — " Je le suis." 

Le Venerable.—" Nous avons besom de nous con- 
vaincre que ce n'est pas la une vaine assurance. 
Voulez-vous qu'on vous one re la veine a Vinstant ? " 

u he postulant ayant conscnti, on lui pratique tres 
legerement la saignee, mais par un artifice qu'il est 
inutile d'expliquer ici, on lui fait croire que le sang 
s'echappe en abondance, et quand l'operation est 
censee avoir suivi son cours, on lui fait tenir son 
bras en echarpe." (Gautrelet, p. 207.) 



Le sceau maconniqne. 

Le Venerable lui dit alors ces graves paroles : 
" Monsieur, tout profane qui sefait recevoir macon cesse 
de s'appartenir ; il n'est plus a lui, mais il appartient a 



— 144 — 

un ordre qui est repandu sur toute la surface du globe ; 
et pour que la difference des langues n'emp&che pas 
un macon d'etre reconnu pour tel, il existe dans 
toutes les loges de l'univers, un sceau charge do 
signes hieroglyph iques conn us des seuls vrais m aeons, 
Ce sceau apres avoir ete rougi au feu etant applique* 
sur le corps, y imprime une marque ineffacable. 
Consentez vous, Monsieur, a recevoir sur la partie 
de votre corps que vous indiquerez, cette empreinte 
glorieuse, afin de pouvoir dire aux freres en la mon- 
Irant : Et moi aussi, jo suis macon ? " 

Le Postulant repond: j'y consens. 

" Fr. Expert, dit le Venerable, faites votre office. 

On applique sur la partie du corps indique ou le 
cote brtilant d'une bougie qu'on vient d'etendre, ou 
un petit verre qu'on a legercment chauffe avec du 
papier enflamme, ou bien encore on frotte la peau 
avec un linge sec. puis on y pose tres prestement un 
glacon ou un corps froid. Le tour est joue. (Gautre- 
let : La franc-maconnerie p. 210). 



Les ^preuves sont rinies. 

Quelle conclusion pouvons nous en tirer ? precise- 
ment celle que le Venerable indique au candidat : 
u Monsieur tout profane qui se fait macon cesse de 
s'appartenir. lis appartient a un ordre repandu 
sur toute la surface du globe." 

Ce n'est plus un hommc, c'est un esclave. II doit 
obeir. 

Concoit-on que des hommes serieux, des avocats 



— 145 — 

des medecins, des jeunes gens tiers do leur honneur 
consentent a se laisser degrader de la sorte ? 

II ignoraient sans doute la riguear des epreuves 
magonniques, car on recommande sur ce point un 
silence absolue aux membres. Une fois entres en 
loge, il a fall u aller jusqu'au bout. Le serment y 
obligeait. 

Canadiens catholiques vous saurez du moins de- 
sormais ce qu'on vous propose, quand on veut vous 
faire devenir macons. 



CHAPITRE III. 



LE SERMENT DU PREMIER DEGRE. 



Le Venerable s'adressant au candidat : 

" Monsieur, lui dit-il, mon devoir est de vous aver- 
tir que la magonnerie est libre et reclame de ses can- 
didats une parfaite liberie d'inclination pour ses 
mysteres. Fondee sur les principes les plus purs de 
la piete et de la vertu, elle possede des privileges 
grands et inappreciables, et les donne a ceux qui le 
meritent, mais a ceux-la seulement. 

Elle exige des serments. Pourtant, soyez stir que 
dans ces serments, il n'y aura rien d 'incompatible 
avec vos devoirs civils, moraux et religieux. (a) 

Etes-vous done decide a preter ce serment solen- 
nel fonde sur les principes que je viens de vous ex- 
poser, et a garder inviolable les secrets et les mys- 
teres de l'ordre." 

Le candidat repond : " Je le suis." 

" A cette periode de l'initiation, dit Morgan, plu- 
sieurs candidats, effrayes par les epreuves qu'ils ve- 
naient de subir, ont voulu profiter de l'offre que 
semblait leur faire le Venerable, " la maconnerie est 
libre, etc." lis ont demande la permission de se re- 



(a) Nous verrons plus loin l'audacieuse faussei^ de ces paro Ie& 



— 147 — 

tirer, Mais cette permission leur a toujours ete inva- 
riablement refusee. 

Par persuation ou par force, ils ont du aller de 
l'avant et prononcer le serment maconnique. 

Aussi continue l'auteur americain, des milliers de 
macons n'ont jamais voulu retourneraux loges apres 
leur initiation. (Morgan, p. 17.) 

Bientdt du reste nous entendrons le Venerable 
nous dire lui-m6me ce qu'est cette etrange liberie 
qu'on offre alors au postulant. 

Des que celui-ci a consenti a pr&ter le serment, le 
Venerable lui dit : 

" Agenouillez-vous sur le genou gauche, tenant 
votre pied droit en forme d'equerre ; placez la main 
droite sur ce livre qui est le volume sacre de la loi r 
et de la main gauche supportez sur votre sein gauche, 
la pointe de ce compas, puis, repetez avec moi la 
formule du serment." 

Remarquons l'habilete de la maconnerie. Le ser- 
ment de l'apprenti renferme des menaces telles, que 
si le postulant les connaissait d'avance, il hesiterait 
a les prononcer ; peut-etre meme songerait-il a, recu- 
ler. 

On ne lui donnera pas cette chance. 

Le Venerable administre le serment en prononcant 
seulement trois mots a la fois, et en les faisant de 
suite repeter au postulant, celui-ci ne sait vraiment 
ce qu'il a jure qu'a la fin du serment. Alors il est 
trop tard pour se retracter, la maQonnerie le tient en 
sa puissance. 

Voici d 'apres le manuel de Carlile le serment de 



— 148 — 

l'apprcnti tel qu'il se prete dans toutes lcs loges ca- 
nadiennes. 



Moi N, en presence du Grand architecte de l'uni- 
vers et de cette loge legitime, digne et Venerable de 
macons libres et accepted, regulierement assembled 
de mon plein gre et consentement : 

Jejure tres solennellement et sincerement de cacher, 
couvrir et ne jamais reveler, ni en tout ni en partie, 
ni sur un point, ni sur plusieurs, les secrets et mys- 
teres des macons libres et acceptes : Secrets et mys- 
teres qui m'ont ete, me seront maintenant, ou pour- 
ront peut-etre m'etre confies dans la suite ; a moins 
que ce ne soit a un frere ou a des freres veritables et 
en regie avec l'ordre, et encore, dans ce cas, je ne le 
ferai pour ce frere ou ces freres qu'apres line epreuve 
concluante et decisive, un stricte examen, ou une 
assurance positive d'un macon bien connu que ce 
freres ou ces freres sont clignes de toute confiance, 
ou enfin devant une loge reguliere juste et parfaite 
de macons libres et acceptes." 

Je jure en outre solennellement de ne jamais ecrire 
ces secrets, de ne jamais les imprimer, graver ni 
lithographier, ni decrire d'une maniere quelconque. 
Je ne le ferai pas faire par d'autres. Je m'opposerai 
de toutes mes forces, a ce qu'on le fasse, sur quoi 
que ce soit ici bas meuble ou immeuble, en sorte 
qu'une lettre, un caractere une figure, ou m^me la 
moindre partie d'une lettre, d'un caractere, d'une 
figure, puisse §tre lisible ou intelligible pour moi ou 
pour qui que ce soit au monde, et qu'ainsi nos 



— 149 — 

secrets, arts et mysteres caches ne soient connus par 
mon indigne conduite. 

" Je jure solennellement d'observer ces differents 
points, sans equivoque ou restriction mentale d'au- 
cune sorte." 

" Si je viole la moindre de mes obligations, je 
consens a avoir la gorge coupee, la langue arrachee par 
la ratine, le corps enseveli dans le sable de la mer a 
mar'ee basse, ou a line longueur de cable du rivage, 
la ou le riot monte et descend regulierement en vingt- 
quatre heures 

" Ou bicn, peine plus efficace encore, d'Urefletri 
comme an vil parjure, un homme sans valeur morale 
indigne d'etre regu dans cette loge ou dans aucune 
autre loge legitime et society de macons qui estiment 
l'honneur et la vertu plus que tons les avantages 
exterieurs du rang et de la fortune." 

" Que Dieu me soit en aide, et me garde fidele a" 
ce grand et solennel serment d'apprenti magon 
(Carlisle's Manual of Free-Masonry p. 9). 

Tel est le serment de l'apprenti dans la maconnerie 
anglaise, a quelque rite qu'elle appartienne. 

II est aussi le meme dans la maconnerie frangaise. 
II n'y a que quelques legeres differences dans les 
expressions, mais, obligations, menaces penalites 
tout cela est identique : 

Voici le serment de l'apprenti, suivant le rituel 
franQais. 



— 150 — 

Servient de Vapprenti dans les loges frangaises. 

" Je jure, an nom de PArchitecte Supreme de tous 
les mondes, de ne jamais reveler les secrets, les signes 
les attouchements, les paroles, les doctrines et les 
"usages des francs-macons, et de garder la dessus un 
silence eternel." 

" Je promets etje jure a Dieu de n'en jamais rien 
trahir, ni par la plume, ni par signes, ni par paroles 
ni par gestes : de n'en jamais rienfaire ecrire, nilito- 
graphier, ni graver, ni inprimer, de ne jamais publier 
ce qui m'a ete con tier jusqu'a ce moment, et ce qui 
le sera encore a l'avenir. Je m'engage et je me sou- 
mets a la peine suivante si je manque a ma parole : 
qu'on me brule les levres avec un fer rouge, qu'on 
me coupe les mains, qu'on m'arrache la langue, qu'on 
me tranche la gorge que mon cadavre soit pendu dans 
une loge pendant le travail de l'admission d'un nou- 
veau frere pour etre la netrissure de mon infidelity 
et l'effroi des autres ; qu'on le brule ensuite et qu'on 
•en jette les cendres au vent afin qu'il ne reste plus 
.aucune trace de la trahison " (St- Andre, p. 440. Voir 
tous les rituels maconnique.) 

Comme on le voit, dans le rite francais la formule 
du serment finit avec la penalite de " la gorge coupee " 
Elle ne mentionne pas l'autre alternative " d'etre 
fletri comme jDarjure, etc..." que le rituel anglais 
laisse au macon coupable. 

Cette alternative, du reste, est de date recente. Les 
anciens masons l'ignoraient. On l'a probablement in- 
troduite dans le rituel pour adoucir un peu la fero- 



— 151 — 

cite des menaces, et tromper les profanes qui igno- 
rent les mceurs veritables de la franc-maconnerie. 

Quoi qu'il en soit, les vieilles menaces existent 
toujours, et toujours aussi l'ancienne penalite sub- 
siste. 



Voilh done comment on devient macon. 

Pour une societe qui se vante d'etre une grandc 
" ecole de moralite et de vertu," qui pretend eclairer 
ses membres et les perfectionner aim qu'ils puissent 
" mener la societe a sa perfection morale," ce sont la 
de singuliers moyens de recrutement et de prepa- 
ration ! 

Vous attirez, dites-vous, les hommes dans vos lo- 
ges pour les rendre " meilleurs et plus heureux." 

Alors qu'est-il besoin d'effrayor vos candidats par 
ces epreuves redoutables ? 

Vous enseignez la vertu et la plus pure morale. 
Pourquoi done exiger, par un serment terrible, le 
secret le plus inviolable sur des enseignements si 
precieux ? 

Vous cherchez la perfection de i'huiiianite. A 
quoi bon ces mysteres ? Pourquoi cette defense faite 
aux apotres du progres, de rien reveler des doc- 
trines destinies a obtenir un but si glorieux ? 

Vit-on jamais contradiction plus flagrante entre 
un but que 1'on pretend honnete et les moyens em- 
ployes pour l'atteindre ? 

Au lieu d'assister a une assemblee " d 'hommes 



— 152 



sages et vertueux," ne croirait-on pas voir plutot un 
conciliabule de conspirateurs, tramant un complot 
contre la religion et la societe ? 

Evidemment, la magonnerie ne veut pas et ne peut 
pas tout dire a l'initie du premier degre. 

II apprendra plus tard la raison de ce silence 
mysterieux. 



CHAPITRE IV. 

LE NOUVEAU MAQON VOIT LA LUMIERE. 

Secrets du premier degre. 

Quand le postulant a prononce le serment macon- 
nique, le Venerable lui adresse ces paroles : 

" Monsieur, apres avoir ete si longtemps dans les 
tenebres, quel est main tenant le plus ardent desir de 
votre coeur ? " 

Le postulant repond : " Voir la lumiere." Ce desir 
est legitime. II y a plus d'une heure en effet que le 
malheureux porte son bandeau sur les yeux. 

Le Venerable dit alors au jeune diacre : 

" Faites voir la lumiere au candidat." 

" Tous les membres, forment cercle autour du pos- 
tulant, lis frappent des mains et du pied droit le 
plus fort qu'ils peuvent pendant qu'on enleve le ban- 
deau du candidat. Celui-ci apres avoir ete si long- 
temps dans les tenebres, se trouve tout-a-coup en face 
d'une lumiere eblouissante, et parfois, cela produit 
les effets les plus alarmants. J'ai connu, dit Morgan, 
un homme qui s'evanouit en ce moment, et l'on eut 
bien de la peine a lui faire reprendre ses sens. De- 
puis ce jour, il ne remit plus jamais le pied dans une 
loge." (Morgan, p. 20.) 
7 



— 154 — 

Dans d'autres loges, les freres entourent le postu- 
lant avec des epees nues dont la pointe est dirigee 
vers sa poitrine. u Ces ep6es, dit le Venerable, pro- 
tegent le macon fidele, mais aussi elles punissent le 
traitre. Tremblez ! " 

" Monsieur, continue le Venerable, par votre con- 
duite douce et candide, vous avez echappe ce soir a 
deux grands dangers, mais il en est untroisieme qui 
vous menacera jusqu'a la derniere heure de votre 
existence." 

" A votre entree en loge, on presenta cette 6pee a 
votre sein decouvert. Si vous vous etiez pr£cipite te- 
merairement en avant, vous vous donniez la mort 
sur ce glaive. Le frere qui tenait l'epee n'eut pas ete 
responsable de cet acte, il n'etit fait qu'accomplirson 
devoir." 

" De plus, la corde a nceud coulant que vous por- 
tiez au cou, vous interdisait toute tentative de re- 
traite. Elle vous eOt etrangle, si vous eussiez voulu 
reculer." 

" Voila les deux dangers auxquels vous avez 
echappe." 

II en existe un troisieme, et celui-la vous mena- 
cera jusqu'a la derniere minute de votre existence : 
c'est la penalite de votre serment: d'avoir la gorge 
coupee plutbt que de reveler les secrets de la franc-macon- 
nerie." (Carlile, p. 7.) 

Voila certes, une etrange revelation. 

Que signifiaient alors les paroles du Venerable ? 
" que la ma^onnerie est libre, qu'elle demancle une 
inclination libre pour ses mysteres." Ce n'£tait done 
la qu'hypocrisie et mensonge ? 



— 155 — 

Des qu'on entre aux loges, la liberte disparait. II 
faut aller de l'avant, se soumettre, obeir. 

Le Venerable continue : 

" Maintenant que vous avez prete le serment so- 
lennel de la maconnerie, je puis vous ap prendre qu'il 
y a differents degres dans l'ordre. Chaque degre a 
ses secrets particuliers. Ces secrets ne sont pas com- 
muniques a tous sans distinction, mais on les donne 
au candidat selon son merite et ses aptitudes" 

" Je vais vous instruire du signe de votre clegre et 
des marques qui nous servent a nous connaitre les 
uns les autres et a nous distinguer des profanes." 

" Avancez vers moi d'un pas, partant clu pied 
gauche, et portant le talon droit dans le creux de 
1 'autre pied." 

" C'est le premier pas maconnique, et c'est aussi 
dans cette position que sont communiques les secrets 
du premier degre." 



Secrets du premier degre. 

Ces secrets consistent en un signe, un attouchement, 
un mot de passe. 

Le Signe : Placez ainsi votre main droite — (hori- 
zontal, le pouce tendu en equerre, s'appuyant sur 
le cote gauche de la gorge.) 

Le signe est donn6 en tirant vivement la main 
d'un c6te a l'autre de la gorge, et en la laissant tom- 
ber le long du flanc. C'est une allusion a votre ser- 



— 156 — 

ment : " comme homme d'honneur et comme macon 
vous prefereriez avoir la gorge coupee plutot que de- 
reveler nos secrets." Voila" le signe. 

V attouchement se fait en pressant le pouce de la 
main droite sur la premiere phalange (a partir du 
poignet), du premier doigt de la main droite de votre 
interlocuteur, et en saisissant ce doigt avec la main.. 

Get attouchement demande un mot. Ce mot, les 
macons le tienne en haute estime, car il garde leurs 
privileges. lis ne sauraient done prendre trop de pre- 
cautions, quand ils le communiquent. II ne faut ja- 
mais le donner en entier, mais seulement par lettres. 
ou par syllabes. 

Ce mot, e'est Boaz. 

Le jeune diacre va vous enseigner la maniere de 
le dire. 

Le jeune diacre vient alors donner l'attouchement 
au macon et lui demande : " Qu'est-ce que cela ? " 

Le ma^on repond : " l'attouchement de l'apprenti.n 

Jeune diacre : " Que demande cet attouchement? " 

Fr£re ... " Un mot." 

Jeune diacre : " Quel est ce mot ? " 

Frere ... " A mon initiation, l'onm'a recommandd 
la prudence. Je vous dirai ce mot en l'epelant avec- 
vous. Commencez : 

Jeune diacre : " B " 

Frere... " " 

Jeune diacre : "A" 

Frere ... a Z » 



— 157 — 

Jeune diacre : u C'est le nom de la colonne gauche 
du temple de Salomon. II signifie Force." 



Le premier surveillant presente alors au nouveau 
frere le tablier maconnique " plus ancien que la 
Toison d'or ou l'Aigle Romaine, plus honorable que 
l'ordre de l'Etoile ou de la Jarretiere, c'est l'embleme 
de l'innocence et de l'amitie." 

Ensuite on apprend au macon que " la charite est 
la vertu caracteristique de Vordre." 

Les masons se trouvent repandus dans tout l'uni- 
vers, les uns sont riches, mais d'autres sont pauvres. 
On invite done le nouveau frere a faire immediate- 
ment la charite. 

Le macon de r^pondre : " L'on m'a depouille de 
tout mon argent, sans celaje donnerais liberalement.' , 

Le Venerable l'invite a queter parmi les freres. 
II va de l'un a l'autre clemander l'aumdne, mais sans 
succes... On lui explique alors la signification sym- 
bolique de cette ceremonie. 

C'etait d'abord pour eprouver ses principes : puis 
pour montrer qu'au moment de 1 'initiation, il n'a- 
vait aucun argent sur lui, autrement l'initiation eut 
•^te nulle, enfin pour l'engager a secourir ses freres : 
■" se souvenant qu'il a ete regu dans la maconnerie, 
pauvre et sans ressources." 

" Maintenant, continue le Venerable, vous pouvez 
vous retirer et reprendre vos habits. A votre retour 
-en loge, je vous instruirai de l'excellence de notre 
ordre et des devoirs de ses membres." 



— 158 — 

Quand le nouveau frere revient en loge, le Vene- 
rable lui donne ^instruction maconnique du pre- 
mier degre. Cette instruction est longue. Elle ne 
comprend pas moins de sept differentes sections, et 
chaque section renferme trois clauses ou chapitres. 

" C'est la, dit le Venerable, que l'on depeint la 
vertu sous les couleurs les plus magnifiques, et que 
l'on enseigne tous les devoirs de la plus stricte mo- 
ralite. Les principes de la science sont imprimes 
dans la memoire par des images saisissantes et de 
nature a influencer la conduite dans l'accomplisse- 
ment de nos devoirs sociaux." (Carlile.) 

Nous verrons plus loin ce que vaut la doctrine 
religieuse et sociale de la maconnerie. 

Un banquet solennel termine l'initiation au pre- 
mier degre. 

Le Venerable recommande aux freres qui vont se 
livrer a " une joie innocente " d'eviter les exces... les 
discours obscenes et l'intemperance. 

Pour des hommes " sages et vertueux " ces avis 
sembleraient inutiles. 

Pourtant le Venerable est le meilleur juge des avis 
convenables a donner a ses subordonnes. 

Puis il leur enjoint le silence vis-a-vis des profa- 
nes... de la famille et des amis, et il les exhorte a 
" cultiver l'amitie fraternelle, le fondement, la cle cle 
voute, le ciment et la gloire de cette ancienne frater- 
nite... afin que le monde voit encore comme il a vu 
et comme il verra toujours la bienfaisante influence 
de la franc-ma9onnerie." 

Amen, so mote it be. 

(Carlile, Manual of Freemasonry, p. 38.) 



CHAPITRE V. 

AVANCEMENT AU DEUXIEME DEGRE MAgONNIQUE. 

LE COMPAGNON OU FELLOW CRAFT. 

L'interieur de la loge est le meme qu'au premier 
degre, seulement on suspend la lettre G au gazelier 
qui se trouve au milieu de la salle. 

Le Venerable. — ouvre la loge au second degre : 

Venerable— " mes freres, le fr. X. se presente ce 
soir pour le second degre, mais il faut voir d'abord 
s'il donnera des preuves de progres dans le premier." 
Apres cet examen, le Venerable continue. 

" Frere X. venez ici, jurez vous sur votre honneur 
cl'homme, et votre fidelite de maQon, de perseverer 
avec Constance dans les ceremonies de votre avance- 
ment au second degre ?" 

Le Candidat.— " je le jure." 

Venerable. — " jurez vous egalement de cacher ce 
que je vais vous reveler avec le meme soin que les 
autres secrets maconniques ? 

Candidat. — " je le jure." 

Quelles sont ces ceremonies et ces secrets? Le 
candidat l'ignore, mais il jure cependant de les 
observer. 

C'est toujours la rn^rne tactique. 

Apres avoir re§u ce serment du candidat, le Vene- 
rable continue : 



— 160 — 

" Je vais vous confier, puisque vous en 6tes digne, 
l'attouchement et le mot de passe qui m6ne a" la 
porte de la loge oil vous voulez entrer. L'attouche- 
ment se donne en pressant le pouce dela main droite 
«ntre les joints du premier et du second doigt de la 
main droite d'un frere. Cet attouchement demande 
un mot de passe. Ce mot est Shibboleth. II signifie 
abondance. On le represente ordinairement dans noa 
loges par un epi de ble pres d'une chute d'eau. 

Rappelez vous ce mot, car sans lui, vous ne pour- 
riez pas obtenir votre entree dans une loge supe- 
rieure." 

Le Candidat se retire pour proceder a la 



Toilette maconnique. 

Au second degre le bandeau et la corde ont dispa- 
ru, mais le postulant, toujours en caleQ-on et en che- 
mise, a le bras gauche, le sein droit et legenou droit 
a decouvert, tandis que le pied gauche est chausse 
■d'une pantoufle acculee. 

On l'introduit en loge avec les memes formalites 
-qu'au premier degre. Le Venerable le recoit au nom 
4t du Grand Geometre de l'Univers," puis il lui fait 
faire trois fois le tour de la loge, en donnant l'attou- 
chement et le mot de passe, alors il lui dit : 

" Agenouillez-vous sur le genou droit, placant 
votre pied gauche en forme d'equerre. Tenezle corps 
droit, placez la main droite sur le volume sacre* de 



— 161 — 

la loi et supportez le bras gauche sur Fequerre... 
puis repeter apres moi les paroles du serment." (a) 



Serment du compagnon. 

"Moi X... en presence du Grand G6ometre do 
l'Univers, dans cette loge venerable et legitime de 
compagnons macons, diiment constitute, reguliere- 
mcnt assemblee et onverte selon les regies, de mon 
plein gre etconsentement, je promets solenncllement 
etje jure de toujours celer, cacher, et nc jamais re- 
veler a celui qui n'est qu'apprenti, ou a ccux qui ne 
sont pas inities et qui ne sont pas macons, les secrets 
et mysteres du second degre de la magonneric, connu 
sous le nom de compagnon." 

" De plus, je jure solennellement d'agir comme un 
vrai et fidelc compagnon ; d'obeir aux signes et do 
maintenir les principes qui m'ont ete inculques dans= 
le premier degre." 

" Je jure d'observer tous ces points sans evasion,. 
Equivoque ou restriction mentale d'aucune sorte,. 
sous peine, si je les viole, d'avoir, en outre de mes 
premieres obligations, le sein gauche ouvert, h cceur 
arrache etjete en pdture aux oiseaux du ciel et aux bttes- 
de la terre." 

" Que le Tout-Puissant me soit en aide, et mo 
garde fidele a ma grande et solennelle obligation do 
compagnon." (Carlile's manual, p. 43.) 



(a) Ce serment se donne comme celui du premier degr£, sen- 
ment trois mots a la fois. 



— 162 — 

Faisons quelques courtes remarques sur ce ser- 
ment : 

1°. II maintient les penalites du premier degre (la 
gorge coupee, etc.), et en ajoute de nouvelles. 

2°. L'alternative de " la netrissure maQonnique " 
laissee dans le premier degre au ma<?on infidele, dis- 
parait an second. II n'est plus question que du cha- 
timent barbare qui menace le macon indiscret on 
traitre... d'avoir " le sein ouvert... le cceur arrache, 
etc..." 

3°. Le compagnon s'engage au silence le plus 
complet, vis-a-vis de l'apprenti, et cependant il l'ap- 
pelle " frere," il se dit comme lui enfant de la meme 
m&re ! 

Singuliere fraternite que celle-la ! Comme elle est 
loin de la charite chretienne qui unit ensemble les 
enfants de 1'Eglise ! 



Les secrets du compagnon. 

Quand le serment a ete prononce, le Venerable dit 
au nouvel elu : " Levez-vous, compagnon magon. Je 
vais maintenant vous instruire des secrets du second 
degre." 

lis consistent en un signe— un attouchement — un 
mot de passe. 

Le 
II est divise en trois parties 



— 163 — 

Signe defidelite. — II vous apprendra a, cacher nos 
secrets aux cowans. (1) Le voici : Pressez la main 
droite sur votre sein gauche, en etendant le pouce 
de maniere a former equerre. 

Signe d'appel. — " Elevez le bras gauche et tenez le 
horizontal depuis l'epaule jusqu'au coude, et vertical 
du coude a la main le pouce etendu pour faire 
6querre avec le premier doigt." 

Signe penal— ■" Tirez la main droite d'un travers a 
l'autre de la poitrine, et laissez la retomber le long 
du cote." 

" C'est une allusion a votre serment, que, vous 
prefereriez avoir le coeur arrache de la poitrine plu- 
tot que de reveler temerairement les secrets de votre 
deiireV' 



Vattouchement. — Le mot de passe. 

" Pressez le pouce do la main droite sur la pre- 
miere phalange du second doigt de la main d'un 
frere mac, on." 

" Cet attouchement dcmande un mot, et ce mot 
est " Jachin." 

" C'etait le nom du pilier droit du temple de Sa- 
lomon. II signifie " etablir." 

II faut dormer ce mot en usant des plus grandes 
precautions, comme au premier degre, et seulement 



(a) " On designait sous ce nom les Rois et ceux qui perseculerent 
la mayonnerie." (Carlile, p. 3). Les Papes sans doute ! 



— 164 — 

par lettres ou par syllabes. Le vieux diacre vous 
•enseignera les reponses a faire... 

Plusieurs officiers de la loge viennent alors don- 
ner au nouveau compagnon, l'attouchement du de- 
gre, et lui demander le mot de passe : 

— " Qu'est-ce que cela ? " 

— " L'attouchement du compagnon." 

— " Que demande-t-il ? " 

— " Un mot." 

— " Donnez-le moi ? " 

— " L'on m'a recommande pour ce degre une aussi 
grande prudence qu'au premier. Je l'epelerai avec 
vous par lettres ou syllabes. 

— " Comme vous voudrez, commencez : " 

— " Ja," dit le compagnon. 

— " Chin," repond son interlocuteur. 

— " Jachin," reprend le compagnon. 

Le mot de passe est donne. 

Le Venerable confere alors au compagnon l'insi- 
gne de son degr6, puis il passe a l'instruction reli- 
gieuse, dont nous nous occuperons plus loin. 

Apres l'instruction religieuse vient l'instruction 
maconnique : le catechisme ou l'on fait repeter au 
compagnon les enseignements qu'il a regus. Enfin 
le Venerable ferme la loge " au nom du Grand Geo- 
metre de l'univers." 



CHAPITRE VL 

TROISIEME DEGRE MAgONNIQUE — LE MAITRE MACON. 

" La loge de maitre estdecoree en noir. Sur l'autel 
■est un crane humain et une lampe a esprit de vin 

allume. Sur le tapis un cercueil la loge est 

obscure. Tous lesfreres, sonthabilles en noir, etdans 
quelques loges on met un tablier noir sur lequel se 
trouve broclee une tete de mort." (Eckert, Franc- 
macon t. I. p. 52). 

Les preliminaires ressemblent a ceux des degres 
precedents. 

La toilette de rigueur, c'est d'avoir les deux bras, 
les deux seins et les deux genoux a decouvert. les 
pieds sont chausses de pantoufles acculees au talon. 

Dans cet etat l'on amine le candidat au Venerable 
qui lui dit d'un ton grave. " II est juste, Monsieur 
de vous avertir qu'on vous prepare une epreuve 
tres serieuse pour votre courage, en raeme temps 
qu'on va vous demander un serment des plus solen- 
nels ^tes vous pret a accepter l'une et l'autre ?" 

Un candidat voulant agir en homme libre et pru- 
dent repondrait alors au Venerable. 

" Venerable.— je suis courageux, pourtant j'aime- 
rais a connaitre d'avance l'epreuve dont il s'agit. 
Quelle est-elle ? 

" Vous me demandez un serment des plus solen- 
nels. Un homme prudent ne peut contracter pareille 



— 166 — 

obligation, sans en connaitre les termes et sans en 
examiner les consequences. 

Quel est done ce serment solennel? 

Voila ce que dirait un homme libre et raisonnable. 
Mais la maconnerie veut, non des hommes qui exa- 
minent et discutent, mais des esclaves. 

Jure d'abord, obeis ensuite ! Telle est la theorie 
de l'ordre, et telle est aussi sa pratique. 

Le Candidat repond affirmativement aux deux 
propositions du Venerable. 

Alors on le fait agcnouiller au pied de i'autel. 

II pose les deux mains sur la Bible et repete, 
apres le Venerable le serment du maitre macon. 



Serment du maitre magon. 

" Moi, X... en presence du Tres Haut et de cette digne 
et venerable loge, dument constitute, regulierement 
assemblee et ouverte selon les regies ; de mon plein 
gre et consentement, je promets solennellement et je 
jure de toujours celer, cacher et ne jamais reveler les 
secrets et mysteres du degre de maitre magon, a per- 
sonne au monde, si ce n'est a celui ou k ceux a qui 
legalement et justement je f r puis le faire. Encore ne 
le ferai-je pour eux qu'apres avoir par epreuves et 
strict examen, obtenu la conviction qu'ils en sont 
dignes et qu'ils appartiennent h une loge de maitre 
magon." 

" De plus, je jure solennellement de ne pas reveler 



— 167 — 

les secrets du troisieme degre a celui qui n'est que 
compagnon macon, de meme que le compagnon doit 
cacher les secrets de son degre a celui qui n'est en- 
core qu'apprenti. Tous ces secrets, je ne les revelerai 
a personne au moride, si ce n'est a de vrais et fideles 
freres macons." 

" Je m'engage a obeir aux signes legaux et aux 
or dres que me donnera une loge de maitres macons, 
pourvu qu'ils soient compris dans mes obligations. 
Je n'apporterai aucune excuse, excepte la maladie 
ou l'urgence ])ressante de mes occupations privees 
ou publiques." 

" Je jure solennellement de maintenir et d'obser- 
ver en paroles et en actes, les cinq points du compa- 
gnon maconnique." 

' ; Ma main donnee a-un ma§on sera un gage cer- 
tain de fraternity." 

" Mon pied traversera dangers et difficultes pour 
se mettre pres du sien et former une colonne de de- 
fense mutuclle et de surete." 

" La position que je prendrai dans mes prieres 
quotidiennes me rappellera ses besoina et disposera 
mon cceur a soulager ses infortunes, autant que je 
pourrai le faire, sans detriment pour moi et les 
miens." 

" Ma poitrine gardera comme chose sacree, les se- 
crets qu'il me confiera. Toutefois le meurtre, la tra- 
hison et la felonie et autre offense contraire a la loi 
de Dieu, et aux reglements du royaume, font excep- 
tion a cette regie en tous temps, ou a mon propre 
choix." 



— 168 — 

11 Enfin, je defendrai le caractere d'un macon en 
eon absence aussi bien qu'en sa presence. Je ne le 
mepriserai pas moi-meme et je ne le laisserai pas 
mepriser par d'a litres, mais je repousserai hardimeirt 
toute calomnie contre son honneur, etje respecterai 
strictement la chaste de ceux qui lui sont chers, c'est- 
a-dire, la personne de sa femme, de sa sceur et de 
son enfant. Je n'aurai avec eux, le sachant bien, au- 
cune relation charnelle illegitime." 

" Je jure encore solennellement de ne jamais faire 
le moindre tort a un macon et de ne pas soufFrir 
qu'on lui en fasse, sans 1'en avertir de suite. Je pre- 
f ererai aussi toujours un maQondans mes entreprises, 
et je le recommanderai aux autres selon mon pouvoir 
tant qu'il agira honnetement, honorablement et fide- 
lement vis-a-vis de nioi et des autres." 

" J'observerai tous ces points sans equivoque ni 
restriction mentale. Si je manque a l'un d'eux, je 
consens a avoir le corps coupe en deux, les entrailles 
arrachees et brillees, et les cendres jetees aux quatre vents 
du del, en sorte qu'il ne reste de moi aucun souvenir 
parmi les hommes, et surtout parmi les macons." 

" Que Dieu me soit en aide, et me garde fideie a 
cette grande et solennelle obligation de maitre ma- 
§on." (Carlile, Manuel, p. 65.) 



Reflexions sur le serment du maitre. 

Voila done le serment du maitre macon. 

Avant de passer outre, faisons quelques observa- 
tions : 



— 169 — 

1°. Le maitre jure de ne rien dire des secrets de 
son degre au compagnon macon, et celui-ci fait le 
mSme serment vis-a-vis de l'apprenti. Ponrtant, 
apprenti, compagnon et maitre s'appellent freres et 
■se disent enfants de la m^me mere. 

Singuliere fraternite que celle-la ! 

"2°. Le maitre jure d'obeir aux signes Vegaux et mix 
ordres d'une loge de maitre mac,on : 

Voila une obligation bien vague et bien risquee. 
Si par hasard, la loge vous commandait un jour 
quelque besogne compromettante, que feriez-vous ? 

" La maconnerie est morale, me direz-vous, elle 
n'ordonne rien que d'honorable et de juste." 

En etes-vous bien stir ? 

Vous avez prete k bien des serments ^depuis votre 
entree en loge. 

Serment de Papprenti : " Que l'on me coupe la 
gorge si je trahis les secrets de la franc-maconnerie." 

Serment du compagnon : " Que l'on m'arrache le 
sein gauche et le cceur." 

Serment du maitre : " Que l'on m'ouvre le ventre, 
qu'on brule mes entrailles, si je manque a mes enga- 
gements ma^onniques." 

Sont-ce la des menaces pueriles et sans portee ? 
ou faut-il les prendre au serieux ? 

La maconnerie elle-mSme les prend-elle au se- 
rieux ? Le macon infidele a ses serments, ne promet 
pas, il est vrai, de se suicider, mais il se resigne & 
eubir sa peine de la main d'un autre. 

u En jurant de garder les secrets de l'ordre, dit le 



— 170 — 

fr. Bazot dans son Manuel approuve par le Grand 
Orient de France, Vapprenti se voue en cas oVinjraction 
a I 'execution de sesfrercs" (Manuel, p. 19, 21.) 

II en est de meme du compagnon et du maitre. 
Voila qui est clair. 

Les loges anglaises et americaines sont elles plus 
indulgentes pour les masons coupables ? 

L'assassinat de William Morgan en 1829, semble- 
rait prouver le contraire. 

Sachez bien une chose : la franc-mag onnerie est 
serieuse. Tout ce qu'elle promet a ses membres, 
elle le donne. 

3°. Vous jurez encore d 'observer les cinq points 
du compagnonnage maconnique. 

Libre k vous, Messieurs, de commencer votre ceu- 
vre sociale, en vous formant d'abord en compagnie 
d'assurance mutuelle. Mais du moins ne vantez ni 
votre g6nerosite, ni surtout votre chastete magon- 
nique. 

Vos lumieres, vous les gardez dans vos loges. Les 
profanes en sont exclus. 

Votre bienfaisance, vous la reservez aux freres, et 
encore... ! 

Votre chastete, vous semblez la restreindre exclu- 
sivement a la famille du magon. " Vous respecterez 
sa femme et ses enfants," mais votre serment ne vous 
oblige qu'a cela. La magonnerie parait vous laisser 
toute latitude d'aller chercher fortune chez les pro- 
fanes, si bon vous semble. 

L'Eglise catholique est plus austere. Elle ne fait 
d'exception pour personne. 



— 171 — 

4°. Vous promettez enfin d 'aider, d'assister, de 
patroner les maQons, de leur preter secours dans 
leurs entreprises commerciales, on dans leurs efforts 
ponr se hisser anx emplois publics et a quelqne 
bonne position qni donne a la fois honneur et profit. 

Tout cela, bien entendu, a 1 'exclusion des profanes. 

. Et vous voudriez voir ces profanes s'extasier sur 
l'excellence de votre association, et s'incliner respec- 
tueusement devant le triangle des loges et votre ta- 
blier maconnique ! 

Allons done ! 



Les papes connaissaient-ils bien la franc-maconne- 
rie quand ils la definissaient : 

" Une societe d'hommes qui se lient entre eux par 
un pact aussi etroit qu'impenetrable... qui s'engagent 
par un serment solennel et rigoureux, sous les peines 
les plus terribles a tenir caches par un silence invio- 
lable, les pratiques secretes de leur societe." (Bulle 
de Clement XII, 1738.) 

Avaient-ils tort de conclure que : 

" Si les francs-magons ne faisaient pas le mal, ils 
n'auraient pas cette haine de la lumiere." (Id.) 

N'etaient-ils les defenseurs cle la vraie liberte de 
conscience, les vengeurs de la morale divine quand 
ils prononcaient : 

" La nullite absolue du serment tout a la fois impie 
et criminel par lequel ceux qui sont agreges a ces 



— 172 — 

sectes s'obligent a ne reveler a, personne ce qui re- 
garde leur societe." 

" Enfin ne faisaient-ils pas acte de prudence et de 
fermete lorsqu'ils obligeaient les catholiques a d6- 
noncer les adherents a ces societes secretes." 

Ces condamnations et ces obligations subsistent 
-encore et subsisteront toujours, car toujours la franc- 
maconnerie sera par ses principes et ses doctrines, 
1'ennemie de la religion catholique et de l'etat chr6- 
tien. 



CHAPITRE VII. 

l'enseignement social de la maqonnerie. 

Le magon est maintenant prepare* a recevoir l'en- 
seignement social dc l'ordre. 

II ne lui sera cependant pas donne" ouvertement,. 
en termes clairs et precis. La maconnerie est trop- 
prudente pour cela. 

Elle enveloppe sa doctrine sociale sous le voile de 
l'allegorie. 

Deja dans les deux premiers degres, on avait parle 
au candidat d'un temple a construire. On l'avait 
engage a se montrer digne d'etre choisi pour cette 
oeuvre. Maintenant l'ordre va definitivement l'enro- 
ler parmi les vrais ouvriers macons, et lui montrer 
dans la personne du pretend u fondateur de la franc- 
maconnerie, Hiram Abiff, ce qu'il doit etre et ce 
qu'il doit vouloir comme magon. 

Cette allegorie se trouve dans tous les rites et dans 
tous les manuels de l'ordre. 

Le veritable secret de la maQonnerie s'y trouve 
certainement renferme. 

Pour comprendre cette allegorie, rappelons nous. 
ceci : 

lo. Hiram Abiff est le type de l'homme libre y 
dSpouille* de tout prejuge, detoute superstition, et na 



— 174 — 

se conduisant que par les principes de la pure 
raison. 

2o. Trois compagnons complotent sa mort et le 
tuent. 

3o. La magonnerie ressuscite Hiram Abiff et s'en- 
gage a venger son trepas en mettant a mort les trois 
compagnons coupables. 

Voici maintenant cette allegoric 



" Quinze compagnons ayant charge de surveiller 
les autres ouvriers, voyant l'ouvrage presque fini, et 
n'etantpas encore en possession des secrets du maitre 
que connaissaient seuls, Salomon et Hiram Abiffj 
conspirerent pour -les obtenir par n'importe quel 
moyen, fut ce meme par la force." 

" Au moment d'executer leur complot 12 sur 15 
reculerent, mais les trois autres plus determines et 
d'un caractere plus feroce, persisterent dans leur 
dessein impie. Pour l'accomplir ils se placerent aux 
portes de l'est, du nord et du sud du temple ou s'e- 
tait rendu notre maitre Hiram Abiff pour payer, 
selon sa coutume, son tribut d'adoration au Tres- 
Haut a l'heure de midi." 

" Ses devotions finies, notre Grand Maitre voulut 
sortir par la porte du nord, mais un des brigands 
Ten empecha, et faute d 'autre arme, il s'etait muni 
d'une lourde regie de plomb. D'une voix menacante 
il demanda a notre Grand Maitre les secrets du mai- 
tre-macon, menagant de le tuer s'il refusait de re- 
pondre. Hiram Abiff, fidele a ses obligations, de- 



— 175 — 

clara que ces secrets n'etaient connus que de trois 
personnes et qu'il ne pouvait les reveler sans leur 
consentement ; la diligence et la patience ne pou- 
vaient manquer de rendre un jour un macon digne 
de connaitre ces my s teres, mais pour lui, il aimerait 
mieux souffrir la mort plutot que de trahir le depot 
qu'on lui avait confie. A ces mots, le brigand essaya 
de le frapper a la tete, mais trouble par la fermete 
de la contenance d'Hiram, il manqua son coup, et 
la regie au lieu d'atteindre le front, frappa seulement 
la tempe droite, avcc une telle force que le Grand 
Maitre chancela et tomba sur le genou gauche (pos- 
ture du candid at en pretant le serment du ler de- 
gr6).» 

" Se relevant aussitot, Hiram Abiff courut a la 
porte du sud. La il fut accoste par le second bri- 
gand de la meme maniere, mais il repondit encore 
avec la m£me fermete. Alors l'assasin qui 6tait ar- 
me d'une equerre en assena un coup sur la tempe 
gauche de maitre Hiram, ce qui le fit tomber sur le 
genou droit (posture du candidat pretant le serment 
du 2e degre)." 

" Voyant la fuite impossible de ce cote, Hiram 
s'avance en chancelant, foible et perdant son sang, 
vers la porte de Test, ou le troisieme brigand etait 
poste. Celui-ci recevant a son insolente demande la 
meme reponse qui avait ete don nee aux autres (car 
notre Grand Maitre, meme a ce moment terrible, 
resta inebranlable), le frappa violemment au milieu 
du front avec un pesant maillet. Notre excellent 
maitre roula sans vie aux pieds du meurtrier." 

" Telle fut sa mort I" 



— 176 — 

" Je vous ai deja indique la lecon morale que cette 
mort enseigne au frere fidele. 

" Dans de pareilles circonstances, un homme a 
l'esprit bien constitue, qui a pris pour base de sa vie 
les principes de la verite morale et de la justice, et 
qui, developpant ses facultes pour la gloire de Dieu 
et le bonheur de l'humanite, aura atteint le but de 
sa creation, celui enfin qui aura appris a considerer 
la mort comme le terme de ses afflictions, et l'entree 
d'une vie meilleur, imitera aussi le courage magna- 
nime de notre Grand Maltre." 

" Vous ne flechirez pas, je Pespere sous l'influen- 
ce de la peur, maintenant que votre epreuve appro- 
che, maintenant que vous etes la devant moi comme 
une victime prete pour le sacrifice, maintenant que 
la main de la mort est sur notre tete, maintenant 
que ce moment est le dernier pour vous...(Carlile 
p. 69.) 



L'epreuve du Seme degre. 

A ces mots un frere qui, a l'insu du candidat 
s'etait approche de lui, en arriere, le frappe sur la 
tete avec un maillet et 1'envoie rouler sur le plan- 
cher. 

Pendant qu'il est tout abasourdi par ce coup, les 
freres Pentourent en s'ecriant " c'est un traitre il a li- 
vre nos secrets, qu'il meure ! " 

On saisit le malheureux et on le jette dans un cer- 
cueil, que l'on referme immediatement sur sa tete. 



— 177 — 

Ce cercueil a au milieu un trou qui permet a Pair 
de s'introduire, mais le malheureux au moment ou 
on l'ensevelit ainsi tout vivant ignore ce detail. 

Le silence le plus complet regne dans la loge, au 
bout de quelque temps on enleve le couvercle. 

Le candidat reste toujours etendu dans son cer- 
•cueil ; pendant que le Venerable dit : 

" Nos freres remarqueront que dans cette ceremo- 
nie aussi bien que dans sa situation presente, notre 
frere represente un des plus brillants carncteres la. 
maconnerie : notre maitre Hiram Abiff. 

II perdit la vie a cause de son inebranlable fidMite 
a garder le depot qui lui avait ete confie." 

Alors le Venerable releve le candidat par les cinq 
points de la maconnerie. 

C'est ainsi, continue-t-il que tout maitre macou se 
leve d'une mort figurative pour se reunir a sea pre- 
miers compagnons de travail " (Carlile, manue] p.) 

Ces paroles sont remarquables. 

Avant que le candidat ne se presentat aux loges, 
Vignorance, la supertition, le fanatisme, avait tue en lui 
l'homme raisonnable, tel que la nature l'avait fait et 
et le voulait. 

La magonnerie par sa doctrine rend a cet homme 
la vie et la vraie lumiere. 

Elle en fait un homme nouveau, aff'ranchi de preju- 
ges nuisibles ou insenses, digne de travailler a la re- 
construction du temple, c'est-a-dire de la societe. 

II ne lui reste plus qu'a poursuivre les ennemis 
qui l'avait si indignement traite, et k s'en venger. 



— 178 — 



Les secrets du oeme degrL 

Apr&s avoir entenclu raconter la mort d'Hiram, le 
candidat se retire pour aller reprendre ses habits. 

Quand il revient en loge, le Venerable lui commu- 
nique les secrets du 3eme degre\ 

Ces secrets sont un signe, un attouchement, un 
mot de passe. 

" Le signe penal du degre se fait en passant vive- 
ment la main d'un travers a l'autre du ventre, et en 
la laissant retomber le long du flanc puis en placant 
la pointe du pouce sur le nombril." 

" Cela veut dire que comme homme d'honneur, le 
macon aimerait mieux avoir le corps coupe* en deux 
plutot que de reveler les secrets du degre." 

V attouchement est le premier des cinq points du 
compagnono.ge magonnique. (a) 

1°. Saisir la main droite du macon et toucher le 
poignet avec la pointe des doigts. 

2°. Placer le pied droit parallele a son pied droit 
a l'interieur. 

3°. Mettre le genou droit pres de son genou droit. 

4°. Le sein droit contre son sein droit. 

5°. La main sur l'epaule, supportant le dos. 



(a) Voir chns le serment ['explication de ces cinq points. 



— 179 — 

Dans cette position seulement, excepte en loge, le 
mot de passe est donne. 

Ce mot est Mahabone on Macbenach. 

u La mort d'un frere ou le frere est assomme." 



Le Venerable remet alors au candidat les insignes 
de son degre, puis il lui raconte la decouverte du 
corps d'Hiram AbifF et le supplice des trois compa- 
gnons coupables. 

" Salomon inquiet de la disparition d'Hiram Abiff 
envo} r a trois bandes a sa recherche." 

u La premiere revint sans avoir rien trouve." 

" La seconde plus heurcu.se, decouvrit le corps 
d'Hiram AbifF, qu'on avait enterre pres d'un arbuste 
(l'acacia) et le rapporterent avec eux a Jerusalem." 

" La troisieme bande, en passant pres d'une ca- 
verne entendit des lamentations, et trouva trois 
hommes qui repondaient a la description des tra- 
vailleurs manquant au role. lis les accuserent du 
meurtre d'Hiram. Ces hommes voyant toute chance 
d'echapper impossible, confesserent leur crime." 

" On les amena a Jerusalem et Salomon les con- 
damna a mort." 

11 C'est le souvenir de cette mort d'Hiram Abiff 
que rappelle le troisieme degre, aussi bien que le 
cercueil, la tete de mort et les autres ornements fu- 
nebres de la loge." (Carlile, Manuel, p. 75.) 



CHAPITRE IX. 

l'eNSEIGNEMENT RELIGIEUX DE LA MAgONNERIE 
DANS LES TROTS PREMIERS DEGRE3. 

Pour atteindre son but, la uiiieonnerie commence 
d'abord par former - ses membres dans le secret des 
loges. Elle les penetre de sa doctrine et en fait des 
hommes nouveaux, prepares au grand oeuvre qu'ils 
doivent accomplir dans le monde. 

Quelle est done cette doctrine de la maeonnerie ? 
C'est ce que nous allons examiner maintenant. 

" L'apprenti, ni nu ni vUu, comme parlent nos ri- 
tuels, les yeux couverts d'un bandeau epais, la corde 
au cou, et amene au temple pour y recevoir la lu- 
miere, figure dans cet etat Phomme de la nature. Les 
tenebres de son corps figurent celles de son ame, la 
corde qui le lie, les prejuges, les erreurs et les supersti- 
tions qui l'enchainent et lui otent la liberte." 

C'est ainsi que le fr. Bazot dans son Manuel ma- 
connique approuve par le Grand Orient de France, 
decrit l'etat du profane qui se pr6sente aux loges. 

La Magonnerie va l'eclairer en li lui faisant depo- 
ser les prejuges nuisibles ou insenses, et en lui en- 
seignant les principes de la tolerance et des maxi- 
mes humanitaires," comme parlait le programme de 
1723. 

Ces paroles vont nous faire comprendre V esprit de 
l'enseignement maconnique. 



— 181 



V enseignement religieux au let degrL 

Apres avoir subi les epreuves maconniques et pre- 
te le serment du premier degre, le candidat debar- 
rasse de son bandeau, est amene en presence du 
Venerable. Tl va reoevoir Fenseignement religieux 
des loges : 

" Frere, lui clit le Venerable, permettez-moi de 
vous feliciter de votre admission dans notre ancienne 
et honorable societe. La Magonnerie est ancienne, 
car elle a existe de temps immemorial. Elle est 
honorable, car elle imprime ce caractere a tous ceux 
qui suivent fidelement ses preceptes. Aucune insti- 
tution ne peut se vanter d'une base plus solide. Elle 
repose sur la pratique de la vertu sociale et morale." 

" Comme maQon, je recommande a votre serieuse 
attention le volume sacre de la loi." 

" C'est la regie infaillible de la verite et de la jus- 
tice." 

" Reglez votre conduite d'apres ses preceptes. 
Vous apprendrez ainsi vos devoirs envers Dieu, le 
prochain et vous-meme." 

Envers Dieu, en mentionnant son Nom avec crainte 
«t respect, comme il convient a la creature vis-a-vis 
son createur, implorant son assistance dans toutes 
vos justes entreprises, et portant vers lui vos regards 
pour en obtenir aide et consolation." 

" Envers le prochain : Agissant envers lui avec droi- 
ture, lui rendant les services que la justice ou la mi- 
sericorde pourront reclamer, le soulageant dans la 



— 182 — 

detresse, le consolant dans ses miseres faisant en im 
mot pour lui ce quo voua voudriez que Ton fit pour 
voiis-meme." 

" Envers vous-meme : Ayez une conduite prudente 
et bien reglee qui garde a vos forces physiques et in- 
tellectuelles toute leur vigueur pour les appliquer a 
la gloire de Dieu et a l'avantage de nos semblables."' 

" Comme citoyen vous serez exemplaire a vous 
acquitter de vos devoirs civils, vous ne Jerez jamais et 
vous n'encouragerez pas un acte qui tendrait a troubler 
la paix et le bon ordre de la societe, vous obeirez aux 
lois...etc..." 

" Comme individu je vous recommande la prati- 
que de toute les vertus privees et publiques.-.surtout 
maintenez dans toute sa splendeur celles qui sont 
les plus precieux ornements de l'ordre maconnique: 
La bienveillance et la charite." Instruct, du ler degre\ 
(Carlile manuel p. 15 et suiv. ) 

Comme individu, Je vous recommande la pratique 
de toutes les vertus privees et sociales. Que la pru- 
dence vous dirige, que la temperance vous retienne.que 
la force vous supporte, que la justice soit le guide de 
toutes vos actions. Surtout maintenez dans toute sa 
splendeur les deux vertus vraiment maconniques : 
la bienveillance et la chariteV' 

Le rituel consacre plus loin un cbapitre entier a- 
Pexplication " de ces vertus cardinales " comme il 
les nomme. 

La temperance... donne a l'esprit une habitude de 
controle general sur ses appetits, ses passions et 
meme ses vertus... Elle modere par son influence, 
comme les anciens maitresde la lyre, les diverses cor- 



— 183 — 

des des affections et des sympathies gen6reuses, jus- 
qu'a ce qu'elles rendent le son juste qui les fonde- 
dans une douce harmonic 

La force arme l'amecontre les tempetes del'adver- 
site. Elle la rend superieure a la misere et au danger 
elle lui donne le pouvoir de resister aux tentations^ 
et aux sollicitations du vice. 

La prudence, est la vue claire et nette, des relations 
qui existent entre nos actes et les fins qu'ils pour- 
suivent. C'est le premier principe de le sagesse hu- 
maine. 

La justice nous enseigne a, poursuivre des fins qui 
puissent s'accorder avec nos diverses relations socia- 
les, rendant a chacun sans distinction, le devoir au- 
quel il a droit." 

" La Maconnerie voit une allusion a ces quatre ver- 
tus dans les quatre fleuves qui arrosaient le paradis 
de delices. Heureux furent nos premiers parents- 
tant qu'ils garderent ces enseignements sacres dans 
leur coeur, et heureux seront nous, si nous observons- 
les lecons qu'ils nous donnent." 

" Ainsi le vertueux macon apres avoir par ces 
sages preceptes de morale, eclaire son intelligence,, 
sera pret aussi a eclairer et a elargir l'intelligence de- 
fies semblables. (Carlile, p. 34 et suiv.) 



Enseignement religieux du 2eme degre. 

" Depouill^ pendant son apprentissage des prejuges- 
et desfausses maximes, puises parmi les profanes, Pi- 



— 184 — 

•nitie devenu compagnon, va travailler activement a 
eYiifler en lui, le temple nouveau de la nature." (Ba- 
zot, Manuel, p. 184.) 

L'enseignement religieux du second degre est 
•court, mais dans sa concision il dit beaucoup k qui 
^veut comprendre. 

" Frere, dit le Venerable au compagnon, la Macon- 
nerie est une science progressive..." 

" Au premier degre on vous enseigna les principes 
de la verite et de la vertu ; vous pouvez maintenant 
etendre vos recherches, avx my stir es caches de la na- 
ture et de la science." 

'' L'etude des arts liberaux tend a orner l'esprit et 
a le polir. Je vous la recommande avec instance, 
surtout l'etude de la geometrie ou de la ma^onnerie 
(ces deux termes etaient jadis synonymes). Cette 
-science est d'un caractere moral et divin. Elle donne 
a l'esprit les connaissances les plus precieuses et, 
"tout en prouvant les etonnantes proprietes de la na- 
ture, elle demontre la plus importante verite de la 
morale." (Instr. du 2e degre, Carlile. p. 48.) 



Enseignement religieux et social du Zeme degre' . 

Apres le serment du candidat, le Venerable lui 
•donne l'enseignement religieux et social du Seme 
<legre. Cet enseignement a une grande importance. 
II resume la doctrine des deux premiers degr^s et 
■en montre l'application a l'ordre social. 



— 185 — 

Que le lecteur veuille bien se rappeler ce qui a e"t£ 
dit plus haut du caractere exclusivement humain et 
rationaliste de la doctrine maconnique. II en verra 
ici une nouvelle preuve. 

" Mon devoir, dit le Venerable, est d'attirer votre 
attention sur les degres que vous avez reQus pour 
vous faire apprecier Pensenible de notre system e et 
la dependance mutuelle de toutes ses parties." 

" Votre admission parmi les maQons, dans un etat 
d 'indigence complete, representait l'entree de tout 
homme en ce monde. C'etait vous enseigner d'une 
maniere saisissante l'egalite naturelle, et la mutuelle 
dependance des hommes, afm que vous cherchiez 
dans les principes d'une bienfaisance active, un sou- 
lagement a votre propre misere, en merae temps qu3 
vous deviez secourir votre prochain dans la detresse." 

" Cette legon debarrassait votre ame de la tyrannie 
de l'ambition et du prejuge*. Elle vous apprenait a. 
regarder au-dela des etroites limites d'institutions 
particulieres, religieuses ou sociales, et vous mon- 
trait dans chaque fils d'Adam, un homme tire de la 
meme poussiere." 

" En fin, par dessus tout, elle vous enseignait a 
vous courber humblement sous la main du Grand 
Architecte de l'Univers, a lui consacrer votre cceur 
ainsi purifie de toute passion mauvaise et a vous 
preparer a recevoir la verite et la sage^se pour sa 
gloire et le bien de vos semblables." 

" Vous avez ensuite passe au second degre de la 
Magonnerie." 

" La vous avez contemple les facultes intellectual- 
les et a travers les sentiers d'une science divine, vous 



— 186 — 

avez trace leur developpement jusqu'au tr6ne de 
Dieu." 

" Les secrets de la nature et les principes de la 
verite morale, vous ont ete reveles." 

" Vous avez appris & estimer les merveilleuses fa- 
cultes que Dieu mit dans l'6tre forme a son image, 
et vous avez compris 1 'obligation que vous aviez de 
cultiver cet attribut divin, pour le faire servir a sa 
gloire et au bien de vos semblables." 

" A l'esjDrit ainsi faconne par la vertu et la science, 
la nature donne une grande et utile lecon qui est : 
u de se connaitre soi-meme." 

" Par la contemplation, elle vous prepare aux cler- 
niers moments de votre existence. Apres vous avoir 
conduit a travers les voies tortueuses de la vie, elle 
vous enseigne a bien mourir." 

" C'est l'objet de ce troisieme degre de la magon- 
nerie." 

" Vous en aurez un exemple frappant dans la per- 
sonne de notre Grand Maitre Hiram Abiff." (Car- 
lile, Manuel, p. 67.) 



CHAPITRE X. 

L'ENSEIGNEMENT RELIGIEUX DE LA MAgONNERIE EST 

LA NEGATION DE LA REVELATION ET DE 

l'eglise CATHOLIQUE. 

Avant d'examiner la valeur de cet enseignement 
maconnique, posons aux masons les deux questions 
suivantes : 

1°. La doctrine des loges est-elle conforme a celle 
de l'Eglise Catholique et de la Revelation ? 

S'il en est ainsi, pourquoi vous formez vous en 
societe speciale pour redire a des Chretiens ce qu'ils- 
savaient deja ? Pourquoi surtout vous vantez vous 
d'une morale dont la gloire revient de droit a J.-C. 
et a, la societe qu'il fonda pour perpetuer son ensei- 
gnement ? 

2°. Votre doctrine magonnique, au contraire, est- 
elle differente de celle de J.-C. et de l'Eglise ? 

Mais alors que pretenclez-vous done nous donner 
de meilleur ? de plus propre a perfectionner l'hom- 
me et la societe que la doctrine et la morale de 
l'Evangile ? 

Une pareille assertion irest-elle pas un blaspheme 
impie, un renoncement complet a l'autorite doctri- 
nale de J.-C. et de son Eglise ? 

Que les macons repondent. 

La Magonnerie Anglo-Canadienne demande a ses 



— 188 — 

xnembres de croire a Pexistence de Dieu. C'est le 
premier et unique article de foi du symbole macon- 
niquc. 

Oui. — Mais le Dieu des loges n'est pas Celui que 
les Chretiens adorent. 

Ce n'est pas le Dieu Unique dans la Trinite de 
Personnes, qui aima le monde au point de lui don- 
ner son Fils pour le racheter, son Esprit divin pour 
le sanctifier. 

" La MaQonnerie, disait un macon italien en 1803, 
ne connait qu'un Dieu Unique, immense, immuable, 
createur et conservateur des mondes, en excluant 
toute idee heterodoxe oVune filiation ou oVune 'procession 
co-eternelle et infinie." (a) 

Les loges canadiennes se font exactement la m&me 
idee de Dieu. 

" La Maconnerie ne definit pas expressement le 
concept qu'elle se forme de la Divinite. Elle de- 
rnande seulement a ses candidats de croire a un Etre 
personnel, doue de facultes qu'il exerce selon son 
bon plaisir." (6) 

Voila pourquoi le juif aussi bien que le chretien 
peut etre admis dans les loges canadiennes. 

Le Dieu de la MaQonnerie est done la Divinite que 
les philosophes de Rome et d'Athenes reveraient 
dans le secret de leurs assemblies. C'est le Dieu 
que les rationalistes, les deistes, tons ceux qui rejet- 
tent la revelation, sans vouloir pourtant ^tre athees, 



(a) CI. Janet, t. Ill, p. 297. 

(6) Annuaire map. de Quebec, 1881, p. 



— 189 — 

consentent encore a reconnaitre et a adorer. La Ma- 
^onnerie le nomme tantot le Grand Architecte de 
l'Univers, tant6t le Grand Geometre ou encore l'Etre 
Supreme. 

Pour connaitre l'existence de ce Dieu Create ur et 
Maitre-Souverain, les seules lumieres de la raison 
suffisent a l'homme. 

La MaQonnerie s'en tient la. 

Elle regarde comme inutiles ou peu stirs, les d6- 
veloppements que la Revelation est venu ajouter a 
cette connaissance primitive de Dieu. 

Elle ignore completement la Revelation et la mission 
de l'Eglise ; et pour la conduite de la vie, elle ne 
demande de regies qu'aux seules lumieres de la raison. 

Cet enseignement eut 6te" bon dans les 6coles de 
Rome et d'Athenes. 

Apres dix-huit silcles de christianisme, il est in- 
suffisant et incomplet. 

Pour des paiens, cette doctrine eut 6te un progres. 

Pour des Chretiens, c'est une decadence et une 
apostasie. 



Que trouvons nous, en etfet, dans cette doctrine 
des loges ? 

Des principes elementaires de morale naturelle " des 
maximes humanitaires," l'eloge de vertus toutes 
humaines, en un mot un enseignement purement ra- 
tionaliste. 

Voila ce que nous voyons au ler degre 



— 190 — 

La morale naturelle remplace la Morale surna- 
turelle et revelee. 

Au second degre la Science se substitue a la Foi. 
L'homme est ainsi renferme dans une sphere pure- 
ment humaine. 

L'element fsurnaturel fait completers ent defaut„ 
II est banni et de la croyance religieuse, et de la 
morale qui regie les devoirs envers Dieu, le prochain 
et soi-meme. 

Et pourtant la Maconnerie donne cette doctrine, 
comrae superieure a toute autre doctrine, elle se vante 
d'etre ^institution " la plus morale qui exista jamais." 
Elle se propose par ces instructions " d'elever le 
niveau de l'intelligence, de faire progresser la morale 
et de conduire la societe a sa plus haute perfection 
possible." 



Quelles conclusions tirer deja ? 

C'est que la Maconnerie canadienne, comme la 
Maconnerie continentale considere la Revelation et la 
mission de Veglise, comme parfaitement inutile, sinon 
nuisible a l'homme et a la societe. 

Elle les me pratiquement. 

Si l'homme, en effet, par les seules lumieres de la 
raison, peut connaitre completement ce qu'il y a & 
faire pour se conduire honnetement et atteindre la 
perfection de son etre, il faut en conclure qu'il n'a 
pas ete atteint dans son intelligence et dans sa volonte 
par ce que les Chretiens nomment Isifaute originelle. 



— 191 — 

Si lafaute originelle n'existe pas; l'homme n'a eu 
besoin ni cle relevement ni de redemption. 

Par consequent l'Incarnation du Fils de Dieu, sa 
mission divine, sa mediation entre Dieu et l'homme 
coupable, la necessity de la grace, la vie surnaturelle, 
la mission de PEglise, ses dogmes et ses sacrements 
tout cela n'est que " prejuges, superstitions, men- 
songes." 

Un ma§on eclaire s'eleve au dessus de ces croyan- 
ces populaires... et les meprise. 

Aussi dans ces trois premiers grades ou elle forme 
i'esprit de ses membres par sa doctrine religieuse, la 
maconnerie ne dit- elle pas un mot de Jesus-Christ et de 
son Eglise. 

Jesus-Christ pour elle est non avenu. 

Ce n'est pas un Dieu qu'il faut adorer et suivre. 
O'est un homme, un sage, si l'on veut, mais il n'a 
pas le droit de se substituer a la liaison humaine, et 
de marcher a sa place a la tete de l'Humanite. 

Ces conclusions, il est vrai, ne seront peut etre pas 
apergues par les nai'fs ou les ignorants qui se pre- 
«entent aux loges. Aussi la Maconnerie ne compte- 
t-elle pas sur ces gens la pour avan^er son ceuvre. 

Elle s'adresse aux esprits cultives et perspicaces. 
Eux, du moins, tireront facilement des principes 
magonniques les consequences qu'ils renferment. 

A la place de la morale surnaturelle, ils prendront 
comme regie de leur vie, la morale naturelle et 
humaine ; ils remplaceront les dogmes reveles par 



— 192 — 

ce que Ton nomme aujourd'hui orgueilleusement la 
Science. 

lis cesseront d'etre Chretiens pour devenir simple- 
men t des Rationalistes, des Franc- Macons. 



CHAPITRB XL 

LA MAgONNEKIE EST-ELLE UNE RELIGION ? LAISSE-T- 

ELLE LES MAgONS LIBRES DE SUIVRE LA RELIGION 

QUI LEUR CONV1ENT LE MIEUX ? 

Lea francs-magons vont crier bien haut : 

l< Vous nous calomniez, la franc-magonnerie n'est 
pay une religion. Elle laisse ses membres suivre les 
croyances religieuses que bon leur semble. Restez 
Chretiens, catholiques m§me, si vous le voulez, nous 
ne nous y opposeions pas." 

Montrons de suite la faussete de ces affirmations. 

" La Magonnerie, dites-vous, n'est pas une religion f " 

Mais alors, expliquez done ce que signifie les defi- 
nitions suivantes tiroes de votre Manuel officiel ? 

" La Magonnerie est un systeme particulier de 
moralite, voilee sous l'allegorie et enseignee par des 
symboles." (Manuel de Carlile, p. 32.) 

" La Magonnerie a pour but de cultiver l'esprit 
humain et de le faire progresser. Elle enseigne les 
lecons de la plus pure morale... Dans ses instruc- 
tions elle peint la vertu sous les couleurs les plus 
magnifiques, et inculque a ses membres les principes 
de la plus stricte moralite." (Manuel, p. 32.) 

" La moralite est le grand objet dont s'occupe la 
franc-magonnerie. Elle 6claire le magon vertueux 
par ses preceptes sages et moraux, et le rend ainsi 



— 194 — 

capable d'eclairer a son tour et d'elargir ['intelligence 

de ses semblables." (Manuel, p. 36.) 

Nous pouvons done en justice donner le nom de 
Religion, a une societe qui, par sa doctrine, se propose 
ainsi d'eclairer l'intelligence et de regler le cceur de 
ses membres ? 

Cette soci6te d'ailleurs, avec le dogme et la mo- 
rale, possede tous les accessoires d'un culte veritable > 

Elle a un autel, des ceremonies religieuses, des- 
formules de pri&res, des pontifes, des especes de sa- 
crements, des secrets qui relient ensemble tous les 
membres dc l'association. 

Aussi les freres d'Europe ne se g6nent-ils plus 
pour l'avouer hautement. 

" La Maconnerie est une religion... la religion de 
1 'ideal... Elle dedie ses temples au culte qui survi- 
vra a tous les cultes, parce qu'il repose sur une con- 
ception progressive de la nature." 

" Notre religion, disait en 1881 le fr. Belat devant 
le Grand Orient de France, notre religion est la reli- 
gion naturelle, unique, universelle, immuable :. e'est 
la franc-magonnerie." (a) 



u La Maconnerie laisse ses membres libres de sui- 
vre la religion que bon leur semble. 

Oui, avant qu'ils deviennent macons. 

Non, des qu'ils sont entres dans l'ordre. 



(a) CI. Janet, t. I, p. 22. 



— 195 — 

La Magonnerie est tolerante pour le " materiel " 
qu'elle appelle dans son sein. Elle invite le juif 
aussi bien que le chretien, ie catholique comme le 
protestant ou le deiste a venir s'eelairer en loge. 

Mais quand " ce materiel " s'est agenouille devant 
l'autel magonnique, qu'il a prete serment d'obeis- 
sance aux chefs ; cette pretendue tolerance fait place 
a l'intolerance doctrinale la plus absolue et la plus 
complete. La fusion s'opere. 

" Les distinctions nationales et religieuses dispa- 
raissent. II n'y a plus ni juifs ni Chretiens, mais 
seulement des franc-masons, unis par les memes 
principes." 

Et ces macons acceptent comme doctrine religieuse 
la doctrine des loges, comme regie de leur conduite, 
la morale des loges, ses instructions, et ses maximes 
humanitaires. 

II n'y a plus pour eux de liberie religieuse. 
lis doivent obeissance a la religion de la franc-ma- 
connerie qui est la negation de toute religion revere. 



Resumons en quelques mots les ciccusations que r 
nous catholiques, nous formulonscontre cette religion 
magonnique : 

Elle est ennemie declaree de la revelation et de 
l'Eglise catholique : 

lo. Par ce que, au lieu d'elever rhumanite, elle la 
la rabaisse a l'etat d'ou N. S. vient la tirer par sa 
doctrine et la grace de sa Redemption. 



— 196 — 

2o. Par ce que, ignorant a dessein Penseignement 
et la morale cle PEvangile, elle les remplace par une 
doctrine et une morale purement humaine et ratio- 
naliste. 

3o. Par ce qu'elle donne cette doctrine comme 
suffisante pour mener Phomme et la societe a leur 
plus haute perfection, et par consequent, elle nie la 
necessite de la grace, des sacreraents et de tout l'ordre 
surnaturel . 

4o. Par ce que par ses affirmations explicites aussi 
bien que par son silence calcule, elle rejette la mis- 
sion de N. S et de son Eglise, et veut positivement 
dechristianiser Vhomme et la societe. 



C'est le jugement que l'Eglise catholique a porte" 
contre la Franc-Maconnerie. 

Et c'est aussi la conclusion a laquelle des ministres 
protestants, fideles encore a la revelation, sont arri- 
ves, apres avoir etudie les doctrines de cette societe* 
impie. 

Voici comment s'exprime a ce sujet le Revd J. 
Day Brownies : 

" La Maconnerie est une religion. Elle pretend 
sauver Phomme et le perfectionner... Elle se pro- 
clam e elle-m£me la vraie religion, la religion de Phu- 
manite... Or elle profane le nom de Dieu, elle pro- 
fane les Saintes Ecritures... Mais c'est surtout le 
Christ qui est exclu de leurs prieres... Je les ai 
toutes analysees, et elles sont nombreuses. II y en 
a pour la dedieace de leurs lieux de reunion, pour 



— 197 — 

l'ouverture et la conclusion des tenues de loges, pour 
la reception de leurs membres et leur avancement a 
de nouveaux degres, pour leur enterrement. Eh 
bien ! il n'y en a pas une seule ou Notre Seigneur 
Jesus-Christ soit reconnu comme notre sauveur et 
notre mediateur. Or c'est la le renversement radical 
du christianisme." 

" Quelle est la religion de la Maconnerie ? C'est ie 
pur deisme. Elle ne croit ni clans le Fils de Dieu, 
notre sauveur, ni dans le Saint-Esprit, notre sancti- 
ficateur. Elle ne croit pas davantage a la Bible, 
puisqu'elle en arrache PEvangile, qui en est le cou- 
ronnement. . . Quelle est done sa foi ? Rien autre 
chose que ce que la pure nature nous indique" Cite 
par CI. Janet, p. 545.) 



CHAPITRE XII. 

LA MAgONNERIE TEMPL1ERE NIE LA DIVINITE DU 
CHRIST — RECEPTION DU ROSE-CROIX. 

La Magonnerie est hostile a J6sus-Christ et a son 
Eglise. L'examen des rituels et les temoignages que 
nous venons d'entendre le prouvent assez. Mais 
dans ces premiers grades, l'on a bien soin d 'envelop - 
per cette hostilite dans des symboles et des allego- 
ries obscures, arm de ne pas effaroucher le vulgaire. 

Si nous voulons voir a decouvert la haine que la 
Maconnerie porte a Jesus-Christ et a son Eglise, il 
faut lire le Rituel des hauts grades du rite Ecossais. 
La plus de voiles, plus d'allegories, plus de demi- 
jour. La negation directe et positive de la Divinite 
du Christ y est enseignee ouvertement. 

" Notre adversaire, disait le fr. Conrad en 1872, est 
l'Eglise Romano-catholique, papale, infaillible avec 
son organisation compacte et universelle." 

" C'est l'ennemie hereclitaire et implacable." 

Cette haine remonte jusqu'au fondateur de cette 
Eglise, et c'est Notre Seigneur Jesus-Christ lui-meme 
que l'on bafoue, que l'on meprise et qu'on renie dans 
le grade de la maconnerie templiere, nomme le 
Grade du chevalier de l'Aigle blanc (18eme du rite 
Ecossais) ou chevalier Rose-Croix de St Andre (7eme 
et dernier du rite Francais). 



199 — 



Description du degre de Rose- Croix ou le " nee plus 
idtra " de la magonnerie 



" Cette dignite, dit Carlile, est regardee comme le 
nee plus ultra de la Magonnerie." 

" Sa possession est d'une telle importance que ses 
membres ont le droit d'etre admis dans toutes les 
loges inf6rieures, sans examen." 

" Personne n'est admis a, ce degre de Kose-Oroix 
sans avoir recu tous les degres precedents." (Carlile, 
Manual of Freemasonry, p. 306.) 

Ces deux reinarques prouvent bien, je crois, la 
connexion intime du grade de Rose-Croix avec la 
magonnerie symbolique des trois premiers degres. 



La loge doit etre tendue de rouge, et, & l'Orient, 
au lieu d'un trone, e'est un autel triangulaire, dont 
une face est tournee vers l'Occident. 

Sur cet autel, il faut un grand tableau en transpa- 
rent representant une croix avec une rose au milieu. 
Au-dessus est 1'inscription : Jesus de Nazareth, Roi 
des Juifs. 

Des colonnes brisees sont placees de chaque cdte* 
du transparent ; une tombe est a Pest et trois lumie- 
res a l'ouest. 



A Touverture de la loge, le tres sage est assis sur 
la troisieme marche de l'autel, qui en compte sept, 
la tete appuyee sur une de ces mains. 



— 200 — 

Apres les premiers ordres, il dit : " II est temps 
<de commencer nos travaux. Invitez les respectables 
-chevaliers a m'aider a ouvrir le chapitre souverain 
-des rose-croix. 

" Nous sommes accables de tristesse, le voile du 
temple est dechire, les colonnes de la magonnerie 
•sont brisees, la pierre cubique a sue sang et eau, la 
parole est un danger d'etre perdue : et c'est presque 
fini..." 

Respectables chevaliers, aidez-moi a retracer la 
parole avant qu'il ne soit trop tard. 

lis prononcent le mot J. N. R. J. 

La parole est retrouvee, je vous en felicite. 

Le chapitre est ouvert. 



Le candidat ecrit son nom, son adresse, les degres 
de magonnerie qu'il a regus, et se donne l'age de 
SB ans. 

Le maitre des ceremonies le conduit a la porte et 
demande son admission. 

On prend le vote, et s'il lui est favorable, les freres 
applaudissent sept fois et prononcent trois fois le 
mot " oyez." Le candidat est introduit : 

" Son habillement est faite en forme de chasuble 
tres courte au milieu il doit y avoir une croix de 
ruban rouge ; sur le tablier il y aura un grand J. et 
un peu plus loin Jehovah qui veut dire la parole 
expirante. Au milieu du tablier sera un globe repr6- 



— 201 — 

sentant le monde, le globe est entoure d'un serpent." 
(Teissier, manuel de mag, p. 162.) 

Les officiers de la loge portent le m6me costume, 
line espece de longue robe blanche, et une chasuble, 
•quelque chose comme les ornements du pr6tre qui 
va dire la messe. 

Quand le candidat est introduit dans la loge, le 
tres sage lui demande qui il est? Et le recipiendaire 
repond : 

" Je suis ne de parents nobles de la tribu de Juda." 
Le tres sage : " digne chevalier, vous m'inspirez la 
plus profonde estime ; mais vous nous voyez accables 
•de tristesse : tout est change, le premier soutien de 
la Maconnerie n'est plus, le voile du temple est 
dechire, les colonnes sont brisees, les ornements les 
plus precieux sont enleves, et la parole est perdue. 

" On peut la recouvrer par votre courage. Nous 
promettez-vous de 1 'employer pour nous ? 

Recipiendaire. — Oui, tres sage. 

Tres sage. — Approchez vous de l'autel en pretant 
serment que, si vous venez a connattre nos mysteres, 
vous en garderez le plus profond silence." 



Serment du Rose- Croix. 

Le recipiendaire s'approche de Tautel : il met le ge- 
nou droit sur Vevangile et dans cette position r^pete 
l'obligation suivante ; 
9 



— 202 — 

" Je promets de ne jamais reveler les secrets du 
Chevalier de l'Aigle, ou du Rose-Croix de St Andre, 
a aucun chevalier niacon, grand architecte, maitre 
macon, compagnon ou apprenti, ni a aucuu profane, 
sous peine d'etre a jamais privee de la vraie parole et 
de rester dans l'obscurite perpetuelle." 

" Qu'un ruisseau de sang et d'eau sorte sans cesse 
de mon corps, que mon ame soit plongee dans l'an- 
goisse, qu'on m'abreuve de [fiel et de vinaigre, que 
ma tete soit couronnee d'epines et que je meure sur 
une croix, si je trahis mon serment." 

" Que le Grand Architecte de l'Univers me soit en 
aide ! " (Carlile, Manuel, Rose-Croixjle St Andre, p. 
300.) 

Apres ce serment, on conduit le candidat ^l la 
chambre obscure. On cherche [a l'effrayer par des 
bruits de chaines et des apparitions de fantomes. 
Puis on le ramene au chapitre. 



Le tr^s sage lui fait alors les questions suivantes, 
auxquelles le frere qui le conduit, dicte les reponses 

D. " Digne chevalier, d'ou venez-vous ? " 

R. « De Judee." 

D. " Par ou avez-vous passe ? " 

R. " Par Nazareth." 

D. " Qui vous a conduit ? " 

R. "Raphael." 

D. " De quelle tribu^etes-vous ? " 



— 203 — 

R. " De la tribu de Juda." 

D. " Rassemblez les lettres initiales de ces quatre 
mots, que font-elles ? " 

R. " J. N. R, J." 

Le tres sage. — " C'est Finscription qui est sur la 
croix. C'est la parole que votre zele rendra invinci- 
ble et qui sera transmise jusqu'a la fin des siecles." 

" Venez recevoir l'honneur dti a votre merite." 

Le recipiendaire obeit et lorsqu'il est a genou au 
pied de Tautel, le tres sage lui met son ep£e nue sur 
la tete et dit a haute voix : En vertu du pouvoir que 
j'ai recude la metropole loge d'Heredon, et devant 
cette auguste assemblee de chevaliers, mes freres et 
mes egaux, je vous admets, recois et constitue a pre- 
sent et pour toujours chevalier prince de l'Aigle et 
du Pelican, parfait macon libre d'He>6don, sous le 
titre souverain de Rose-Croix. 

Le tres sage le releve et lui donne le cordon, la 
parole, le signe et l'attouchement ; la parole est Inri. 
(Carlile, Manuel, p. 309. CI. Janet, t. I, p. 55 et 
euiv.) 



Le signe. 

Le signe se fait en levant les yeux au ciel, et en 
joignant les mains avec l'index pointe en haut, puis 
<en les laissant retomber ensemble sur le ventre. C'est 
le signe d'admiration. 

Le second signe est la reponse. 

II se fait en levant la main droite et en pointant 



— 204 — 

l'index vers le clel, les autres doigts restant ferm6s r 
pour montrer qu'il n'y a " quhm seul Eire qui est le 
Souverain et la Verite pure." (Carlile, Manuel, p. 303.) 



La Maconnerie, nous Pavons vu, n'enseigne dans 
ses trois premiers grades qu'une religion purement 
humaine. 

Elle ignore completement le surnaturel. 

Elle ne dit pas un mot de Jesus-Christ et de son 
oeuvre. 

Elle recoit dans ses loges le protestant et le deiste r 
le libre-penseur, le juif et le mahometan. 

Quand done au grade de Rose-Croix, en face d'un 
tableau representant le crucifiement du Christ, on 
fait donner le signe du Rose-Croix, e'est-a-dire elever 
la main droite avec l'index pointe en haut " pour 
montrer qu'il n'y a qu'un Etre qui est le Souverain et 
la Verite pure" ne nie-t-on pas ouvertement la Divi- 
nite du Christ ? Quelle autre signification j:>euvent 
attribuer a ce signe, le deiste, le libre-penseur, le 
juif et le sectateur de Mahomet, qui tous ne voient 
en Jesus qu'un homme et non pas le Fils de Dieu ? 

N'est-ce pas la encore ce qui ressort du role alle- 
gorique donne au candidat a ce degre de Rose-Croix ? 

II personnifie Jesus de Nazareth, comme au degre* 
de maitre il avait represents le personnage du Grand 
Maitre Hiram Abiff. 

" II a 33 ans." 

" II est ne de parents nobles de la tribu de Juda" 



— 205 — 

" II a passe par Nazareth" 

" Conduit par Raphael." 

" De la tribu cle Jucla." 

Rassemblez ces initiates vous avez le mot de la 
Croix Inri : la parole est retrouvee. 

" C'est-a-dire que Celui qui se nomma Jesus, n'est 
plus qu'un homme comme un autre, un Juif mort 
sur la croix infame." 

Le reniement du Christ ; telle est dans ses hauts 
grades, la science maconnique, (Claudio Janet, t. I, 
page 59. 



Nous allons encore en voir une preuve plus mani- 
feste dans le banquet qui termine la reception du 
Chevalier Rose-Croix. 

C'est une parodie* impie et sacrilege de la derniere 
cene du Sauveur. 

Rappelons-nous que les acteurs de cette ciremonie 
eont avec des catholiques, cles libres-penseurs, des 
deistes, des juifs et des musulmans. 



Banquet des Roses- Croix. 

<l Une table en forme de croix est preparee. Elle 
«st couverte d'une nappe ; il y a clouze morceaux de 
pain (le nombre present de chevaliers en loge) et un 
gobelet de vin." 



— 206 — 

Un papier contenant les initiales du mot sacre 
Inri est place sur l'autel. 

Chaque chevalier tient a la main une baguette 
blanche. Le tres sage frappe deux fois la terre de sa 
baguette et declare le chapitre ouvert. 

Sept Ibis, il fait le tour de la salle, suivi des freres, 
et a chaque fois, il s'arrete devant le transparent qui 
represente la Croix et fait le signe du degre (Lever la 
la main droite en portant l'index vers le ciel, pour 
montrer qu'il n'y a qu'un Etre Souverain et Verite 
pure) Les freres font aussi le signe. 

Au dernier tour, chaque chevalier prend un mor- 
ceau de pain et le mange. Ensuite restant toujours 
en cercle autour de la table, chacun prend le calice r 
boit et passe a la ronde. 

Quant le calice revient, le tres sage le place sur 
l'autel et les chevaliers se donnent rattouchement 
du Rose-Croix. 

Alois on met dans la coupe vide, le papier sur 
lequel est inscrit le mot Inri et on le briile. 

Une derniere fois les chevaliers font le signe du 
Rose-Croix, puis le tres sage finit la ceremonie en 
disant : %; Consummatum est " Tout est consomme I 
(Carlile Manual of Freemasonry, p. 311). 



II n'y a pas de doute possible sur la signification 
impie de ce degre. 

Ou est l'homme assez naif pour voir dans ces cere- 
monies un hommage rendu a la croix et a la passion 



— 207 — 

de Jesus-Christ? Qui verra danscette cene magonni- 
que un souvenir pieux de la Cene Eucharistique r 
surtout quand on songe a la qualite des personnes 
qui regoivent ce degre de Rose-Croix ? 

II y a done la une veritable negation de la divi- 
nite de Notre Seigneur, un reniement du Christ Fils 
de Dieu. 

La doctrine maconnique est facile a saisir. Jesus - 
Christ adore comme Dieu, ruine non seulement les 
les fausses religions du paganisme, mais encore il 
supprime la religion naturelle, la religion de la 
Magonnerie pour la remplacer par la Revelation. 
" Alors le voile est dechire les colonnes sont brisees- 
les fondations du temple detruites, les plus precieux 
ornements de la Magonnerie mis a neant et la parole 
en danger de perir." 

Pour sauver cette parole maconnique, il faut enlever 
a la parole divine, au V^erbe, son aureole de Fils de 
Dieu, pour n'en faire qu'un homme mis a mort a, 
Jerusalem. 

Et quand Inri ne signifiera plus " qu'un Juif de 
Nazareth conduit par Raphael 9 Jerusalem " la 
parole sera retrouvee et la Magonnerie reprenclra 
joyeusement son ceuvre. 

Voila ce que signifie le degre de Rose-Croix. Etce 
degre est maconnique, e'est le nee pins ultra del'ordre. 
Carlile nous l'assure, et le Grand Maitre de la loge 
de Quebec, nous affirme qu'il constitue avec les au- 
tres ordres de Chevalerie et les trois premiers degres 
symboliques ce que l'on nomme " le Rite anglais de- 
la franc-magonnerie." 



— 208 — 

Que les magons catholiques recus dans l'un des 
trois premiers degres comprennent maintenant en 
quelle compaguie, ils se trouvent. (a) 



(a) Ce reniement de J.-C. au grade de Rose-Croix explique 
pourquoi tous les blasphemateurs de la divinite de N. S. sont 
particuli^rement chers a la Maconnerie. Apres la publication 
-de la Vie de Jesus par Eenau, une souscriptlon fut faite dans 
toutes le3 loges beiges pour offrir une plume d'or a, l'auteur. (CI. 
Janet, 1. 1, p. 62.) 



CHAPITRE XIII. 

UN FRANC-MAQON PEUT-IL ETRE CATHOLIQUE? 

Trois choses font le Catholique ; la croyance aux 
dogmes et a la morale de l'Evangile, la participation 
aux sacrements et la soumission a l'autorite du Pape. 
Or la Maconnerie Canadienne, nous venons de la voir, 
rejette ces trois choses. Le catholique qui entre dans 
les loges, renonce done, par la meme a sa foi et se 
separe de la communion des fideles. 

Qu'il ne disc pas pour se tranquilliser, je suis franc- 
macon mais je reste catholique. Je crois a la doctrine 
des loges mais je n'abandonne pas pour cela ma 
croyance a l'Evangile et a l'Eglise. 

La foi est une essentiellement. Elle ne souffre pas 
de division. Croire a Jesus-Christ et a sa doctrine, 
e'est regarder tout autre enseignement religieux 
comme insuffisant ou nuisible au salut, et par con- 
sequent lerejeter. La Franc-Magonnerie est l'ennemie 
de Notre Seigneur et de son Eglise. Elle enseigne 
une doctrine purement naturelle qui nie toute verite* 
surnaturelle. 

Comment done serait-il poss-ible a un horn me de 
croire en loge a l'efncacite souveraine de la Raison et 
et de la Science, pour perfectionner son intelligence r 
et en dehors des loges de reprendre les dogmes de la 
Foi et la morale de l'Evangile? Comment peut-il 
6tre & ses heures, rationaliste et libre penseur, en 



— 210 — 

meme temps que eatholique et soumis k l'Eglise. II 
v a la line contradiction absurde et impossible. 

Les franc-m aeons le confessent clairement : 

" Maconnerie et Catholicisme s'excluent recipro- 
quement. Ce sont les antipodes, dit un ancien digni- 
taire des loges. La Maconnerie est une religion pure- 
ment humaine. Elle a pour base et pour guide la 
seule raison." 

" Comment done un eatholique peut-il etre un 
vrai macon et rester encore fidele a sa religion, en 
professant des doctrines maeonniques qui sont en 
^contradiction evidente avec son Eglise ? " 

" Cliaque fois que j'ai vu en loges, des membres 
•de differentes religions, je me suis imagine qu'ils 
s'etaient detaches interieurement des dogmes de 
leurs eglises, pour adopter l'idee de la Maconnerie 
eur Dieu et le monde. (a) 

Des l'apparition de eette doctrine anti-catholique, 
les papes resolurentla question de la m^me maniere. 

lis defendirent absolument, a tons et a chacun des 
tideles d'entrer dans ces loges de franc-masons et 
-cela " sous peine d'excommunication par le fait 
meme et sans autre declaration." 

Done lorsqu'un eatholique met le pied dans une 
loge, il n'est plus pour l'Eglise qu'un fils rebelle, un 
iipostat, une excommunie. 

Elle lui refuse ses sacrements et ses prieres, et s'il 
smeurt franc-ma^on, elle lui refusera la sepulture 



(a) Voir Eckert- 



— 211 — 

ecclesiastique et la croix qu'on ne peut planter que 
sur la tombe des Chretiens. 

Canadiens catholiques, qui vous laissez entrainer 
aux loges, persisterez-vous encore malgre le plus 
simple bon sens, malgre le Pape, malgre Notre Sei- 
gneur qu'il represente, a vous dire a la fois franc- 
ma9ons et catholiques ? 

Vous vous faites une illusion etrange, et voufr vous 
trompez grossierement. 

Si vous continuez d'aller a la messe, de frequenter 

les Eglises et de vouloir etre regardes exterieurement 

comme catholiques, vous faites acte d'hypocrisie et 
de mensonge. 

Si vous osez vous approcher des sacrements, vous 
6tes des sacrileges. 

Si vous repandez secretement vos doctrines et 
tachez de recruter de nouveaux membres pour vos 
loges vous faites l'ceuvre du demon, et vous vous 
preparez un terrible jugement quand vous aurez a 
rendre compte des ames enlevees a Dieu et a son 
Eglise. 



CHAPITRE XIV. 

UN PROTESTANT PEUT-IL ETRE FRANC-MAgON ? 

Entendons-nous bien d'abord sur ce nom de pro- 
testant. Le protestantisme dans ce qu'il a de meil- 
leur, se donne encore comme une fraction de la 
grande famille chretienne. II croit a la Divinite de 
Notre Seigneur. II reconnait le Christ comme seul 
Mediateur et Sauveur. II recoit la Revelation et 
considere la Bible comme le livre sacre qu'il faut 
etudier sans cesse pour y trouver la regie de la foi 
et des mceurs. 

Ceux la seuls qui admettent ces verites, peuvent 
encore porter le nom de protestants. 

Les autres ne sont plus que des deistes, des ratio- 
nalistes, des athees. 

Or la Franc-Maconnerie rejette absolument toute 
Revelation. Elle rejette la Bible comme livre inspi- 
re, et n'ajoute aucune foi a l'Evangile. Sa religion 
est purement naturelle et humaine. 

Le protestant qui devient macon, s'il est conse- 
quent avec lui-meme, devra done cesser de se dire 
membre d'une eglise qui admet la Revelation et la 
preche dans ses temples. II n'a plus le droit de se 
dire chretien. Le Revd Day Brownies le lui disait 
tout a l'heure et le franc-macon Strauss le lui repete 
avec une brutale energie : " Nous sommes francs- 
ma§ons et rien autre. Les amateurs francs-magons 



— 213 — 

n'ont pas d'a vantages pour l'hu manite\ Ce sont des 
non-valeurs pour notre societe. Chretiens ou francs- 
macons, faites votre choix ! (CI. Janet, t. I, p. 20.) 

Les protestants anglais francs-macons se mettent 
aujourd'hui dans une position d'une inconsequence 
ridicule. 

En entrant aux loges, ils font serment d'obser wi- 
les us et coutumes de 1'ordre, de recevoir sa doctrine 
et sa morale, de la considerer comme efficaee pour 
elever l'homme a la plus haute perfection. Ils font 
profession d'une religion purement naturelle et con- 
sidered toute croyance vevelee comme superstitieuse 
et nuisible. 

Et pourtant nombre d'entre cux tiennent encore 
a 6tre presents an temple le Dimanche. Ils y font 
acte de christianisme et.recoivent la Cene des mains 
d'un ministre qui pr6che la doctrine et la morale de 
la Revelation comme necesaires au saint 

N'est-ce pas la donner un dementi eclatant aux 
affirmations des loges ? N'est-ce pas faire preuve 
d'une inconsequence inexplicable ? 

Les macons europeens du moins sont plus logi- 
ques. Ils s'eloignent de l'Eglise et ne professent 
plus comme doctrine religieuse que la croyance au 
Rationalisme des loges. Le macon anglais lui, trouve 
moyen de concilier ensemble l'affirmation et la ne- 
gation, et d'etre franc-macon tout en restant un ex- 
cellent protestant. 

La cause en est-elle dans l'irrerlexion ou la force 
des habitudes premieres ? Resulte-t-elle de l'affai- 
blissement progressif des idees surnaturelles au sein 
du protestantisme ? Exprime-t-elle en pratique ce 



— 214 — 

que Ton dit souvent de l'enseignement protestant 
qu'il n'est plus qu'une morale purement naturelle et- 
ne s'appuyaut que sur la raison humaine ? 

Tout porterait a le croire. 

Alors on s'expliquerait comment le protestant 
franc-macon se trouve parfaitement a l'aise au tem- 
ple et dans les loges. La doctrine et les croyances 
seraient les memes, il n'y aurait de difference que 
dans les ceremonies exterieures. 

Mais si le protestant croit encore a la Revelation 
divine et a la necessite de la foi, il ne peut ni logi- 
quement, ni en conscience devenir franc-macon sans 
abjurer sa croyance religieuse et cesser d r aller au 
temple. 

" Lorsque la Maconnerie accordu l'entree de ses 
temples a un juif, a un mahometan, a un catholique r 
a un protestant, disait le fr. Golphin a la Ioge Mem- 
phis a Londres en 1877, c'est a la condition que 
celui-ci devienne un homme nouveau, qu'il abjure 
ses erreurs passees, qu'il depose les superstitions et 
les prejuges dont on a berce sa jeunesse." 

" Sans cela, que vient-il faire dans nos assemblees 
ma§onniques ? " (V. CI. Janet, t. I, p. 115.) 



CHAPITRE XV. 

LES REVERENDS MINISTRES ET LA FKANC-MAQONNERIE* 

Que dire alors et que penser de ces reverends mi- 
nistres qui, en Canada, en Angleterre, en Allemagne, 
aux Etats-Unis, partout enfin ou regno le protestan- 
tisme, se font aifilies aux loges, pr6nent ses doctrines 
lui fournissent des chaplains pour ses ceremonies et 
des harangueurs pour ses banquets? 

Ignorent-ils done la doctrine des loges ? Ne savent- 
ils pas, que " la Maconnerie ne cesse d'aflirmer que 
" que le Christianisme n'est point une revelation 
u divine. Dans 1< j s symboles de ses loges, elle consacre 
" le culte du naturalisme. Elle preche une doctrine 
u abominable, monstreux melange de philosophic de 
" Judai'sme et de christianisme, qui se resout en 
u derniere analyse au deisme le plus grossier." 

(''est un protestant, Favocat saxon Eckert qui juge 
ainsi la doctrine mac;onnique, et son jugement, nous 
l'avons vu, n'est que strictement exact. 

Ces Reverends font encore profession de croire a 
la divinite* du christianisme, et a sa morale. lis 
admettent la necessite de la grace et la demandent 
dans leur prieres. lis sont les ministres d'une reli- 
gion revelee, comment done peuvent-ils devenir les 
disciples d'une religion purement naturelle? 

Or la Maconnerie n'est que cela. 

u Le clerge protestant (en Allemagne) est en grande 



— 216 — 

partie initie. Le culte protestant est exerce* par des 
ministres qui ne croient pas meme a la divinit6 de 
leur mission, puisque dans ces loges Us professent le 
rationalisme. Faut-il d&s lors s'etonner que de tels 
homines montrent si peu de zele pour remplir une 
fonction qui n'est pour eux qu'un moyen d'existence? 
Faut-il s'etonner qu'on ne les voit plus paraitre au 
lit des malades et des mourants, qu'ils n'aient plus 
aucun souci de l'etat de leurs ouailles... En un mot 
faut-il s'etonner qu'ils soient si indifferents pour la 
plus belle et la plus importante partie de leur 
mission ? 

" Quand les personnages les plus eminents d'une 
societe apprenent dans les loges a ne considlrer lafoi 
du peuple que comme une vaine superstition... quand 
on les voit consacrer leur culte au natur alisme... il 
faut s'attendre a voir un peuple degen6rer et retro- 
grader jusqu'a la barbarie." (Eckert t. I. p. 124.) 

Que pensent de ces lignes les reverends macons 
canadiens ? 

Auront-ils bonne grace a parler a leurs ouailles de 
la necessite de la Revelation quand eux-memes la 
rejettent positivement comme macons ? 

Montreront-ils le Christ comme l'unique m6dia- 
teur, quand en loge, ils nient et sa divinite et sa 
mission ? 

Feront-ils encore appel a la Bible pour regler la 
croyance et les moeurs, quand la raison humaine 
e*clairee par la lumieres magonniques est donnee 
comme suffisante pour mener l'homme a sa perfec- 
tion morale ? 



— 217 — 

*' La religion de la Maconnerie, dit le Rev. Day 
Brownies, c'est le pur deisme. 

" Elle ne croit ni au Fils de Dieu, notre Sauveur, 
u ni a l'Esprit Saint, notre sanctificateur. 

" Elle ne croit pas davantage a la Bible, puis- 
u qu'elle en arrache 1'Evangile qui en est le couron- 
nement. 

" Sa foi n'est rien autre chose que la pure raison." 

Etre chretien et vouloir devenir franc-macon, 
c'est une apostasie. 

De quel nom pourrons nous done qualifier la con- 
duite d'un homme qui apres s'etre agenouille devant 
l'autel maconnique, monte en chair pour y prScher 
la doctrine 6vangelique ? 

Y a-t-il la manque d'intelligence religieuse ou 
hypocrisie deliberee et degradante ? 

Que nos reverends masons repondent. (a) 



(a) " En 1757, en Ecosse, le synode de Stirling de la confes- 
sion presbyterienne adopta une resolution privant les Francs- 
Macons de toute participation aux sacrements, mais ces disposi- 
tions ne furent pas applique"es." (V. Mackay, Lexicon, p. 246.) 



QDATRIEME PARTIE. 



CHAPITRE I. 



BUT SOCIAL DE LA MAQONNERIE — LIBERTE — EGA- 
LITE — FRATERNITE. 



Dechristianiser les individus pour arriver a d6- 
christianiser la societe, est, avons-nous clit, le but 
final de la Magonnerie. 

Ebauche dans les grades d'apprenti et de compa- 
gnon, il est fort nettement indique au candidat du 
3&me degre, par l'Instruction maconnique du Mai- 
tre (a) et surtout par la fameuse allegorie de la mort- 
d'Hiram. 

L 'instruction contient les principes qui doivent- 
aider a reconstruire le Temple nouveau, c'est-a-dire,, 
la Societe, d'apres les idees et le plan maconnique. 

Les macons ont resume ces principes dans une: 
formule, de venue depuis la devise universelle des. 
revolutions. 

Liberte — Egalite — Fraternity. 

Liberie, — d'apres les loges, signifie tolerance abso- 
lue, illimitee pour toutes les croyances religieuses. 



(a) Voir Carlile, Instr. du 3eme degre, p. 67. 



— 220 — 

L'Etat n'en recommit plus officiellement aucune, et, 
par consequent, se sSpare de PEglise Catholique et 
du surnaturel, pour sc renfermer dans une politique 
purement humaine. II n'est plus Pallid, l'auxiliaire 
de la religion, il n'aide plus les peuples Chretiens a 
tendre plus facilement vers leur fin derniere, ma is 
il reste simplement une administration qui ne con- 
nalt que les interets de la terre sans relation aucune 
avec les interets eternels. Ses lois, sa politique, ses 
institutions publiques, ignorant completement les 
principes surnaturels de la Revelation, n'auront plus 
d 'autre base que les donnees de la raison humaine 
ou les maximes philanthropiques de la franc-macon- 
nerie. 

Egalite. — C'est-a-dire suppression, non seulement 
de tout privilege, mais encore de toute immunite, de 
tout droit acquis et traditionel surtout pour PEglise 
Catholique. 

Fraternite. — C'est-a-dire : Union des peuples, non 
plus par la communaute de vues religieuses et les 
liens de la morale evangelique, mais par des interets 
purement materiels, et des principes utilitaires sous 
la direction des loges. 

Cette formule maconnique entendue de la sorte 
signifie par consequent: Guerre aux idees catho- 
liques ! 

Guerre a toute politique basee sur la doctrine et 
les enseignements de la Revelation chretienne. 

Guerre a toute administration qui accepterait le 
tontrole des principes de PEglise. 

Guerre a toute institution sociale, a toute associa- 
tion exterieure, a tout enseignement, qui, s'inspirant 



— 221 — 

de l'esprit catholique chercherait, par une propagande 
de zele, a le faire adopter aux autres. 

La conduite des magons, surtout en France, en 
Belgique et en Italic, est le commentaire le plus evi- 
dent du sens que les loges attachent a leur fameuse 
formule. Liberte — Egalitd — Fraternite. 



L'applicalion de ce programme maconnique ne 
se fera pas sans difficultes. La Magonnerie rencon- 
trera sur sa route des obstacles serieux et des enne- 
mies resolus a s'opposer a ses desseins. II faudra 
combattre ces ennemis, renverser ces obstacles ; le 
macon devra done etre un lutteur avant de se repo- 
ser dans la gloire du triompbe. 

C'est ce qu'on lui enseigne par l'allegorie celebre 
de la mort d'Hiram, 

Hiram est le type de I'homme parfait, affranchi' 
de tout prejuge, de toute superstion. II est assassine 
par trois compagnons coupables. Le nouveau magon 
doit ressusciter en sa personne les vertus d'Hiram 
et punir les meurtriers qui le mirent a mort. 

Quels sont ces meurtriers ? Le Rituel repond : ce 
sont la Superstition — V Ignorance et le Fanatisme e'est- 
adire d'apres l'interpretation des magons. 

UEglise catholique — les Institutions catholiques — VEtn. i 
catholique. 

Ceux qui veulent a tout prix, ne voir dans la Ma 
gonnerie qu'une societe* de bienfaisance, auront, sans 
doute, peine a croire a une pareille interpretation: 
Pour les convaincre de son exactitude, laissons les. 



— 222 — 

mayons eux-memes, nous expliquer comment ils 
entendent l'allegorie d 'Hiram Abiff. 

Le Venerable J. Berge, Grand Maitre des Loges 
Beiges en 1875 definissait en ces termes la position 
de la Franc-Maconnerie vis-a-vis de l'Eglise Catho- 
lique. 

" On a dit, et je le crois, que la Maconnerie est la 
" veritable ennemie de la religion catholique. Oui 
■" nous sommes les ennemis de la religion catholique si 
u le syllabus doit en etre la base." 

" La Franc-Maconnerie a mission de s'occuper des 
"" questions politiques et sociales, elles doit pour 
11 employer une expression usitee parmi nous, la 
u pierre brute." 

u Nous ne pouvons rester indifferents vis-^,-vis des 
" manoeuvres de nos ennemis. Quand les hommes 
" de ten^bres repanclent V 'Ignorance , la Superstition et 
" le Fanatisme, et menent la populations a l'abrutis- 
" sement et a la decrepitude, nous avons mission de 
u planter le drapeau du libre examen, de repandre 
" V Instruction, d'eclairer et de prot£ger tous ceux sur 
" lesquels ils s'efforcent d'exercer leur influence 
•' nefaste. Et cette mission, nous n'y faillirons pas. 
" Voila la politique Maconnique en opposition avec 
" les doctrines clericales." (Voir CI. Janet, t II p. 502.) 

Notons en passant, que ce Grand Maitre Beige, si 
farouche ennemi de V Ignorance de la Superstition et 
du Fanatisme, representes par l'Eglise Catholique, 
est un ami intime de notre Grand Loge de Quebec. 

En 1875, en effet, comme en 1883, la Belgique 
£tait en communion maconnique avec Quebec. Or, 
d'apres le Code de la Maconnerie, cette communion 



— 223 — 

implique communaute de vues, de principes et cl'ac- 
tes ; nous pouvons done, sans injustice, tenir notre 
Grande Loge de Quebec responsable de ces paroles. 

Encore un ami de notre Grande Loge quebec- 
quoise cet ex-Grand Maitre de Belgique, le frere* 
Couvreur qui dans la meme Tenue, portait un toast 

" A la mort de V esprit clerical t A la chute d'une 
Eglise dont Vempire repose sur V Ignorance et la Supers* 
tition, de celle que Luther, le grand Luther, appelait 
deja la prostituee des temps modernes, a la chute de 
V Eglise Romaine ! i} (a) 

Nos francs-masons canadiens sauront desormais 
ce qu'ils promettent quand, au degre de maitre, on 
leur fait jurer de poursuivre les meurtriers de Hiram 
Abiff. lis ne s'etonneront plus de voir les catholi- 
ques qui, au dire du monde maconnique, (mai 1883,. 
p. 29), " ont fonde leur puissance sur V Ignorance, le 
Fanatisme et la Superstition, combattre la maconnerio 
comme leur ennemi la plus implacable. 



(a) CI Janet, t. II., p. 504. 



CHAPITRE II. 



LA MAgONNERIE EST HONNETE par CC que DES ROIS 
ET DES PRINCES EN FONT PARTIE. 



Eidele a ses allures hypocrites et trompeuses, la 
Maconnerie cherche aujourd'hui comme jadis a abri- 
ter ses secrets sous des manteaux de princes, et a 
justifier l'honnetete de ses vues, en recevant dans ses 
loges des Rois et des Empereurs. Elle se fait gloire 
de ces royales conquetes : " des Monarques eux- 
meraes, dit le Venerable a l'Apprenti, n'ont pas cru 
deroger a leur dignite, en echangeant le sceptre con- 
tre la truelle. lis ont patronne nos mysteres et sont 
venus a nos assemblies maconniques." (a) 

Que prouve I'affiliation de ces grands du monde 
•quand il est question de l'honne'tete des desseins de 
la Maconnerie ? 

Nous ne sommes plus, helas, aux temps ou la pre- 
sence d'un prince ou d'un Roi suffisait pour garantir 
la parfaite honor •abilite des societes qu'ils fr^quen- 
taient. N'avons-nous pas vu des Rois se rendre a des 
conciliabules ou. le citoyen honnete ne pouvait aller 
sans trahir sa conscience, et frequenter des societes 
ou. l'homme d'honneur etait force de s'arretor a la 
porte ? Louis Napoleon, Victor Emmanuel etaient 
francs-magons, comme aussi Cavour, Garibaldi, et le 



(a) Carlile, p. 15. 



— 225 — 

vieux Palmerston, si longtemps le chef de la Macon- 
nerie Anglaise, comme encore Jules Ferry, Paul 
Bert et une foule d'autres gens distingue's, actuelle- 
ment les maitres de la France. 

Les actes de ces homines ont-ils ete de nature a 
rassurer les honnetes gens sur l'excellence des doc- 
trines religieuses et sociales qu'ils puiserent au sein 
des loges ? Quel catholique oserait soutenir une pa- 
reille absurdite ? 



Les princes et les rois se presentent aux loges, ou 
comme complices ou comme dupes. 

S'ils savent ce qu'est la Ma cornier ie, quels desseins 
elle medite, alors ils entrent pour oflrir leurs services 
•et etre au besoin, les instruments dociles des loges. 
Ce fut a ce titre que durant de longues annees, la 
Maconnerie employa Louis Napoleon et Victor Em- 
manuel, et leur fit commettre bien des vilenies. 

Si les princes, en devenant macons, ignorent les 
veritables vues de la societe, on les recoit dans les 
loges a titre de dupes et de paravents fort utiles 
contre les regards incliscrets des profanes, mais les 
vrais affilies ne se genent pas pour plaisanter entre 
eux sur le compte de ces macons de fantaisie. Ecou- 
tez comme ils en parlent. 

" L'entr6e des souverains dans l'ordre est de tres 
bon augure... Ils sont tres precieux soit a cause de 
leurs richesses, soit a cause de leur immense influ- 
ence... . Leur presence procluit d'assez heureux resul- 
tats sur ceux-la surtout & qui il en coute cleja beau- 
10 



— 226 — 

coup de faire quelque chose d'utile dans l'ombre et 
le silence... Puissent nos augustes notes etre tou- 
jours dispenses de travailler a la sueur de leur front r 
et continuer de r ester muets et inactifs comme la poupee 
a Martin." (F. Venturing Hist, de la Fr.-Mac. p. 149.) 

,l La Haute- Vente, disait Piccolo-Tigre, desire que 
sous un pretexte ou un autre, on introduise dans les 
logos maconniques le plus de princes et de riches qu'on 
povrra... lis serviront de glu aux imbeciles, aux intri- 
gants, aux citadins et aux besogneux. Ces pauvres prin- 
ces feront notre affaire en croyant ne travailler qu'ala 
leur." (a) 

" Grace au mecanisme habile de Pinstitution, dit 
le franc-magon Louis Blanc, dans son histoire de la 
Revolution (t. II p. 83), la Franc-Magonnerie trouva 
" dans les princes et les nobles moins d'ennemis que 
" de protecteurs... V existence des hauts grades leur etant 
" soigneusement derobee, Us savaient seulement de la 
11 Franc-Magonnerie, ce qiCon en pouvait montrer sans 
" peril, et ils n'avaient point a s'en inquieter, retenus 
" qu'ils etaient dans les grades inferieurs oil le fond 
" de la doctrine ne se percoit que confusement a 
" travers Pallegorie et ou beaucoup ne voyaient 
(( qu'une occasion de divertissement, que des ban- 
" quets joyeux, qu'une comedie d'egalite. Mais en 
" ces matieres, la comedie touche au drame : et il 
" arriva, par une juste et remarquable dispensation 
" de la Providence, que les plus orgueilleux contemp- 
- teurs du peuple fitrent amends d couvrir de leur nom r 
" a servir aveuglement de leur influence les entreprises 
" latentes dirigees contre eux-mhnes" 



(a) Papiers secrets, lettre de 1822, cite par St Andr6, p. 461. 



— 227 — 

Voila ce que les magons serieux pensent et disent de 
ces rois et princes fourvoyes dans les luges. 

La Maconnerie, du reste, a invente un moyen fort 
ingenieux, en meme temps que peu compromettant 
pour elle, de satisfaire ces gouts princiers. Elle fait 
magons a vue, les princes et rois epris du desir de 
ceindre le tablier maconnique. 

Qu'est ce a dire ? le voici. Dans une seule tenue 
de loge, le Grand Maitre a le pouvoir de conferer au 
Royal candidal, les trois premiers degres de l'ordre, 
en le dispensant, bien entendu, des ceremonies bizar- 
res auxquelles les simples profanes doivent se sou- 
mettre. Ce privilege d'etre fait magon a vue est reserve, 
nous dit Mackey aux princes de la famille Royale 
d'Angleterre et a quelques hauts personnages de 
1'aristocratie. (a) 

Le due de Connaught, le due d' Albany et le prince 
de Galles, ont ete re§us de cette maniere dans la 
Franc-Magonnerie. Bien plus, le prince de Galles 
est, comme on le sait, Grand Maitre honoraire de 
toute la Maconnerie anglaise. 

Pourtant, malgre ce titre pompeux, il nous est 
bien permis de demander ce que le futur roi d'An- 
gleterre, connait reellement du but et des pratiques 
de l'ordre. Fort peu de chose probablement. 

A-t-on exige" de lui ce qu'on demande a ses hum- 
bles sujets qui veulent devenir magons ? 

A-t-il paru en loge, en calegon et en chemise ? Lui 
a-t-on mis au cou la corde de pendu, le fameux 



{■a) Mackey. The principles of Masonic Law p. 44. 



— 228 — 

" cable de remorque " ? A-t-il "parade " en loge ? Les 
yeux bandes, a-t-il saute a travers " le cerceau macon- 
aique," franchi les degres de " Vechelle sans fin," subi 
les inconvenients " du plancher mobile" ou eprouve' 
les Amotions " du siege heriss'e oVasperites et port'e sur 
des pieds d'inegale hauteur ? " A-t-il ete empeste par 
" la chandelle de soufre " du surveillant, brule par 
" le flambeau de pthosphore " et marque enfin du fa- 
meux " Sceau maconnique " ? L'a-t-on force de s'eten- 
dre dans le " cercueil de Maitre Hiram " ? A-t-il subi 
les longues et fastidieuses " Charges, Legons, Instruc- 
tions et Clauses Maconniques " que le Venerable inflige 
aii pauvre candidat amene en loge ? 

Tout cela est peu probable. La Maconnerie con- 
nait son monde. 

" Tl est avec la cour des accommo dements." Sans 
doute encore, on a du lui epargner le serment " de la 
gorge coupee" du " sein droit arrache" " du ventre ou- 
vert " et autres amenites semblables, bonnes pour le 
yulgaire, mais fort inconvenantes pour des princes. 

Fait macon dans ces circonstances, le Prince de* 
Galles n'en sait probablement pas plus long sur la 
Franc-Maconnerie que n'en savait le General Magnan 
quand, par ordre de Napoleon III, il fut fait Grand 
Maitre Officiel de la Ma§onnerie en France, sans- 
connattre le premier mot des secrets de la secte. 

Si vraiment le Prince de Galles aussi bien que les 
autres Princes Anglais, sont instruits de l'esprit anti- 
catholique et anti-social qui anime la Maconnerie en 
Angleterre comme dans le reste du monde, alors il 
n'y a plus qu'a deplorer leur aveuglement, et a voir 
dans cette conduite une preuve nouvelle de l'abais- 



— 229 



sement des caracteres et de la mine de tout esprit 
religieux et conservateur, chez ceux qui, par position, 
<levraient donner l'exemple aux peuples. 



Le fr. Th. White fera done bien desormais, dans 
ses discours aux " piques- niques maconniques " de 
chercher a defendre les loges avec d'autres arguments 
que les " naivetes " suivantes : 

" La Franc-Maconnerie est honnete, parce que le 
Prince de Galles en fait partie. L'Ordre n'a pas de 
secrets, tout se borne a quelques pratiques pour se 
reconnaitre entre freres — les obligations d'un macon 
rie lui imposent rien d'incompatible avec ses devoirs 
comme horarae et comme honnete citoyen." (Ga- 
zette, 28 juillet 1883.) 

Le fr. Th. White fera bien encore de ne plus met- 
tre au compte des catholiques, des simplicites comme 
celles-ci: "J'aientendu parler hier d'un livre qui 
pretend faire connaitre l'esprit intime de la Mayon- 
nerie. II y est dit qu'a Y Initiation, les macons fou- 
laient aux pieds 1 'image du Redempteur et cra- 
chaient a, la face d'une statue de la Vierge Marie." 
(Rires de l'assemblee.) (Gazette, 28 juillet 1883.) 

Les catholiques savent parfaitemerit a quoi s'en 
tenir sur la Ma9onnerie et les Macons. Si ce petit 
livre ne suffit pas pour en convaincre le fr. Th. Whi- 
te, qu'il se procure les trois volumes du P. Des- 
ohamps, sur la Maconnerie, et la, tout mayon qu'il 
est, il trouvera encore a s'instruire dans les mysteres 
4u Royal-Art. 



CHAPITRE III. 



LARMEE MAgONNIQUE. 

" La Chaine oV Union de 1878 p. 147, evalue a 
3,500,000 le nombre des franc-mcons qui sont, dit- 
elle, reunis dans une commune aspiration." 

" La Grande Loge Anglaise compte 1,649 loges 
sous son obedience avec 101,234 membres. La Grande 
Loge d'Ecosse a 504 loges et celle d'lrlande 344. Les 
Etats-Unis, environ 10,000 loges comprenant 540,000 
macons actifs. 

Le Dominion du Canada en 1883, 535 loges et 
26,246 membres actifs. 

Outre ces forces imposantes, l'armee maconnique 
a encore un grand nombre (Tallies, qui s'inspirant 
de ses principes, travaillent au meme but par des 
moyens divers. 

L'Eglise catholique, une par sa doctrine et son 
esprit, se fait aider dans son ceuvre par un nombre 
considerable de societes particulieres, fondees sous 
ses auspices et soumises a sa direction. Les ordres 
religieux prennent dans le grand travail commun 
une tache speciale pour en faire le but propre de 
leur activite. Les uns s'occupent de l'education de 
l'enfance, d'autres se livrent a la predication ou aux 
ceuvres de charite, d'autres enfin se vouent exclusi- 
ment a la propagande, a l'apostolat catholique. Les 



— 231 — 

travaux sont differents mais tous convergent vers la 
meme fin et sont soumis a la meme impulsion. 

L'Eglise Magonnique, la Synagogue de Satan suit 
la m6me marche et emploie des moyens identiques. 
Elle a creee autour d'elle, au dessous d'elle une 
foule dissociations qui s'inspirent de son esprit et 
subissent d'une maniere plus ou moins directe son 
influence. Ainsi la branche des odd Fellows " est une 
veritable societe dependant de la Franc-Magonnerier 
etroitement affiliee avec elle et comme elle se pro- 
clamant " une institution destinee a delivrer le peuple 
des pr&tres, des superstitions et du fanatisme." 

" Actuellement en France, la Magonnerie emploie 
les m6mes procedes. Elle a fondee a cote d'elle, il y 
a 14 ans, la ligne de V enseignemeni et ses cercles, puis 
sont venus Vozuvre du sou des ecoles, Vceuvre des creches 
magonniques, des amis reunis, des freres unis etc etc ' 
(V. CI. Janet, t. I p. XXX. Introd.) 



Dans les pays catholiques, elle ne reculera pas 
meme devant l'hypocrisie de la devotion, pour per- 
vertir peu a peu les Chretiens et les preparer a rece- 
voir ses doctrines. 

" A la Martinique, un venerable eveque a 6te 
oblige de dissoudretoutes les associations de penitents 
et m6me les confreries de femmes. Quelques francs- 
magons s'introduisaient dans la confrerie. lis n'afri- 
liaient pas directement les membres a la Magonnerie, 
mais ils leur faisaient jurer le secret, faisaient tenir 
les reunions dans la soiree et les mettaient au service; 



— 232 — 

«du pouvoir occulte des sectes " Mgr Fava 2e lettre 
sur la Franc-Maconnerie." 

Nous avons eu quelque chose de semblable a 
Montreal, il y a line quinzaine d'annees. 

Une pieuse association d'ouvriers s'y 6tait fondee 
sous le patronage d'un saint. Quelques meneurs 
occultes s'etant glisses dans leurs rangs, ecarterent 
•des reglements de la confrerie toute idee chretienne, 
•et amenerent les membres a se con tenter, a l'ouver- 
ture des reunions, d'une priere faite debout, et dans 
laquelle on adressait des hommages a VEtre Supreme, 
sans la moindre mention du nom de Notre Seigneur 
ni d'aucune doctrine revelee. 

L'autorite ecclesiastique etit quelque peine a faire 
€omprenclre a ces braves gens qu'on les menait dans 
une fausse direction. Tout ne tarda pas cependant a 
rentrer dans l'ordre. 



Outre les corps de reserve, sur lesquels la Macon- 
nerie compte, pour fagonner peu a peu l'opinion pu- 
blique, selon ses vues, elle emploie encore ce que 
1'on pourrait appeler des societes (Tavant garde, des 
associations de combat qui ont directement le revo- 
lution pour but, et la force pour moyen. 

Personne n'ignore aujourd'hui les liens intimes 
qui unissent a la Maconnerie tous les revolution- 
naires modernes : Les agitateurs les plus en vue 
Garibaldi, Mazzini, Kossuth, Cavour, n'etaient-ils pas 
tin relations suivies avec les Grandes Loges Macon- 
niques du continent, surtout avec la Grande Loge 
Anglaise ? N'ont-ils pas trouve a Londres leur point 



— 233 — 

d'appui le plus solide, et dans la presse britannique 
leur auxiliaire le plus efficace pour toutes leurs 
entreprises contre les souverains Italiens et prinei- 
palement contre le pouvoir temporel des Papes ? 

Aussi l'homme des loges et de la revolution Gari- 
baldi, faisait-il simplement acte de reconnaissance, 
lorsqu'il disait a Londres en 1864 : 

" Je parle de ce que je sais, la Reine et le gouver- 
nernent d'Angleterre represent^ par Lord Palmerston, 
Lord Russell et Mr. Gladstone, ont merveilleuse- 
ment aide ma terre natale l'ltalie. Sans leurs secours* 
nous serions encore sous le joug des Bourbons de 
Naples. Si l'amiral Mundy ne m'eut aide, je n'eusse 
jamais pu traverser le detroit. (Tablet, 14 juillet 
1883.) (a) 



Parmi. les societes de combat, issues de la Franc- 
Ma yonnerie, il en est une qui, a cause des circons- 
tances actuelles, merite une mention toute speeiale, 
je veux parler de V Orangisme. 

Voici comment CI. Janet raconte l'origine de cette 
association, et le jugement qu'il porte sur ses ten- 
dances : 

" En 1794, dit-il, a Pepoque oil la malbeureuse 
Irlande commencait a reprendre quelque vie natio- 
nale, des protectants fanatiques imaginerent de for- 



(a) CI. Janet, t. Ill p. 166 et suivantes cite des preuves nom- 
breuses de la part active prise par Palmerston, Grand Chef de- 
la Maconnerie anglai-e dans ces revolutions de la peninsnle. 



— 234 — 

mer une association secrete analogue & la Maconne- 
rie pour combattre Emancipation des catholiques 
et maintenir les droits de la maison de Hanovre, 
quoique personne a cette epoque ne songeat plus a 
les contester. Le fondateur de cette association ap- 
pelee Orangemen, Thomas Wilson, etait un franc- 
macon, et c'est sur le type de la Franc-Maconnerie 
•qu'il la constitua. II en copia le rituel, les ceremo- 
nies d'affiliation, les mots de passe, les serments, et 
divisa son association en loges, relevant d'un Grand 
Orient, qui leur donna l'impulsion. 

" On a compte en Irlande jusqu'a 20 grandes loges 
provinciales et 1,510 loges d? Orangemen avec 200,000 
adherents. Cette organisation a ete etendue a l'An- 
gleterre : a Londres seulement, elle a compte 50,000 
membres. 

" Les Orangemen ont excite des troubles en Ir- 
lande et en Angleterre a maintes reprises, et leur 
violente opposition a toutes les mesures liberales du 
gouvernement anglais n'a pas peu contribue a main- 
tenir ce pays dans un etat d'agitation continu. Leur 
fanatisme, malgre les couleurs de Loyalisme dont ils 
aimaient a se parer, n'epargnaient pas la couronne 
•elle-meme. 

" En 1828, quand le bill de Emancipation des 
catholiques etait discute a la Chambre des Commu- 
nes, un des chefs des Orangemen s'ecriait, dans un 
meeting, qu'il ne defendait la dynastie qu'autant 
qu'elle-meme resterait le ferine soutien du protes- 
tantisme. 

" Ces loges ont ete depuis pres d'un siecle une 
provocation constante au peuple irlandais." (CI. 
Janet, t. Ill, p. 514.) 



— 235 — 

On sait que dans la crise perilleuse que traverse 
l'lrlande en ce moment, les Orangistes sont encore 
comme toujours, les plus feroces ennemis des catho- 
liques, et les adversaires les plus acharnes de toute 
mesure qui tendrait a rendre la paix a ce malheu- 
reux pays. lis restent fideles a l'esprit de leur an- 
cien serment : " En la presence terrible clu Dieu 
tout-puissant, je jure solennellement de faire tout 
mon possible pour defendre le roi et le gouverne- 
ment actuel : Je jure encore de faire tous mes efforts 
pour exterminer tons les catholiques du royaume d'lr- 
lande." (Hist. d'Irlande par J. Mitchell.) 

Les Orangistes ont transports sur nos rivages leur 
organisation et leurs haines. Depuis plusieurs annees r 
ils cherchent a se faire reconnaitre legalement k 
Ottawa, comme societe de bienfaisunce. Les deputes ca- 
tholiques et nombre de membres protestants se sont 
unis pour repousser la demande de ces sectaires fa- 
natiques, et tous les sophism es de leur avocat r le 
franc-magon Thomas White ont echoue contre cette 
opposition, (a) Cependant les Orangistes veulent 
encore cette annee, parait-il, renouveler leurs efforts. 
Esperons toutefois que malgre l'appui des deputes 
et des ministres francs-magons, ils se verront tou- 
jours refuser une autorisation qui serait une injure 
sanglante aux irlandais et a tous les catholiques du 
Dominion. 



(a) D'apres le fr. Th. White, les Orangistes seraient 200,- 
000 dans toute la Puissance. II y a evidemment exageration 
dans ce chiffre. C'est peut-etre 20,000 qu'il faut lire. Certes, ce- 
serait deja beaucoup trop. (V. Gazette de Montreal, 17 avril 



1883. 



— 236 — 

Les soci6tes secretes les plus avanc6es, les Interna- 
ftionaux, les Communiste?, meme les Nihilistes de Russie 
el la Main Noire d'Espagne, trouvent dans la Magon- 
nerie sympathie et encouragement. 

Je ne dis pas cependant qu'elle approuve toutes 
leurs doctrines, encore moins qu'elle suggere a ces 
hommes de sang, les moyens horribles par lesquels 
ils cherchent a les faire prevaloir. Mais, tout en 
Clamant ce qui lui semble excessif dans les moyens, 
la Magonnerie ne trouve-t-elle pas qu'il y a du bon 
dans les principes de ces revolutionnaires ? n'en- 
>courage-t-elle pas leurs pretendues aspirations natio- 
nales, leurs desirs d'emancipation sociale ? Au fond, 
pourquoi pas ? Le but de ces hommes n'est-il pas 
oelui de la Franc-Maconnerie elle-meme ? Ne lut- 
tent-ils pas pour la fameuse devise des loges : Liberie, 
Egalite, Fraternite ? 

Si la Magonnerie ne veut pas ouvertement recon- 
naitre ces societes secretes pour ses filles legitimes, 
elle ne peut du moins leur refuser le titre d'alliees, 
d'auxiliaires puissants pour un but commun. Leur 
organisation, du reste, est calquee sur la sienne et de 
plus, elles ont toutes avec elle, deux traits de ressem- 
blance bien caracteristiques : La haine de VEglise 
catholique, et la haine des principes chretiens appliques 
-ct la sociUL 

La Franc-Magonnerie se sert de ces societes de 
combat, pour atteindre ses fins speciales. 

Elle les encourage en secret. Quand les revolutions 
tram6es par ces hommes reussissent, elle est la pour 
recueillir les depouilles et mettre ses fideles aux 
premiers emplois publics. 



— 237 — 

Si elles echouent ; la Maconnerie les desavoue en 
public, et redit alors plus haut que jamais " que dans 
les loges on ne s'occupe pas de politique." C'est un 
mensonge audacieux, tout le monde le sait aujour- 
d'hui. La Maconnerie est au fond de toutes les revo- 
lutions sociales. Elle les dirige, souvent meme les 
trame dans ses loges, et les encourage de toutes ma- 
nieres. La revolution est son but. 

Nous en avons une preuve manifeste dans ce qui 
se passe actuellement en Espagne. (a) 

Un mouvementinsurrectionnel vient d'y eclater. II 
est conduit par le signor Zorilla. 

Or cet homme Uait en 1876 Grand Commandeur de 
V Orient Espagnol. Ses merites speciaux sont d'avoir 
organise la franc-mayonnerie Espagnole fort insou- 
mise. 

II a reuni plus de 60 loges sous sa direction. 
(Corresp. de Geneve citee par CI. Janet t. II p. 435). 



Un premier ministre d'Angleterre d'Israeli, avait 
done raison de dire clans un discours prononce k 
Ajdesbury le 20 septembre 1876. 

" Les gouvernements de ce siecle n'ont pas affaire 
seulement aux gouvernements, aux empereurs, 
rois et ministres, mais encore aux societes secretes 
elements dont il faut tenir compte, qui, au dernier 
moment, peuvent mettre a neant tous les arrange- 



(o) Septembre 1883. 



— 238 — 

merits, qui ont partout des agents sans scrupules qui 
poussent a l'assassinat, et peuvent, s'il le faut, ame- 
ner un massacre." (Cite par CI. Janet, t. I p. 36). 

Ces lignes ne sont-elles pas une justification ecla- 
tante de la conduite des Papes et des condamnations 
qu'ils ont portees contre les societes secretes, surtout 
contre la Franc-MaQonnerie, la plus puissante et la 
plus redoutable de ces associations tenebreuses ? 



CHAPITRE IV. 

TEMPERAMENT DES LOGES ANGLAISES. 

Trompes par certaines apparences exterieures, 
nombre d'hommes s'imagincnt ici que la Maconnerie 
anglaise n'a rien de commun avec l'esprit revolu- 
tionnaire et antisocial de la Maconnerie du conti- 
nent. Nous avons cleja vu les relations multiples qui 
unissent ensemble les masons de l'univers entier 
pour n'en faire qu'un seul corps, anime d'un m£me 
esprit et tendant vers un meme but. 

La Maconnerie anglaise ne peut done, en aucune 
maniere, decliner la responsabilite des actes qui sont 
accomplis paries differents corps d'armee de la secte 
dans les diverses contrees du monde. 

II y a plus. Malgre l'attitude calme et conserva- 
tive que prend a l'exterieur, la Maconnerie anglaise, 
les faits les mieux averes, nous forcent a la consi- 
derer comme la force motrice de toutes les agitations 
sociales essay^es par les sectes en Europe. 

La Franc-Maconnerie anglaise est VEtat Major de 
la grande armee de la revolution e'est elle qui dresse 
les plans d'attaque, combine les mesures antireli- 
gieuses ou antisociales, lance les forces maconniques 
et les dirige dans leurs mouvements. 

Si le lecteur veut se renseigner a, fond sur la vera- 
cite de ces accusations, qu'il lise dans le III vol. des 
Societes Secretes par CI. Janet, les preuves multiples 



— 240 — 

et Scrasantes de ce role de reVolutionnaire et d'agita- 
teur joue en Suisse, en Italie en France par Lord 
Palmerston le Grand Maltre de la Maconnerie an- 
glaise. Apres cette lecture, il ne pourra plus lui 
rester aucun doute sur l'esprit anticatholique et 
antisocial qui anime les loges d'Augleterre. 



Pour achever de faire connaitre les vraies tendan- 
ces de la Maconnerie anglaise, je ne puis mieux faire 
que de rapporter textuellement le jugement qu'en 
porte Mr. Claudio Janet dans le livre cite ci-dessus. 

Voici ses paroles : 

" Nous avons signale k maintes reprises, l'appui 
immoral que le gouvernement anglais appuye sou- 
vent, il faut le reconnaitre sur l'opinion publique 
du pays, avait donne a la revolution cosmopolite. 

" Ces sympathies mal placees, cette corruption de 
l'opinion publique, sont en grande partie le fait des 
loges, qui accueillaient comme freres, les pires revo- 
lutionnaires italiens, francais, espagnols. En 1875, a 
l'occasion de la nomination du prince de Galles 
comme Grand Maitre, la Grande Loge de Londres 
et le Grand Orient d 'Italie ont echange des protes- 
tations de fraternite. La mort de Garibaldi a ete 
l'objet de batteries de deuil et d'adresses de condo- 
leances dans toute la Ma'gonnerie anglaise. Pour les 
freres anglais, comme pour les freres francais et 
italiens, c'etait le type du macon parfait 

" Les liauts grades sont assez repandus en Angle 
terre : or les rituels du Rose-Croix et du Kadosb 



— 241 — 

sont a peu pres les mSmes qu'en France et incul- 
quent a certains esprits cette haine aveugle de la 
papaute, de la monarchic et surtout des Bourbons* 
que l'on remarque cheztant d'anglais. II ne faudrait 
pas grand chose pour reveiller, meme en Angleterre, 
1'esprit d'antagonisme qui est le fond de la doctrine 
maconnique. En 1874, le Marquis de Ripon, Grand 
Maitre de la Grande Loge, avait abandonne la Ma- 
connerie a la suite de sa conversion an catholicisme* 

A la reunion de la grande loge provinciale dn 
Warrwickshire, sous la presidence de Lord Leigh, 
nn certain fr... Parkinson, grand maitre lui-meme de 
la grande loge de Middlesex a declare " qu'il regret- 
tait la retraite du marquis de Ripon, mais qu'il 
ne pouvait partager le naif etonnement de ceux 
qui ne comprennent pas qu'un catholique romain 
ne put continuer a occuper une position dans 
l'ordre. Le systeme de l'Eglise romaine et celui de 
la Maconnerie, a-t-il ajoute, sont, non seulement 
incompatibles, mais encore radicalement opposes." 

" L'annee suivante, a la reunion d'une des plus 
importantes loges de Londres, le lord Maire se livrait 
aux plus violentes declamations contre la Papaute, 
«t declarait que la Maconnerie serait toujours du 
<?6te de la lumiere contre l'obscurantisme." 

" Est-ce Mr. Gladstone qui faisait echo a la loge 
dans ses pamphelets. publics a cette epoque contre 
le Saint Siege, ou la loge qui renvoyait a Mr. Glad- 
stone ses imprecations et ses calomnies? 

u Les anglais croient pouvoir impunement entre- 
tenir chez eux ces foyers de contagion. lis commen 
cent k avoir cependant un groupe d'impies et de 



— 242 — 

revolutionnaires. Bradlaugh, l'elu de Northampton 
est uu franc- macon, il est lie avec toute la r6 volu- 
tion continentale. Quelque vigoureuse que soit la 
constitution sociale de PAngleterre, il est imprudent 
de s'inoculer le mal de propos delibere. 

(Les Societes Secretes et la Socle* tie" t. Ill p. 505 et 
506). 



CHAPITRE V. 

TEMPERAMENT DES LOGES AMERICAINES ET CANADIENNES. 

La Franc-Maconnererie, c'est la revolution religi- 
euse et sociale. Tout ce que nous avons dit jusqu'ici 
le prouve suffisamment. Toutefois les loges Ameri- 
caine et Canadiennes, semblent avoir des allures bien 
plus moderees que les loges Francaises Italiennes et 
Beiges. Elles declament moins contre le Pape et le 
Catholicisme. Elles paraissent satisfaites de l'etat so- 
cial du pays et n'essaient pas d'introduire les refor- 
mes radicales que reve ailleurs la Franc-Maconnerie. 

Pour ce qui regarde les Etats-Unis, cette position 
s'explique facilement. 

La Maconnerie s'y est fortement implantee. Elle y 
compte ses adeptes par millions. Elle a pour forme 
de gouvernement la Republique, l'Ideal des Loges. 
Cette Republique ne reconnait comme principes de 
sa politique et de ses institutions sociales que les 
principes de la pure Raison, les maximes humani- 
taires, enseignees par les Loges. Elle a enfin impose 
a l'immense majorite des enfants une education " li- 
bre de tout prejuge, de toute superstition " une morale 
purement humaine, tel que la veut la Magonnerie 
sans relation aucune avec la morale surnaturelle et 
revel6e. 

Que demander de plus ? Aux Etats-Uuis, la Ma- 
gonnerie possede, elle jouit, elle regne. 



— 244 — 

II ne s'agit done plus pour elle que de conserver 
la position acquise. 

Mais vienne le jour ou les catholiques, devenus 
une grande force politique, soient capables de saisir 
la direction des affaires publiques, l'on verra alors le 
vieil esprit maconnique se reveiller dans toute sa 
fureur, et la lutte commencer, ardente, implacable 
feroce corame en Europe entre la Franc-Maconnerie 
et son ennemie mortelle, l'Eglise catliolique. 

Un 6crivain bien an courant des affaires americai- 
nes dans une serie d'articles remarquables, publics 
par " la Verite " de Quebec, sur les Societes Secretes et 
la Societe apprecie de la maniere suivante la position 
de l'Eglise catholique et de la Maconnerie aux Etats- 
Unis. 

" Malgre l'infidelite qui deborde aujourd'hui dans 
les mceurs, dans les institutions, dans l'opinion, 
le corps social peut encore, a cause de la prosperite 
materielle, ^blouissante pour les masses conserver 
une belle apparence exterieure, mais il mourra, car 
la decomposition est dans son sein. La Franc-Macon- 
nerie saisira ces sectes comme une proie qui lui ap- 
partient, alors se produira entre l'atheisme et le ca- 
tholicisme la grande lutte, lutte ardente et peut-etre 
prolongee, mais dont le catholicisme sortira victori- 
eux." (Verite, 24 Nov. 1883.) 

L'homme de la Maconnerie aux Etats, le general 
Grant poussa dans sa dernierecampagne presidentiel- 
le le cri de guerre des Loges : " Le catholicisme, voil^ 
l'ennemi." Et ce cri, on le sait, trouva un formidable 
echo chez nos voisins. 



— 245 — 

En Canada, je veux dire notre province de Quebec, 
la Maconnerie semble jusqu'acette heure assez calme 
par ce qu'elle est encore relativement faible. Elle n'at- 
taque ouvertement ni le catholicisme, ni nos institu- 
tions sociales, parceque pareille attaque serait pre- 
mature^ et temeraire mais l'esprit de la Maconnerie 
Quebecquoise est aussi anticatholique, aussi anti- 
chretien que celui de la Maconnerie continentale. 

Le meme poison a infeste l'ordre dans I'Univers 
en tier. Ce poison depose dans le programme meme de 
la Societe, dans son manuel, dans sa doctrine , ses seg- 
ments et son but final, pourra bien encore tarder a 
faire sentir ouvertement son action au dehors, a 
cause des obstacles particuliers qui s'opposervfe ici a 
sa circulation ; mais ce n'est qu'une question de 
temps ; le mal existe, il se develop pera. 

Notre Maconnerie Quebecquoise n'est-elle pas en 
union intime avec les Grandes Loges continentales ? 
Ne donne-t-elle pas la main aux iVane-macons de 
Belgique, d'Espagne et du Brezil, qui, a leur tour 
sont freres et bons amis des franc-magons franeais et 
italiens ? Nos loges par consequent, sympathisent 
pleinement avec les faits et gestes de ees macons du 
continent. Elles approuvent, au moins tacitment, la 
guerre acharnee qu'ils font clepuis quelques aime< . s 
a i'Eglise et a Jesus-Christ. On se contente mainte- 
tenant d'admirer les maQons de France et de Belgi- 
que, bientot l'on songera a les imiter et a les suivre. 

Les magons anglais aveugles par leurs prejuges 
protestants, trompes par la conduite de leurs minis- 
tres, qui, au lieu de condamner la Magonnerie, se 
font gloire d'en devenirles disciples, peuvent jusqu'a 



— 246 — 

un certain point, plaider ignorance ou essayer de 
justifier leurs intentions. 

Les macons canadiens catholiques, n'ont pas ces 

excuses. 

l< Le clerge, depuis longtemps, a rempli energi- 
quement son devoir d'avertir la conscience des 
fideles, et les Canadiens francais qui se sont fait 
affilier aux loges Anglaises de leur pays, a celles des 
Etats-Unis ou a celles d'Europe, sont des apostats 
ayant la parfaite connaissance de leurs actes. 

" lis sont d-autant plus dangereux que, sauf un 
ou deux, qui ont l'audace d'avouer leur affiliation la 
plupart la dissimulent soigneusement." 

(CI. Janet. La franc-maconnerie au Canada t. Ill 
p. 562.) 



De temps a autre, la Maconnerie Canadienne laisse 
per§er la haine qu'elle porte a la religion catholique 
et a ses pratiques religieuses. 

En voici une preuve toute recente. 

La Grande Loge de Quebec tenait son assemblee 
annuelle en 1881. 

On lisait la correspondance etrangere ; et le Grand 
Maitre de 1 'Arkansas proposaitaux macons le cas de 
conscience suivant : 

" Un frere etant tomb6 malade, envoya chercher 
un pretre catholique. Mais pour recevoir ses secours 
spirituels, il dut renoncer a la Franc-Maconnerie. 
Revenu a la sante, cet homme desire retourner aux 



— 247 — 

loges, en meme temps qu'il declare vouloir mourir 
dans la foi catholique : 

" Peut-on le recevoir ? " 

Voici continue le Grand Mattre, la reponse que. 
j'ai donnee. 

" La Maconnerie n'exclut personne de ses loges, 
pour principes poliques ou croyances religieuses. Si 
un catholique veut devenir macon, qu'on le recoive. 
Nous n'imiterons pas la bigotrie de l'Eglise du Pape 
(Romish Church), en demandant a un homme de 
renoncer a tout pour rester avec nous. La Maconne- 
rie est fondee sur de larges bases. Les hommes de 
toute nation, de toute politique, de toute croyance 
trouvent dans nos loges un asile assure, un repos 
profond. Si done un membre desire renoncer a la 
Maconnerie par principe et demande a se retirer, fort 
bien ! l'on reglera son affaire. Mais tant qu'il voudra 
rester avec nous, nous ne le mettrons pas a la porte. 

" Au contraire, lui tendant une main charitable, 
nous tdcherons de le debarrasser de ses superstitions pour 
qu'enfin il puisse se mettre au-dessus de la crainte servile 
dhme mort sans ceremonies" (Annuaire Mag. de Que- 
bec 1881, p. XVII.) 

Voila ce que dans son langage brutal, disait aux 
catholiques le Grand Maitre de l'Arkansas ; et notre 
Grande Loge de Quebec approuvant cette reponse, 
adopta cette doctrine magonnique. 



CHAPITRE VI. 



Veux-t-on une demonstration encore plus directe, 
de l'esprit anti-catholique qui circule au fond de 
notre Maconnerie Quebecquoise ? 

Que l'on se rappelle l'histoire du fameux Institut 
Canadien de Montreal. II a compte jusqu'a plus de 
600 membres. Plusieurs de ses chefs etaient et sont 
encore deshommes connus par leur hostilite a l'Eglise 
Catholique. Or il est demontre par un document pu- 
blie par la Minerve (18 avril 1881) qu'un grand nom- 
bre de membres de l'Institut Canadien etaient affilies 
aux Odd-Fellows qui sont eux-memes une fonda- 
tion et une branche populaire de la Franc-Maconne- 
rie. (a) 

Voici ce document : 

" L'Institut Canadien de Montreal cree en 1844, 
et nourri, des son origine, de l'esprit de Voltaire, 
etait deja en 1853, pour ne pas dire avant, dirige" en 
grande partie par l'influence des societes secretes. 



(a) La socicte des Odd-Fellows est d' origine anglaise et est 
nde d'une transformation des anciens compagnognages. Ce n'est 
qu'une simplification populaire et moins couteuse de la Macon- 
nerie On lui applique generalement les censures qui frap- 

pent la Maconnerie, au moins aux Etats-Unis et au Canada. 
IV. CI. Janet, t. Ill, p. 23 ) 






— 249 — 

La preuve en est qu'en 1853-1854, une seule loge, 
designee sous le nom de loge des Francs-Freres et 
soumise a la grande loge des Odd-Fellows de Mont- 
real, contenait environ deux-cents membres du susdit 
Institut Canadien. II est k remarquer en passant que 
•ces 200 mombres comprenaient les sommites lib6- 
rales rouges de Tlnstitut Canadien ; car, a cette epo- 
•que, les conservateurs n'etaient pas admis, en pra- 
tique, a la loge des Francs-Freres." 

" Les receptions a la loge des Francs-Freres se fai- 
saient comme chez les Francs-Masons. On banclait 
les yeux du nouveau candidat pour lui faire subir 
les premieres epreuves, puis on le conduisait par 
une corde au cou dans une chambre tendue de noir, 
ou se trouvait un cercueil vide recouvert d'un drap 
mortuaire, avec une tete de mort pour complement. 
La, en face d'une table ou se trouvait une espece de 
Bible, et en presence de plusieurs francs-freres, ar- 
mies de poignards, apres avoir enleve le bandeau qui 
lui couvrait les yeux, on faisait jurer au novice franc- 
frere, et cela sous menace de mort, entre autres les 
points suivants : 1° de garder le secret absolu sur 
tout ce qu'il connaissait de la societe des francs- 
freres ; 2° d'obeir aveuglement au Grand Maltre de 
la loge et aux orclres des loges superieures ; 3° d'etre 
toujours democrate, liberal en politique, et de com- 
battre de toutes ses forces toute autre forme de gou- 
vernement, specialement la monarchic ; 4° enfin de 
propager autant qu'il serait en son pouvoir les doc- 
trines des francs-freres." 

" On est done en droit de conclure qu'a l'epoque 
Indiquee, il y avait k Montreal, au moins 200 cana- 
11 



— 250 — 

diens-francais catholiques qui s'etaient engages au 
service de Satan pour combattre l'Eglise de Dieu." 

" II faut avouer que quelques-uns de ces 200 
francs-freres sont revenus sincerement a l'Eglise leur 
mere, en renoncant aux doctrines perverses de l'en- 
fer ; mais la masse ne semble pas avoir modifie ses 
manieres de penser et d'agir sans faire mention de 
tous ceux qui vont encore grossir les rangs des socie- 
tes secretes depuis cette date." (Un ex-membre de 
l'lnstitut Canadien.) 

Du reste, les principes mdmes sur lesquels s'appu- 
yait l'lnstitut Canadien, sumraient pour montrer la 
frappante ressemblance de famille qu'il avait avec 
la Franc-Mag onnnerie. 

Corame elle, il admettait a la base de son associa- 
tion la toVerance religieuse la plus complete. 

" Une Institution, ay ant pour seul et unique but 
V education en general et l'avancement de ceux qui en 
font partie, doit admettre dans son sehV toutes per- 
sonnes a quelqu'origines et religions qu'elles appar- 
tiennent 

" Tant que l'lnstitut Canadien possedera cette 
tottrauce, nous devons augurer avantageusement de 
son avenir ; mais du moment qu'il commencera a 
perdre ce principe, nous pourrons nous preparer a 
une chute qui sera peut-etre sa mort... (annuaire de 
l'lnstitut Canadien 1855 p. 16)." 

Fidele a ce principe maconnique de la tolerance 
religieuse universelle, l'lnstitut laissait monter a sa 
tribune et des catholiques sinceres, et des liberaux 
declares et des libres penseurs qui venaient lancer 



— 251 — 

•contre l'Eglise et ses institutions le sareasme ou la 
calomnie. 

C'etait ainsi qu'il pretendait donner a ses membres 
aussi bien qu'auxnombreux commercants et ouvriers, 
invites a ses conferences, le moyen de developper 
leur intelligence et de promouvoir leur education en 
general. 

To uj ours d'apres le meme principe de tolerance qui 
•donnait droits egaux a la verite et a l'erreur, l'Institut 
avait dans ses salles avec la Mlnerve, le Pays et VAvenir, 
journaux voltairiens et impies, & cote du Pilot et du 
True Witness, courageux defenseurs des principes 
■catholiques, le Semeur organe du ministre Suisse, 
St. Cyr et le Witness, connu de tout temps pour sa 
haine rageuse contre l'Eglise catholique : 

Dans sa bibliotheque, l'Institut mettait a c6te des 
oeuvres de Bossuet, de Fenelon et de Wiseman, les 
ouvrages impies de Renan, de Kardec, de Pierre Le- 
roux, d'Auguste Comte, de Saisset, de Volney, de 
Jules Simon, du ministre protestant Pressence, du 
«ocialiste Blanqui et du libre penseur Quinet. Au- 
pres des ouvrages de L. Veuillot, et de H. Conscience, 
1'on trouvait les plus malsaines, les plus immorales 
productions des romanciers francais : les ceuvres 
•completes des deux Dumas, de Fred Soulie, d'Alfred 
de Musset, de Beranger, d'Eugene Sue, d'Edmond 
About, de G. Sand, de Balzac, de Murger, de Sou- 
vestre etde V. Hugo. L'on y trouvait meme les ou- 
vrages infames de l'abbe *** l'auteur de la Religieuse 
et du Maudit. (a) 



(a) V. Catalogue de la bibl. de l'Inst. Can. 



— 252 — 

L'on voit quelle sentine pestilentielle 6tait cette 
bibliotheque de l'lnstitut-Canadien quel foyer de 
corruption intellectuelle et morale elle entretenait 
au milieu de notre ville, surtout pour les jeunes gens 
avides de romans et de lectures a sensation. 

Ne dirait-on pas que la Maconnerie, pour miner a 
Montreal l'esprit catholique, et preparer un terrain 
favorable aux loges, voulait employer ici les moyens 
que le franc-macon Piccolo Tigre, conseillait jadis 
aux agents de la secte en Pieinont ? 

" Le catholicisme, disait-il, n'a pas plus peur d'un 
stylet bien acere que la monarchic : mais ces deux 
bases de l'ordre social peuvent crouler sous la corrup- 
tion, ne nous lassons done jamais de corrompre... popu- 
larisons le vice dans les multitudes, qu'elles le respirent 
par les cinq seas, qu'elles le boivent, qu'elles s'en saturent. 
Faites des cosurs vlcieux et vous n'aurez plus de catholi- 
ques... C'est la corruption en grand que nous avons en- 
treprisey (Papiers secrets de la Haute Vente. V. St. 
Andre, p. 634.) 

Telle etait, a coup sur, l'oeuvre que l'lnstitut-Ca- 
nadien accomplissait au milieu de nous par sa bi- 
bliotheque et ses romans immondes. 

II y avait la un peril imminent pour notre ville. 
L'autorite religieuse denonca le danger et l'Institut 
tomba sous le coup des censures qui le frapperent. 
Les catholiques qui par irrenexion ou par ignorance 
excusable avaient prete leur concours a cette insti- 
tution, ouvrirent alors les yeux, et se haterent de 
quitter l'Institut. 

Un certain nombre de membres, surtout parmi les 
meneurs resisterent a toutes les menaces, et du sein 



— 253 — 

des loges ou ils se sont refugies, ils continuent a pro- 
pager leurs doctrines perverses et a recruter pour la 
Franc-Maconnerie un nombre relativement assez 
considerable de disciples, (a) 



(a) La fameuse bibliotheque de l'Institut-Canadien n'a mal- 
heureusement pas encore disparue. Apres la dissolution de la 
eociete, la bibliotheque demeura a la disposition du public, et 
depuis deux ans on l'a placee en depot dans les salles du Club 
Canadien, rue Dorchester. Puisse-t-elle ne plus etre un agent de 
corruption et d'impiete ! 



CHAPITRE VII. 

LA MAgONNFRIE ET LA PRESSE CANADIENNE — " LA 



Militante par son but et ses doctrines, la Maeon- 
nerie eclaire ses adeptes, pour que ceux-ci, k leur 
tour, fassent comprendre aux profanes la necessity 
d'apporler des reformes dans l'ordre social. 

Ces reformes, la Maconnerie les decore du titre 
pompeux (Vld'ees Modernes, de Progres des peuples de 
Perfection morale de la societe. Aujourd'hui les moyens 
de propagande sont nombreux. La Maconnerie s'est 
empare de ces forces et les a tournees a son profit 
avec une habilete qu'on ne saurait nier et un succes 
qui fait la desolation des catholiques. Favorisee par 
le secret penchant du cceur humain a secouer tout 
joug qui le gene, ayant d'autre part une perfection 
d 'organisation incontestable, superieure meme en 
certains pays, aux moyens de defense de ses adver- 
saires, la Maconnerie a reussi k imposer ses doctri- 
nes sociales k des nations, jadis profondement catho- 
liques, et a leur faire accepter ses principes de gou- 
vernement. 

C'est surtout par la litterature populaire et la 
presse quotidienne qu'elle exerce sa propagande la 
plus desastreuse. 

Elle a a ses ordres une foule de journaux grands 
et petits, qui, chaque jour, et sur tous les tons r " ex- 



— 255 — 



altent les faux dogmes de 1789, a savoir : la bont& 
native de l'homme et la negation du peche originel r 
ainsi que les mots mal definis de liberte, d'egalite r 
de progr&s, de democratie, de civilisation. Or les- 
loges sont les officines ou retentissent ces mots creux 
et sonores, et ou s'elaborent les idees fausses aux- 
quelles ils servent de vehicule." (CI. Janet, t. I, p. 
64.) 



Uorgane de la Maconnerie Canadienne — La Patrie. 

Plusieurs journaux canadiens anglais sont direc- 
tement controls par des ecrivains francs-mac, ons r 
comme la Gazette, le Star et le Witness ; et leur re- 
daction n'est qu'une glorification des principes des- 
loges. Un certain nombre de journaux canadiens 
francais, subissent aussi, a leur insu peut-etre, cette 
influence maconnique, mais jusqu'ici, il n'y en a eu 
qu'un seul qui ait eu l'audace de deployer son dra- 
peau et de se donner au public comme l'organe ofTV 
ciel de la doctrine des loges. 

Ce journal maconnique francais, c'est La Patrie r 
Son redacteur en chef, M. H. Beaugrand est, de son 
propre aveu, " ur\ franc-macon tres avarice." 

Lorsqu'il redigeait " La Republiqiie" a Fall-River r 
(Massachusets) M. Beaugrand repondant a certaines 
accusations portees contre lui par ses adversaires r 
formulait en ces termes son programme religieux et 
politique : 

" Nous allons faire un plaisir enorme au Protecteur 
car nous allons lui faire l'honneur de repondre cate- 



— 256 — 

goriquement a ses questions de maniere k ce que son 
cligne proprietaire puisse se servir de nos reponses 
pour soulever contre nous les prejug6s religieux de 
«es abonn£s." 

" Eh bien, cher Protecteur redites le a vos abonnes. 

" lo. Nous sommes franc-magon et mime franc-ma con 
ires avance." 

" 2o. Nous sommes liberal tres avance. 

" 3o. Nous sommes l'admirateur enthousiaste des 
principes de la Revolution francaise et partisan de 
la declaration des droits de l'homme." 

" 4o. Nous marchons et nous en eprouvons un 
immense orgueil, sous l'etendard du Progres et de 
la civilisation. 

" 5o. Nous sommes admirateur et partisan des 
principes politiques de MM. Grevy, Simon et Gam- 
betta. 

" 60. Nous croyons et nous pratiquons ce que bon 
nous semble, par ce que la constitution americaine ne 
connait pas de Religion d'etat. 

u Etez-vous contents, saints apdtresde la redaction? 
Maudissez nous s.ur toutes les gammes, fourbissez 

vos tonnerres,lancez vos excommunications etc., 

etc." 

(La Republique : H. Beaugrand proprietaire et 
Redacteur en chef , Fall-River, Samedi 26 Janv. 1878.) 

Voila certes qui est franc et net. Mr. Beaugrand 
ci'est assimile la doctrine Ma^onnique dans tout ce 
qu'elle a de plus hostile a TEglise catholique et a la 
^ociete chretienne, et c'est a la propagation de ces 
idees qu'il coiisacre sa plume de journaliste. 



— 257 — 

Les catholiques de Fall-River, ne gouterent pas r 
parait-il, ce programme anti-chretien. 

Au mois de Mars 1878, Mr. H. Beaugrand laissait 
Fall-River et " la Republique" pour aller fonder " le 
Federal" a Ottawa, (4 Mai 1878.) 

" Le Federal" vecut 5 mois, puis Mr. Beaugrand se 
resignant a une nouvelle hegire, apparut a Montreal, 
comme re*dacteur en chef du " Farceur" (Journal des 
Decaves) : Enfin en 1879 il prit la direction de " la 
Patrie" destine a remplacer " le National" " comme 
organe du parti reformiste dans le district de Mon- 
treal. 

" Liberal en politique, disait-il dans son premier 
numero, le nouveau journal continuera la tradition 
du parti qui combat le gouvernement de Sir John 
MacDonald a Ottawa et qui supporte l'administra- 
tion Joly a Quebec. 

" Nous croyons qu'il ne saurait y avoir d'equivo- 
que sur notre but, nos intentions et la cause dont 
nous voulons promouvoir les interets." (a) 

(Program, de la Patrie 24 Fevrier 1879.) 

Depuis lors ce journal maconnique fait sa besogne 
a ciel ouvert. II appuie la republique des Gambetta 
et des Ferry. II a des louanges pour ces macons 
persecuteurs et des excuses pour les iniquites qu'ils 
commettent. S'ils ont exile les religieux, crochete les 



(a) Fidele a sa mission ma9onnique, La Patrie, declame avec 
ferveur le nouveau programme du Club National qui, entre 
autres articles comprend : le suffrage universel — P abolition de la 
peine de mort — V education obligatoire, etc. lis vont bien, nos libe- 
raux niaeons du Canada ! 



— 258 — 

couvents, banni des hospices les Sceurs de charite ; 
impose aux enfants de la France catholique un 
cnseignement laique, c'est-a-dire athee, gratuit et 
obligatoire, c'etait pour defendre leur republique 
contre les menees reactionnaires des monarchistes. 

Enfin ce journal fidele aux traditions de la Ma- 
c;onnerie, ne cesse deverser les flots de sa haine 
stupide et ignorante, sur la Monarchic, franchise et 
les principes qu'elle represente. II reprend en sous- 
ceuvreet dans un langage d'une triviality souvent 
meme d'une obscenite* qui rappelle les pages du 
u Pere Duchene" de 1793, le vieux programme des 
loges " Lilia calcate pedibus" Foulez les Lis aux 
pieds." (a) 

Sarcasmes, railleries, plaisanteries voltairiennes, 
parfois meme rabelaisiennes, calomnies impudentes, 
mensonges effront6s, tout lui est bon pour atteindre 
son but, et, signe des temps, ce journal, MaQonnique 
clans sa redaction, immoral dans ses kt chroniques" 
fort libre dans ses Feuilletons, trouve cependant au 
Canada catholique nombre de lecteurs pour le rece- 
voir et une clientele suffisante pour le faire vivre et 
prosperer. 

" Cefranc-magon trh avance " actif, remuant, habile, 



(a) On a voulu, parait-il, attribuer la paternite de " la petite 
Hisloirc de France" a un homme dont s'honore a juste titre la 
litterature canadienne. 

II nous repugne trop de croire un poete de talent capable de 
pareilles bassesses : 

Nous aimons mieux y voir l'oeuvre d'apprcntis macons s'exer- 
$ant avec succes au plagiat, a l'in-ulte et a la calomnle. 



— 259 — 

est de toutes les fetes, de toutes les reunions, de 
toutes les assemblies, de toutes les receptions publi- 
ques. II impose ?a personalite magonnique a. tous 
les comites qui se forment ou pour filter des actrices, 
ou pour saluer un gouverneur ou pour recevoir les- 
notes distingues qui nous arrivent. 

Et nous, catholiques, nous l'acceptons, nous le 
subissons avec patience, en tout et partout, comme 
une personification de nos idees, de nos principes, 
de notre nationality ! Nous le laissons "poser" 
comme un des champions autorises de notre cause ! 
Certes ! Nos peres eussent ete plus exclusifs et plus 
fiers. 

" Ce franc-magon tres avance" vient de recevoir du 
franc-magon Jules Ferry les palmes d'officier de 
l'Academie francaise. Ce n'est pas le mediocre pro- 
sateur " de la Patrle v qu'on a voulu honorer par 
cette distinction. C'est done l'homme aux idees 
" liberales tres avancees... i'admirateur enthousiaste 
de MM. Grevy, Simon et Gambetta,... le partisan de 
la declaration des droits de l'homme " que l'on a 
tenu tout a la fois a recompenser et k encourager. 

Que nos catholiques Canadiens francais ouvrent 
enfin les yeux et comprennent ! 



CHAPITRE VIII. 

PROGRAMME SECRET DES FRANCS-MAgONS CANADIENS. 

La Maconnerie Canadienne, depuis qu'elle existe 
■dans notre province a deja initie des milliers d'hom- 
mes a, ses mysteres, et par consequent elle leur a fait 
adopter ses vues religieuses et sa doctrine sociale (a). 

Bon nombre de ces macons, il est vrai, ont depuis 
brise toute relation avec les loges. Sans trop savoir 
€e qu'etait la Maconnerie, par etourderie ou curiosi- 
te, ils s'etaient fait recevoir dans l'ordre : mais des 
qu'ils entrevirent le but qu'il se propose, ils se ha- 
terent de sortir, et depuis, ils sont redevenus bons 
■et sinceres catholiques. 

Un certain nombre encore ne ser ont jamais pour 
la societe que des non-valeurs. Incapables de com- 
prendre les doctrines philosophiques des loges et 
■d'apercevoir les fins qu'elles poursuivent, ils ne voient 
•dans les ceremonies d'initiation qu'une amusette, 
dans les reunions des freres qu'une occasion de rire 
■et de faire bombance. 

Ces personnages epais, *' ces imbeciles, ces gros- 
eiers " comme les nomment dedaigneusement les 
hauls ma9ons, ne seront, sans doute, jamais fort 



(a) Plus de 1100 canadiens franca'isont etc repus dans les loges 
<quibecquoises depuis 1869:740 a Montreal, 210 a Quebec les 
autres dans les diverses loges de la province. 



— 261 — 

dangereux pour la societe. La Maconnerie cependant 
les recoit avec empressement, car ils lui rendent de 
precieux services. " A defautd'esprit, ils ont des ecus 
ils font nombre, — et remplissent la caisse." 

Surtout, fonction inportante dans l'ordre, ils ser- 
vent a masquer aux yeux des profanes les agisse- 
ments des macons.actifs. 

Ceux-la seuls sont dignes du titre de franc-macon. 
Ambitieux, intelligents, sachant tres bien ce que 
veut la franc-maconnerie et le voulant eux-memes, 
ils mettent au service de l'ordre leurs talents et l'in- 
nuence politique ou sociale qu'il leur a procuree 
pour travailler plus efficacement a ses fins secretes. 

Leurs efforts commencent a obtenir des succes 
marques en Canada. 

Et pourtant, dans notre province de Quebec, la 
tache est ardue, il faut l'avouer. 

Le pays est encore foncierement catholique. La 
legislation, au moins dans sesgrandes lignes, se con- 
forme aux principes Chretiens, et le clerge exerce 
une influence considerable. Les mceurs publiques 
controlees par l'enseignement de l'eglise condamnent 
les doctrines et les actes qui lui sont contraires, et 
imposent a toutes les classes de la societe le respect 
exterieur du culte et des croyances religieuses. 

Cependant les idees magonniques font leur che- 
min. 

Ne pouvant arriver en ligne droite, elles se glissent 
obliquement, a la sourdine et penetrent peu a peu 
dans toutes les classes de la societe. 

Le programme maconnique n'est 6crit nulle part. 



— 262 — 

On n'en parle jamais officiellement ni dans la presse, 
ni dans les assemblies politiques, mais ce programme 
existe. 

Un groupe, plus considerable qu'on ne pense, 
d'hommes influents et habiles travaillent activement 
a le mettre a execution. lis vont lentement mais 
surement au but. La chose est evidente, pour qui- 
conque a suivi avec un peu d'attention la marche 
des idees et des faits, dans notre province, depuis 
quelques annees surtout. Aussi sans craindre d'etre 
taxe d'exageration, je crois pouvoir resumsr dans 
les proposition suivantes, l'ensemble de ces opera- 
tions maconniques, depuis une dizaine d 'annees a\ 
peu pres. 

Programme secret des francs-macons Canadiens francais 

lo. Les francs-macons Canadiens francais auront 
un soin extreme de cacher leur affiliation aux loges. 
Le mystere fait leur force et leur stirete. 

Pour eloigner tout soupcon, ils continueront done 
de frequenter les Eglises, d'aller a la messe ; meme r 
s'il le faut pour leur influence, ils communieront k 
Paques, tout excommunies qu'ils sont. 

Le franc-macon Voltaire le faisait bien. 

2o. Le proselytisme se fera parmi la jeunesse sur- 
tout, dans les conversations, les clubs, les assemblies 
politiques et litteraires. On avancera des proposi- 
tions favorables a la doctrine des loges : 

" L'Etat est entierement independant de l'Eglise. ,f 

" La Religion n'a rien a faire avec la politique.' , 



— 263 — 

" Respectons le pretre a l'Eglise, recevons l'ins- 
truction qu'il donne en chair, maris, hors de la, 
reclamons en politique toute la liberty de nos actes." 

" Les majorites font loi. On doit toujours ob&r a 
leurs decisions, car toujours ce qu'elles prescrivent 
est juste: Vox populi, vox Dei." 

" Toutes les Religions sont bonnes. Que chacun 
garde celle ou il est n6, et respecte les croyances de 
ees voisins." 

" L'Education appartient a l'Etat." 

" II a le droit et le devoir de la surveiller, de la 
diriger, de l'imposer meine pour le bien general. 

" II peut la rendre " gratuite obligatoire et la'ique." 

Ces propositions et autres semblables, d£bitez les 
de vive voix, mais ne les formulez jamais par ecrit. 

Si l'on vous attaque, expliquez, attenuez, voilez. 

Si vous ne pouvez pas expliquer, niez hardiment 
avoir jamais rien dit fcle semblable. 

3o. Affaiblissez le plus possible l'autorite ecclesi- 
astique en la critiquant librement. 

Neutralisez la en reserrant de plus en plus le cer- 
cle de son action, par tous les moyens en votre pou- 
voir. 

II faut en venir a murer le pr£tre dans la sacris- 
tie et dans son Eglise. Faites penetrer cette idee par- 
mi le peuple. A l'occasion, demandez aux tribunaux 
civils d'appuyer cette doctrine basee sur les vieux 
principes gallicans, et si favorable a la propagation 
des idees magonniques. 

4o. Favorisez tout ce qui s'annonce avec des prin- 



— 264 — 

cipes flottants, indecis, faciles, des vues liberales, des 
tendances plus prononcees du cote des idees moder- 
nes. 

Soutenez ces hommes, vantez leurs lumieres, exal- 
tez leur science. Faite a leurs ceuvres un succes d'o- 
pinion publique ici ct a l'etranger. S'il y a des dis- 
tinctions honorifiques a obtenir, qu'elles soient ac- 
cord ees autant que possible, a ceux qui se font plus 
volontiers les champions du progres moderne. 

5o. Par contre, ne cessez de combattre tout ceux 
qui se donnent conime les defenseurs avoues des 
doctrines catholiques, et qui les soutiennent par la 
parole et par la plume. 

Faites a ces hommes une guerre de corsaire ! In- 
sultes, sarcasmes, insinuations malveillantes, accusa- 
tions mensongeres, calomnies, en un mot, tout ce 
qui se trouve dans l'arsenal de la Maconnerie, sera 
bon pour les combattre et les 6craser. 

60. L'education est aujourd'hui plus que jamais 
le grand levier pour le bien et le mal. La Maconne- 
rie continentale fait des efforts supremes pour s'em- 
parer de l'ecole, et par l'ecole devenir maitresse de 
la societe. 

Commengons ici un travail anologue. 

Les difficultes sont s^rieuses, l'Eglise controle ac- 
tuellement notre systeme d'education publique. Pour 
tant la transformation est possible. 

Elle depend du concours de quelques hommes et 
d'une situation qne les chances politiques peuvent 
amener a breve echeance. 

Si le pouvoir tombe entre nos mains, a l'aide de 



— 265 — 

quelques mesures legislatives nous echapperons a ce 
€ontr61e catholique ou nous ledominerons. Nous pour- 
rons mSme garder intact notre systeme actuel, avec 
ses rouages administratifs d'importation francaise. 

Changeons les homines, et l'education est a nous. 

Nous avons le corps, il ne s'agit plus que d'y in- 
troduire une ame animee de nos principes. 

En attendant preparons les voies. 

Centralisons le plus possible. La centralisation est 
la grande force de nos ceuvres. 

Restreignons les libertes des ecoles independantes. 
Parlons avec reserve de l'enseignement des religieux. 
Tout en lui donnant quelques louanges de conven- 
tion, montrons-le inferieur en bien des points a l'en- 
seignement laique. 

" II est moins pratique, moins avance dans ses methodes, 
moins au courant des ameliorations modemes, moins h 
mtme de preparer des homines pour les luttes de la 
vie... etc." 

Combinons en meme temps des mesures habiles 
qui, peu a peu, sans secousse, sans eveiller l'attention 
publique, augmenteront la force du pouvoir central 
et prepareront les voies a l'uniflcation de methode 
et de direction. 

Ce jour la notre but sera atteint. II n'y aura plus 
qu'a suivre l'exemple de la France, et a imposer aux 
Aleves des Manuels de morale civique. Le pays sera 
a nous. 

7o. Encouragez de toutes manieres les journaux 
les plus hardis a defendre et a propager les idees 
modernes. 



— 266 — 

C'est par la presse surtout, que la Franc-Macon- 
nerie peut plus facilement et plus surement repan- 
dre ses doctrines. 

Au milieu d'une Redaction catholique. glissez un 
frere, ou du moins un homme favorable a nos idees. 
Mais qu'il soit prudent et habile, car sa besogne 
demandera une grande souplesse d'esprit. 

II sera l'avocat discret de nos doctrines et les fera 
penetrer goutte k goutte, dans l'esprit de ses lecteurs, 

Aujourd'hui, un article avec des principes dange- 
reux ou faux, mais enveloppes de forraules respeo 
tueuses et soumises. 

Demain, une appreciation defavorable a des horn* 
mes ou a des oeuvres catholiques. 

Un autre jour, un eloge de la Revolution et de ses 
bienfaits, une excuse de ses violences, une commu- 
nication attaquant quel que veritereligieuseou soeiale. 

L'ecrivain maconnique a mille moyens a sa dispo- 
sition, pour distiller dans un Journal le poison de 
la doctrine des loges. 

Les articles ne sont pas signes. Toute la Redaction 
est censee responsable mais en definitif cette respon- 
sabilite ne retombe sur personne. 

Si un catholique, indigne de c^s attaques veut les 
relever dans le Journal, cet etre collectif nomme la 
Redaction, fera une espece d'apologie : " Particle a 
ete ecrit a la hate, il avait echappe a la revision... 
on le regrette... etc/' Formulea ban ales qui ne reta- 
blissent rien, et qui ne remedient a rien. 

Le censeur sera cependant oblige de s'en con ten- 
ter et de se taire. 



— 267 — 

La mauvaise doctrine restera et l'on aura soin de 
la commenter le soir dans les conversations et dans 
les clubs. 



Les resultats de ces manoeuvres maconniques sont 
deja fort sensibles en Canada. 

L'Autorite a beaucoup perdu de son prestige et de 
ses droits au respect et a l'obeissance des catholiques, 
La vigueur des principes Chretiens s'affaiblit et baisse. 
Les id6es modernes font vite leur chemin surtout 
parmi la jeunesse et bon nombre de citoyens appar- 
tenant aux professions liberales de la society. Les 
catholiques sont devenus hesitants, timides, peureux. 
lis n'osent plus affirmer hautement leurs principes, 
ni soutenir les droits de Dieu et de son Eglise. lis 
craignent d'etre taxe d'exageration, de fanatisme ; de 
passer pour des esprits chagrins qui voient tout en 
noir et veulent a tout prix s'eriger en censeurs de 
leurs freres. Pour 6chapper a cette situation penible, 
plusieurs fl^chissent et commencent a faire des con- 
cessions. Or quand un catholique fait a ses ennemis 
acharnes des concessions de principes ou de doctrine, 
il est perdu. Ou s'arretera-t-il en eft'et? Conceder un 
point de la doctrine de 1 'Eglise, c'est s 'engager logi- 
quement a conceder le tout, des que l'ennemi l'exigera. 

II y a du malaise dans notre societe canadieniK 4 . 
Les catholiques sentent d'instinct la presence et 
Taction d'un ennemi invisible, a l'ceuvre au milieu 
d'eux. lis s'apercoivent qu'il mine peu a peu les 
bases de leurs institutions religieuses et nationales, 
et qu'il prepare en secret des mines qui ne pourront 
plus se relever. 



— 268 — 

Cet ennemi, ils le nomment d'un mot: C'est la 
Franc- Maconnerie, non pas audacieuse, provocatrice, 
violente comme en Europe ; on pourrait alors lutter 
corps a corps avec elle et la vaincre, mais insidieuse, 
cachee, tortueuse : on la voit dans bien des endroits, 
on ne parvient a la saisir nulle part, on veut arracher 
des masques, et ces masques retombent plus impe- 
netrables que jamais. 

Vrai serpent venimeux, qui distille son poison en 
silence, dans l'ombre, des qu'on veut l'approcher, il 
se derobe et fait. 

L'hypocrisie est le trait caracteristique du franc- 
macon canadien. 

En commencant sa besogne impie et sacrilege, il 
fait pieusement son signe de la croix. 

II se courbe plus profondement que qui que ce 
soit sous une benediction d'eveque. 

II crie a tout venant son respect pour l'autorite 
ecclesiastique, sa soumission aux moindres desirs du 
Pape, son obeissance a tous les points de la doctrine 
de l'Eglise, a toutes les decisions de sa discipline. Ce 
pharisien des loges ne cesse d'enumerer les services 
qu'il rend, dit-il, a la Religion et a ses Institutions 
catholiques. Or ces pretendus services, sont des 
insultes veritables. Cette insolente protection est une 
injure sanglante, capable de compromettre a tout 
jamais ceux qui auraient l'imprudence de l'accepter, 
meme une seule fois et de la prendre comme auxi- 
liaire dans la lutte. 

On sait en effet, ce que sont les franc-macons le 
but qu'ils poursuivent, et les intentions qui les ani- 






— 269 — 

ment quand ils feignent d'offrir leur alliance aux 
catholiques. 



Voir de la Maconnerie partout en Canada, c'est 
exageration regrettable ; n'en voir nulle part, e'est 
aveuglement fatal ; ou trahison detestable. 

Le mal existe, il faudrait etre aveugle pour ne le 
point voir. II fait des progres inquietants, surtout 
dans les grands centres. Nous avons done, nous 
catholiques, a etre vigilants et a le combattre par 
tous les moyens en notre pouvoir. La masse du 
peuple, dans notre province de Quebec, est encore 
foncierement catholique, il est vrai, les eglises sont 
trop etroites pour contenir la foule qui s'y presse, je 
l'accorde. Mais il en etait ainsi en France, quand la 
Revolution de 1789 eclata. Le peuple alia it a la 
messe et quatre ans plus tard, il dansait la Carma- 
gnole autour des echafauds. 

La corruption dans les societes part d'en haut, 
puis elle descend vite jusque dans les plus basses 
couches sociales ; et quand on s'est assure de la tete, 
l'on peut a coup sur, compter sur le cceur, le bras et 
la volonte, e'est-a-dire, sur l'homme tout entier. 



Rappelons nous done les graves avertissements que 
Mgr l'Archeveque de Quebec, donnaitaux fideles du 
Canada dans son Mandement du 10 Juin 1883, s-ur 
les Societes Secretes : 

" Personne d'entre vous, Nos Tres Chers Freres 7 



— 270 — 

disait-il, n'ignore que pour dc tres solides raisons la 
Ste Eglise Catholique defend a ses enfants de s'enro- 
ler rl ins les Societes Secretes, soit qu'on y exige un 
eerment, soit que l'on s'y contente d'une simple 
promesse. 

La peine d'excommunication qu'encourt par le 
fait meme celui qui viole cette defense montre assez 
quelle importance l'Eglise y attache. 

" L'experience disaient en 1868 les Peres du Qua- 
trieme Concile de Quebec, prouve le danger qu'elles 
offrent pour la Religion et pour la Societe. D'ailleurs 
lc simple bon sens ne dit-il pas que la verite* et la 
justice ne redoutent point la lumiere, et qu'une asso 
elation dont le but serait honnete et avouable ne 
e'en velopperait pas ainsi de mysteres imp^netrables?" 

" Fermez done l'oreille, disait le Souverain Pontife 
Leon XIII, d'heureuse memoire, fermez l'oreille aux 
paroles de ceux qui, pour vous attirer dans leurs 
assemblies, vous affirm 3nt qu'il ne s'y commet rien 
de contraire a la raison et a la Religion. D'abord ce 
serment coupable que l'on pr6te, m^me dans les 
grades inferieurs, suffit pour que vous compreniez 
qu'il est defendu d'entrer clans ces premiers grades 
et d'y rester. Ensuite, quoique l'on n'ait pas coutu- 
me de confier ce qu'il y a de plus criminel et de plus 
compromettant a ceux qui sont dans les grades infe- 
rieurs, il est cependant manifeste que la force et 
l'audace de ces societes pernicieuses s'accroissent en 
raison du nombre et de l'accord de ceux qui en font 
partie. Ainsi ceux des rangs inferieurs doivent etre 
consideres comme complices de tous les crimes qui 
s'y commettent." (Lettre apostolique de Leon XII 
13 Mars 1826.) 



— 271 — 

Catholiques Canadiens, rallions nous autour de 
nos Eveques et de notre Chef Spirituel le Pape. 
Oublions les divisions intestines qui nous affaiblis- 
sent. Les ennemis de notre Religion et de notre Na- 
tionalite, seuls, en profitent. Unissons nos cceurs et 
nos bras pour garder toujours notre pays fidele a 
Dieu et a son Eglise. 



FIN. 



Au moment de finir ce travail, je trouve dans les 
journaux un document que je tiens a mettre sous 
les yeux de mes lecteurs. 

J'ai accuse la Franc-Magonnerie universelle d'etre 
1° hostile a la Revelation chretierme, 2° hostile aux 
societes qui veulent s'appuyer sur des principes sur- 
naturels. 

Or voici comment des protestants distingues des 
Etats-Unis, jugent a leur tour cette fameuse societe 
secrete : 

" Un telegramme de Philadelphie nous annonce 
qu'une ligue anti-franc-maconnique vient d'y §tre 
fondee. Ses membres se sont reunis hier et des dis- 
cours ont ete prononces par J. H. Phelps, du Ver- 
mont, le Rd J. P. Stoddart et Blanchard, president 
du college Lincoln, dans l'etat de l'lllinois. M. 
Blanchard a declare a l'assemblee que W. H. Seward 
et Edwin M. Stanton, etaient tous deux anti-macons, 
de meme que Thaddeus Stevens, qui est le " leader ' 7 
de la chambre des representants. " La loge, s'est-il 
'ecri'e, est le mauvais genie des Etats-Unis" 



— 272 — 

" Oa a passe des resolutions serieuses et severes 
condamiiant toutes les societes secretes dites loges 
maconniques, qui sont en operation active dans 
toutes les villes, dans tous les villages considerables 
des Etats-Unis, et dont les membres envahissent 
toutes les fonctions, tous les emplois seculiers et 
meme religieux. Les societes secretes ont ete de- 
none^es en outre comme " faussant les destiaees poli- 
tiqiies des Etats-UiiiSy et comme subversives des his de 
la morale, de la religion chretienne et des institutions 
libres." (L'Etendard, 20 decembre 1883.) 



TABLE DE8 MATIERES. 



PREMIERE PARTIE. 

Chapitre. Page. 

I. Origine de la Franc-Magonnerie moderne. 3 
II. La Maconnerie Anglaise se repand dans 

Funivers 9 

III. Unite de doctrine, rituel et c6r£monies 

maconniques 14 

IV. Unite d 'organisation 17 

Congres de Wilhemsbad 18 

V. Paroisse — Eveche — Archev£che maconni- 

que 21 

VI. Grandes Loges — Grands Repr6sentants... 25 
VII. L'Angleterre, berceau de la Maconnerie 

universelle 29 

VIII. Histoire de la Franc-Maconnerie en Ca- 
nada 33 

IX. Histoire de la Grande Loge de Quebec.... 38 

Formation de la Grande Loge de Quebec. 39 

Difficult^ 39 

Adhesions 40 

La paix 41 

La guerre 41 

X. Relations officielles de la Grande Loge de 
Quebec avec les Grandes Loges d'Am6- 

rique et du Continent 43 

XL Etat actuel de la Franc-Maconnerie en 

Canada 48 

XII. La Franc-Maconnerie dans la Province de 

Quebec en 1883 , 52 

Moyenne d 'Initiation pour l'annee 1880.. 53 
Rapport du comite sur la situation de la 

Maconnerie 53 

District de Quebec et Trois-Rivieres 53 



— 274 — 

Chapitre. Page. 

District de Montreal 54 

District de Bedford 54 

District de St. Francois 55 

District d'Ottawa 55 

XIII. Liste des loges actives avec le nombre de 

leurs membres 58 

XIV. Qualite du " materiel " des Loges Cana- 

diennes — Lettre du Rev. D. Borthwick. 63 

L'Imbroglio Magonnique 65 

Resultats de la Propagande Magonnique.. 70 

XV. Macons actifs et non actifs ou retires 72 

DEUXIEME PARTIE. 

I. Que faut-il penser de la Franc'Maeonne- 

rie ? Comment les Papes l'ont-ils jugee.. 75 

La Franc-Magonnerie Anglaise 77 

La Franc-Magonnerie jugee par les catho- 

liques 77 

Les Papes et la Franc-Magonnerie 78 

II. Le programme magonnique de 1723 hos- 
tile a l'Eglise catholique ... 83 

La liberte religieuse 85 

La religion des loges 86 

III. Le programme de 1723 hostile & la Societe 

chretienne 89 

IV. La Franc-Maconnerie et la Revolution de 

1789 92 

V. La Franc-Maconnerie au XIX siecle.. 98 

VI. La Franc-Maconnerie et la politique 104 

VII. La Maconnerie Canadienne est-elle diffe- 

rente de la Magonnerie continentale 108 

VIII. La Magonnerie Canadienne n'est pas une 

societe de bienfaisance 112 

IX. La Magonnerie Canadienne ne doit pas 

etre une association de secours mutuels. 119 
X. Organisation de la Magonnerie Cana- 
dienne 123 

Materiel des Loges Canadiennes 125 

XL Le but de la Magonnerie Canadienne 126 



— 275 — 

TROISIEME PARTIE. 

Chapitre. Page. 

I. Initiation aux Loges — Grade d'apprenti.. 131 

Toilette maconnique du ler degre 133- 

Entree en ioge 135 

La promenade en loge 135 

II. Les epreuves du premier degre 139 

Les preludes du voyage 140 

Premier voyage maconnique 141 

Second voyage maconnique 142 

Le sceau maconnique 143 

III. Le serment du premier degre 146 

Serment de l'apprenti dans les loges fran- 

caises 150 

Voila comment on devient macon 151 

IV. Le nouveau macon voit la lumiere 153 

Secrets du premier degre 155 

V. Avancement au deuxieme degre macon- 
nique 15$ 

Toilette magonnique 160 

Serment du compagnon 161 

Les secrets du compagnon 162 

Le signe 162 

L'attouchement. — Le mot de passe 163 

VI. Troisieme degre magonnique 165' 

Serment du maitre macon 166 

Reflexions sur le serment du maitre 168 

VII. L'enseignement social de la Maconnerie... 173 

L'epreuve du troisieme degre 176 

Les secrets du troisieme degre 178 

IX. L'enseignement religieux de la Maconne- 
rie dans les trois premiers degres 180 

L'enseignement religieux au ler degre.... 181 

Enseignement religieux du 2eme degre... 183 
Enseignement religieux et social du 3eme 

degre 184 

X. L'enseignement religieux de la Maconne- 
rie est la negation de la revelation et de 

l'Eglise catholique 18T 



— 276 — 

Chapitre. Page. 

XI. La Maconnerie est-elle une religion ? laissc- 
t-elle les magons libres de suivre la re- 
ligion qui leu r con vient le mieux 193 

XII. La Maconnerie Templiere nie la Divinite 

du Christ — Reception du Rose-Croix... 198 
Description du degre de Rose-Croix ou le 

"nee plus ultra" de la Maconnerie 199 

Serment du Rose-Croix 201 

Lesigne 203 

Banquet des Roses-Croix .. 205 

XIII. Un Franc-Macon peut-il etre catholique.. 209 

XIV. Un protestant peut-il etre Franc- Ma 9011... 212 
XV. Les Reverends Ministres et la Franc-Ma- 

connerie 215 

QUATRIEME PARTIE. 

I. But social de la Maconnerie — Liberte — 

Egalite— Fraternite 219 

II. La Maconnerie est honnete par ce que 

des rois et des princes en font partie.... 224 

III. L'armee maconnique 230 

IV. Temperament des loges Anglaises 239 

V. Temperament des Loges Americaines et 

Canadiennes 243 

VI. L'Institut Canadien de Montreal 248 

VII. La Maconnerie et la Presse Canadienne — 

" La Patrie." 254 

VIII. Programme secret des Francs-Macons Ca- 

nadiens 260 



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